CHAPITRE X
Les arrêts du chambellan de Wenden duraient déjà depuis deux jours. A proprement parler, ce n’étaient point des arrêts. Le monde ne pouvait du moins entendre ainsi
la chose, car Son Altesse le régent, avec son tact habituel, avait dit à table, le lendemain, tout haut et fort distinctement :
« Le baron de Wenden est, à ce que j’apprends, indisposé. Cependant mon médecin m’a dit que cette indisposition était sans gravité, que c’était l’affaire de quelques jours de soins assidus et de repos. »
Conformément à ces paroles du régent, le pauvre Wenden était donc officiellement souffrant, et personne à la cour n’eût osé parler de cette affaire dans un autre sens. D’autre part, et toujours conformément à ce qu’avait dit publiquement le régent, le médecin attitré de Son Altesse se rendait chaque matin ponctuellement vers dix heures chez le baron de Wenden, l’abordait respectueusement, lui tâtait le pouls, lui prescrivait une limonade ou une poudre quelconque, après quoi il prenait congé de lui en souriant, non sans recevoir du prétendu malade un remerciment à voix basse du ton d’un homme fort bien portant qui l’eût envoyé à tous les diables.
Chaque jour en outre, entre deux et trois heures, un des laquais de service venait de la part de Son Altesse prendre de3 nouvelles du baron, et, grâce à ces informations quotidiennes, le régent ne manquait jamais de rassurer les amis de M. de Wenden, dont l’état de santé, leur disait-il, s’améliorait sensiblement de jour en jour, bien qu’avec quelque lenteur.
Que le chambellan s’ennuyât fort, avons-nous besoin de le dire? Toute sa philosophie l’avait abandonné, et il arpentait sa chambre dans tous les sens de l’air maussade d’un ours enfermé dans une ménagerie. Il se comparait à un aigle enchaîné, bien que, dans le fait, avec sa figure blanche et lisse, ses cheveux collés sur ses tempes, sa bouche en pointe aux lèvres rouges, ses grands yeux légèrement saillants, enfin sa démarche un peu oscillante, il ressemblât beaucoup plus à une oie prisonnière. Le premier jour dé sa réclusion forcée, il resta couché toute la journée sur son lit de repos, les rideaux baissés, et lut le dernier jour d’un condamné, .par Victor Hugo.
UN DlNER ET DEUX AMIS.
Puis il avait écrit plusieurs lettres à des amis et à des parents, auxquels il n'avait pas songé depuis des années. Mais, dans l’intervalle, sa principale occupation avait été de se livrer à des réflexions sans fin et de se creuser la tête avec rage pour deviner la cause de sa disgrâce. Si désagréable que fût en elle-même et par elle-même sa captivité, il y avait pourtant encore des moments où il se plaçait devant son miroir, la main droite sur sa poitrine, par-dessous sa robe de chambre rouge, et se regardait avec un triomphant sourire. On te craint, se disait-il à lui-même. Tu as inquiété le régent, et rien que cela vaut bien quelques jours d’arrêts. Nous prendrons notre revanche.
Le petit billet qu’il avait lu et son entretien avec la princesse pouvaient bien, pensait-il, être pour quelque .chose dans ce qui lui était arrivé. Mais comment le régent avait-il pu être informé de ces faits d’une manière si soudaine? Est-ce que Fernow par hasard?... Mais bah! Fernow était un bon garçon, aussi peu fait pour nouer une intrigue que pour la découvrir! D’ailleurs, il n’avait pas le moindre soupçon qu’il y eût eu rien d’écrit sur le petit papier du bouquet.
Quant à ce petit papier, il avait aussi coûté déjà bien des heures de réflexions au bon chambellan. Que signifiaient au juste ces mots? « Encore un homme entièrement dévoué, qui ait accès à la courl » Cette savante intrigue, dont il espérait tant pour son ambition, elle avait, en fin de compte, tourné contre lui. Il se voyait pris au piège. Cependant, qu’il s’agît de l’exécution de quelque plan, pour lequel on aurait eu besoin encore d’un homme entièrement dévoué, cela était si clair qu’un enfant même l’eût pu comprendre. Mais une fois arrivé là, le baron se trouvait au bout de sa science. Que, dans cette fatale soirée, la princesse eût eu à lui faire des confidences importantes, il n’y avait pas à en douter. Mais pourquoi — elle devait pourtant bien avoir appris son arrestation par le baron Rigoll ? — pourquoi ne lui faisait-elle rien savoir de la situation? Pourquoi Rigoll restait-il muet comme la
tombe et jouait-il avec lui la surprise d’une façon vraiment blessante?
