LA RELAPSE FIDÈLE A SON HONNEUR
lui faire violence {Tentavit eam vi opprimere). Pour le coup, elle se révolta et reprit les habits d'homme qui la protégeaient mieux.
Le nom de cet honorable lord? On ne sait au juste; mais j'imaginerais volontiers que c'était le comte de Stafford. La brutalité de ce seigneur est bien établie par le fait suivant dont a témoigné le chevalier Âimond de Macy, en mai 1456.
Un jour, Jeanne reçut dans sa prison la visite de l'homme qui l'avait vendue, Jean de Luxembourg, accompagné d'Aimond de Macy.
Deux seigneurs anglais étaient présents, le comte de Warw^ick, gouverneur de Rouen, et le comte de Stafford.
— Jeanne, dit le sire de Luxembourg, en raillant, je viens pour vous mettre à rançon.
— Vous vous moquez de moi, répondit Jeanne, car je sais bien que vous n'avez ni le vouloir ni le pouvoir de faire ce que vous dites.
— Eh! eh! reprit le duc, la chose ne serait
pas impossible, si vous vouliez promettre de ne plus vous armer contre les Anglais.
— Ce serait promettre de mal faire, répon^ dit Jeanne.
— Alors, prenez garde !
— En nom Dieu, je soupçonne bien que les Anglais me feront mourir, croyant après ma mort tout gagner. Mais, fussent-ils cent mille godons de plus {sed si essent centum mille godons), ils ne l'auront pas, le beau royaume de France.
A ces mots, Stafford, indigné, tira sa dague pour frapper Jeanne. Warwick le retint.
L'avis de Warwick était bien d'assassiner Jeanne, mais de l'assassiner légalement.
Dès la première heure, les Anglais avaient incriminé les mœurs de Jeanne. Une jeune fille qui se permettait de les vaincre ne pouvait être que dépravée. La ribaude des Armagnacs, tel est le surnom dont ils l'avaient flétrie. Quand ils la tinrent prisonnière, ils