‹ Le mois de Jeanne d'ArcChapitre 30 sur 79 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

25 mai 1480. — Le duc de Bourgogne, après des hésitatioDs, a une entrevue avec la Pucelle prisonnière de son vassal, Jean de Luxembourg.

Le 25 mai 1430, Jeanne, prise ravant-veille au soir, eat une entrevue avec le duc de Bourgogne, venu de Goudin au camp de Margny, près de Corapiègne.

La capture de cette fille de dix-neuf ans valait plus que plusieurs victoires. Bourguignons et Anglais en firent grandes réjouissances; et le duc Philippe se hâta d'en aviser ses bonnes villes par des messages dont un a été conservé aux archives de Saint-Quentin.

Le pape Pie II, dans ses Mémoires, — où il mentionne les grands dons et les grands faits de Jeanne comme dus peat-ètre à la main de Dieu, peut-être à la main des hommes, et destinés, quoique vrais, à rencontrer plus d'admiration que de créance, — rapporte que le duc Philippe avait interdit qu'on lui amenât la prisonnière (Philippum captam ad se duci prohibuissé)y parce qu'il rougissait de se commettre avec cette femme qui, quoique aujourd'hui vaincue, avait victorieusement tenu tète aux forces anglo-bourguignonnes.

Mais il ressort des témoignages de divers chroniqueurs, en particulier deMonstrelet, pré* sent à l'entrevue, que le duc vit Jeanne. Du dire de Pie II on ne peut conclure qu'une chose, c'est que Philippe se décida à l'entrevue avec des scrupules d'amour-propre et après d'assez longues hésitations. •

Que se dirent le duc et la jeune fille? On est réduit aux conjectures. Seulement Jeanne dut remontrer au prince qu'il était du sang

de France, et que, toutes discordes oubliées, il fallait s'unir contre Tétranger.

Le 29 juin 1429, au début de la marche sur Reims, Jeanne avait envoyé au duc une lettre — malheureusement perdue — pour l'inviter au sacre.

Le 17 juillet, elle ne voulut pas se rendre à la cérémonie où manquait ce fils de France, sans lui avoir écrit de nouveau. Tandis que, dans la ville en fête, les cloches saluaient à toute volée le dauphin franchissant le seuil de la basilique où il allait être sacré roi , un héraut quittait Reims, porteur d*un message de la Pucelle à l'adresse du duc de Bourgogne.

Aux capitaines anglais Jeanne avait adressé des sommations; au prince français elle adressait des supplications.

a Haut et redouté prince, Jeanne la Pucelle vous requiert, de par le Roi du ciel, son droiturier et souverain Seigneur, que le roi de France et vous, fassiez bonne paix ferme qui dure longtemps. Pardonnez l'un à l'autre, de

bon cœur et entièrement, en loyaax chrétiens ; et, s'il vous plaît guerroyer, allez sur les Sarrasins.

« Prince de Bourgogne, je vous prie, supplie et requiers, tant humblement que requérir vous puisse, de retirer vos gens, et ce de la part du gentil roi de France, dont le sacre se fait aujourd'hui : il est prêt à vous faire paix, son honneur étant sauf.

« Et vous fais à savoir , de par le Roi du ciel, pour votre bien et votre honneur, que vous ne gagnerez point bataille à rencontre des loyaux Français et que tous ceux qui guerroient audit saint royaume de France guerroient contre le roi Jésus, roi du ciel et de tout le monde, mon droiturier et souverain Seigneur.

« Donc, je vous prie à jointes mains que vous ne fassiez nulle bataille. Quelque nombre de gens que vous envoyiez contre nous, ils n'y gagneront rien, et tant de leur sang sera répandu que ce sera grande pitié. »

Tout entier aux jouissances et aux vengeances, le duc Philippe ne sut pas entendre le grand cœur de Jeanne. Il blâmait la « folle créance de ceux qui étaient favorables aux faits de cette femme », et si, prisonnière, elle le supplia une fois de plus de déposer les armes, il dut sourire de ses prières.

Pourtant, en dépit de la politique de Bedford, son beau-frère, le jour vint où Philippe tendit la main à Charles VU et lui dit : « Vos ennemis seront mes ennemis. »

Ce fut Tachèvement de Toeuvre de salut.

Les Anglais durent abandonner Paris , puis toute la France, à la suite de cette réconciliation qui réalisait le vœu de Jeanne : Qu'il n'y ait plus ni Armagnacs, ni Bourguignons! qu'il n'y ait que des Français!

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