Oh 1 le moment du bonheur, dont il s’était vu un instant si près, il lui avait glissé entre les doigts, et cette perspective brillante, éblouissante de hauts emplois, d’ordres, de dignités, qui naguère souriait h son imagination, tout cela n’avait été qu’un mirage trompeur!
Livré maintenant à de sombres pensées et presque au désespoir, il lui était bien difficile de croire encore à sa théorie du bonheur ; et pourtant cette théorie, l’exemple de Fernow en était une démonstration éclatante. Ce garçonlà rt’avait-il pas épuisé toutes les faveurs de la fortune dans le peu de jours qui s’étaient écoulés depuis cette fatale soirée? N’était-il pas, coup sur coup, devenu major et adjudant du régent? Oui, et on se disait tout bas à l’oreille, en secouant la tête, qu’il était le confident toutpuissant, le favori du prince, que le régent lui avait ouvert son cœur tout entier, qu’il l'appelait son fils, qu’il lui avait confié son sceau pour en disposer à son gré.
Ce qu’il y avait de certain, c’est que M. Kindermann, dont l’importance nous est déjà bien connue, traitait le major de fraîche date avec d’incompréhensibles égards. Il ne se bornait plus à le recevoir avec cet amical sourire qui lui était habituel, non, mais il avait toujours à lui dire quelque mot tout plein de mystère. Quant à la raison d’un changement si subit dans la position de Fernow, d’une faveur si soudaine, personne à la cour ne se la pouvait expliquer. Les uns croyaient que le régent s’était souvenu des hauts services rendus à l’État par son père, qui avait été autrefois ministre; d’autres, bonnes gens pour qui l’honneur et la réputation de leurs contemporains sont toujours choses sacrées, relevaient le sourcil d’un air important et disaient tout bas, pour paraître fins, à qui voulait les entendre : « Cela ne nous surprend nullement; il y a longtemps que nous avions deviné l’avenir réservé à Fernow.... Jeune, beau, bien vu dans tous les cercles, excellent cavalier, danseur infatigable.... hum! hum ! » De leur côté, de nobles dames sur le déclin de
l’âge, qui commençaient à penser avec quelque amertume que le mariage est le lot propre et véritable d’une jeune fille et que les soirées et les bals ne sauraient occuper le cœur bien longtemps, des dames enfin qui, malgré la plus pure noblesse, en dépit de quinze ou seize quartiers, se voyaient forcées néanmoins de renoncer à augmenter d’un nouvel anneau cette honorable chaîne, qui traitaient de mésalliance l’union d’un baron avec une simple demoiselle noble, mais non titrée, ou d’un comte avec une baronne, ces dames, dis-je, avaient une tout autre façon d’expliquer la faveur soudaine de M. de Fernow. Qu’est-ce que c’était que M. de Fernow? Son arrière-grand-père s’appelait M. Fernow tout court. Son grand-père, le père du ministre défunt, avait été doté, il est vrai, d’une baronnie, mais il avait épousé une jeune fille dont la noblesse était au moins fort douteuse. Son petit-fils ferait-il mieux? Au contraire. Ah! elles savaient pertinemment à quoi s’en tenir sur la cause d’un avancement si subit. M. Kindermann avait une fille unique, qu’il voulait faire passer de l’antichambre dans le salon Voilà, tout.
Ces explications, cela va sans dire, ne manquaient pas de provoquer un fou rire de la part d’une douzaine de dames de la cour, qui , d’ennemies mortelles qu’elles étaient jusque-là, devinrent tout à coup amies intimes et formèrent entre elles une étroite alliance pour prévenir, s’il était possible, un tel scandale.
Le chambellan , comme on le peut penser, avait été tenu exactement au fait de tous ces dires et de toutes ces conjectures ; et en réfléchissant sur tout cela il se distrayait d’autant de son ennui. Cet ennui pourtant prit bientôt de telles proportions, devint si écrasant, qu’il n’avait par moments d’autre ressource, pour le secouer un peu, que de marcher à pas précipités dans sa chambre, les mains derrière le dos, en poussant de profonds soupirs, comme un homme presque au désespoir.
