SIXIÈME DÉCISION
Cette femme se montre perfide, cruelle, altérée de sang humain, et elle blasphème Dieu dans les révélations qu*elle lui attribue.
Interrogatoires correspondants.
— Les voix vous ordonnaient-elles de haïr les Bourguignons?
— Je les ai moins aimés depuis que j*ai compris quel mal ils faisaient au roi de France.
— Dès votre enfance, n'aviez-vous pas grande envie de leur nuire ?
— J'avais grande volonté et affection que le roi eût son royaume.
— Comment pouvez-vous donner comme
divine la mission de verser le sang humain?
— Je commençais toujours par requérir qu'on déposât les armes. J'ai supplié le duc de Bourgogne qu'il y eût paix entre lui et le roi. Quant aux Anglais, la seule paix qu'il y faut, c'est qu'ils retournent en Angleterre.
— Qui portait votre bannière?
— Je portais moi-même ma bannière au lieu de lance, pour éviter de tuer quelqu'un. Je n'ai jamais tué personne.
— Du moins, vous avez bien été en beaucoup de lieux où les Anglais ont été tués?
— Mon Dieu, oui. Mais de ces exterminations d'hommes, il faut parler doucement et à voix basse. Que les Anglais ne quittaientils la France et ne s'en allaient-ils dans leur pays !
— Vous espérez donc toujours pour votre roi?
— Je n'espère pas, je suis sûre. Dieu enverra aux Français grande victoire. Je le sais comme je sais que vous êtes là.
— N'avez-vous pas dit que ce serait avant la Saint-Martin d*hiver?
— Avant la Saint-Martin d'hiver on verra bien des choses, et il se peut qu'on voie les Anglais jetés bas... Oui, le temps arrive où les Anglais éprouveront le pire dommage qu'ils aient jamais éprouvé en France. Avant qu'il soit sept ans, ils délaisseront un plus grand gage qu'ils n ont &it devant Orléans (Paris) et perdront tout dans ce pays.
— Pourquoi nous dire cela?
— Je le dis afin que, quand ce sera advenu, on ait mémoire que je l'ai dit.
SEPTIÈME DÉaSION
Cette femme s'est montrée désobéissante et impie envers ses parents pour exécuter sa présomptueuse entreprise.
Interrogatoires correspondants.
— N'avez-vous pas mal agi, en partant à rinsu de votre père et de votre mère?
— Ils m'ont pardonné.
— Pensiez-vous ne pas pécher?
— Puisque Dieu commandait, il fallait obéir.
Quand j'aurais eu cent pères et cent mères et que j'eusse été fille de roi, je serais partie.
— Et tout cela pour vous faire arrogamment chef de guerre !
— Si je fus chef de guerre, ce fut pour battre les Anglais.