‹ Le mois de Jeanne d'ArcChapitre 31 sur 79 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

26 mai 1430. — Le vicaire général de l'Inquisition requiert le duc de Bourgogne d'avoir à livrer la prisonnière pour qu'il lui soit fait un procès d'hérésie.

Le 26 mai 1430, trois jours après la prise de Jeanne, frère Martin Billorini, le vicaire général du grand inquisiteur de France, écrivait au duc de Bourgogne :

« Gomme vrai catholique, vous devez extirper les erreurs et scandales contre la foi. Or, à l'occasion de certaine femme dite la Pucelle, il a été semé force erreurs d'où résulte la perdition de beaucoup d'âmes. Donc, vu l'autorité

à nous commise par le Saint-Siège de Rome,

nous enjoignons, sous toutes peines de droit, qu*on amène prisonnière par devers nous Jeanne, soupçonnée yéhémentement de plusieurs crimes sentant Thérésie, afin qu il soit procédé contre elle comme de raison. — Donné à Paris, sous notre sceau de ToCGce de la sainte Inquisition. »

Tel fut le préliminaire des longs marchandages qui, grâce à Tévèque de Beauvais aidé des clercs de l'Université de Paris, aboutirent à Tachât de Jeanne par les Anglais et à sa comparution devant le tribunal ecclésiastique de Rouen.

Que penser de cette centaine de dignitaires de l'Eglise, évêques, abbés crosses et mitres, prieurs, moines, archidiacres, chanoines, tous Français , servant les rancunes anglaises et déclarant n'avoir devant les yeux que Vhonneur de la foi orthodoxe?

Désirs bas et craintes lâches furent sans doute pour beaucoup dans leur participation à l'assassinat judiciaire de Rouen. Mais

on se trompe quand on imagine qu'ils eurent la claire vision du crime qu'ils commettaient. Loin de là. Plusieurs crurent accomplir une œuvre pie, et ils firent le mal d'autant plus pleinement^ d'autant plus gaiement qu'ils le firent joar conscience.

Ces scholars bouffis de vain savoir, ces Bourguignons inféodés aux Anglais, étaient impuissants à comprendre le génie candide, la vertu idéale de la Pucelle. Ils ne virent qu'un monstre diabolique dans hi fille de Dieu; et ils furent féroces avec une placidité béate.

Aux prêtres qui condamnèrent Jeanne, il faut ajouter les prêtres qui, sans avoir l'excuse de l'esprit de parti, la laissèrent condamner. Les examinateurs de Poitiers , oubliant que jadis ils n'avaient trouvé dans Jeanne que « bien et honneur », ne protestèrent pas contre les juges de Rouen. Quant à l'archevêque de Reims, il osa écrire à ses ouailles que la prisonnière de Compiègne, vu ses goûts d'élégance et son indocilité, était châtiée de Dieu.

iU LE MOIS DE JEANNE D*ARC

N'ayant pu faire de Jeanne sa créatarCy il acceptait que les Anglais en fissent leur yictimé.

Mais ce qui scandalise le plus, c'est Timpunité des auteurs du crime. Ils eurent la précaution de se faire délivrer par le roi d'Angleterre des lettres de garantie promettant aide et protection à quiconque serait inquiété pour un procès si canoniquement et si saintement conduit. Et de fait, ni pape, ni concile ne sévirent contre eux. Tous furent maintenus dans les belles situations qu'ils occupaient, et plusieurs furent élevés à de plus hautes dignités. Tels Roussel, fait archevêque de Rouen; Pasquier, fait évêque de Meaux; Gilles, fait évêque d'Evreux; Lefèvre, fait évêque de Démétriade.

On a dit que Tévêque Cauchon fut excommunié en châtiment de son forfait. En effet, Cauchon fut temporairement excommunié, mais après avoir été promu au siège épiscopal de Lisieux. Et'pourquoi futril excommunié?

Pour avoir refusé d'acquitter un léger droit que lui réclamait le Vatican.

Le tribunal ecclésiastique de réhabilitation, qui se fit attendre vingt-cinq ans, sanctionna rimpunité des bourreaux en même temps qu'il proclama Tinnocence de la suppliciée. De plus, s'il déclara Jeanne exempte du crime d'hérésie, il admit qu'hérétique elle aurait mérité le feu, et consacra ainsi , à l'exemple des premiers juges, le néfaste principe dont se servit l'esprit de parti pour faire d'elle sa victime.

Hélas! aujourd'hui encore n'arrive-t-il pas que crédules et incrédules ont leur orthodoxie et font volontiers au prochain des procès d'hérésie? Aux intolérances de ceux qui veulent imposer leurs affirmations s'ajoutent les intolérances de ceux qui veulent imposer leurs négations. Mais il n'y a, au bout, ni prison perpétuelle, ni chambre de torture, ni bûcher.

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