Or, dans un de ces moments, il s’était approché de la fenêtre de sa chambre de derrière et s’était mis à regar-
der mélancoliquement dans la rue sombre, qui s’offrait à sa vue de ce côté. Plus d’une fois déjà il lui était arrivé de remarquer dans la maison en face le frais visage d’une jeune fille, qui, fréquemment assise près de sa croisée, ne manquait jamais de lui jeter un coup d’œil à la dérobée, à chaque mouvement un peu extraordinaire qu’il faisait. Quand on s’ennuie, on s’accroche à tout. Le chambellan de Wenden résolut donc, en homme fort ennuyé qu’il était, d’ouvrir un siège en règle devant cette maison et plus particulièrement devant cette croisée. Rose d’ailleurs en valait la peine, comme il dut se l’avouer, lorsque, le matin suivant, il ouvrit sa première parallèle et pointa une batterie de tir consistant en une lorgnette d’opéra colossale, au moyen de laquelle il vit à deux pas de lui sa jolie voisine. Par Dieu! où avait-il donc eu les yeux jusque-là? Quelle admirable créature! Et avec cela, habile ouvrière, parfaitement élevée. Ce dernier compliment lui vint aux lèvres, au bout de quelques heures. Rose ne lui jeta d’abord qu’une timide et rapide œillade ; mais elle s’accoutuma peu à peu à se laisser regarder par lui ; que dis-je? elle s’enhardit à sourire. Se tenait-il à sa fenêtre dans une altitude mélancolique, elle riait tout à fait, relevant sa jolie tête, chaque fois qu’il portait à ses lèvres en soupirant un petit bouquet de violettes. Or, il faisait de ces fleurs une consommation incroyable depuis sa réclusion. Qui elle était, comment elle s’appelait, il l’avait su dès le soir du premier jour; et le ’endemain il avait envoyé à ses nombreux amis de charmants petits éluits à cigares en paille tressée, si bien que quelques-uns supposèrent qu’il venait sans doute d’hériter d’un vieil oncle de Florence, qui avait tenu un assortiment d’ouvrages de ce genre.
S’il avait lieu d’être pleinement satisfait des premiers travaux de siège qu’il avait dirigés de la façon susdite contre la belle Rose, il n’était pas cependant sans quelque crainte de lire trop à fond dans ses grands yeux bruns. Le chambellan de Wenden avait le cœur sensible. Il croyait qu’il n’y avait rien de plus ridicule au monde
ÜN dIner.et deux AMIS. 141
qu’un amour non partagé, et son expérience personnelle l’avait plus d’une fois forcé de reconnaître que ces belles jeunes filles de la bourgeoisie ont de temps en temps le diable au corps. Il gardait les arrêts depuis quatre jours déjà, lorsque, par une rencontre singulière, le baron Rigoll vint lui montrer l’admirable photographie de la belle Rose. Il sentit alors avec effroi qu’il était presque devenu jaloux. Cependant Son Excellence lui ayant protesté haut et ferme qu’elle avait acquis ce portrait dans les vues les plus innocentes, et seulement pour le mettre sous les yeux d’une dame, une telle assurance le calma. Mais ce qu’il ne put supporter, ce fut d’avoir été réellement ému et troublé, surtout lorsqu’il put se convaincre clairement, dans une circonstance toute particulière, de l’impression qu’il avait produite sur le cœur de Ta jeune fille. Il était à sa fenêtre, ou plutôt il s’appuyait contre un des panneaux de la croisée dans une attitude pittoresque. C’était midi environ, et non-seulement il observait la photographie en question, mais encore il la comparait de point en point avec l’original, c’est-à-dire avec Rose qui, juste à ce moment, était visible en face de lui. Il rendit alors le portrait au baron avec une pantomime des plus expressives. C’était comme s’il eût dit au baron : « Emportez ceci, mais vous m’emportez le cœur avec. »
Là-dessus, il jette à la malheureuse fille un regard véritablement déchirant. Aussitôt celle-ci — effet, selon lui, d’une tendre sympathie — tressaille, détourne la tête, pour s’assurer évidemment que personne n’est témoin de l’émotion qu’elle éprouve. Puis, armé de sa lorgnette, il la voit se retirer toute pleurante au fond de sa chambre — divine créature! — Mais, au fait, c’était précisément le moment où Henri Boehler, blessé au cœur, sortait de chez elle et regagnait son atelier.
Dans cette même journée, le chambellan de Wenden avait invité quelques amis à dîner avec lui, leur annonçant expressément pour tout régal une soupe de malade, de la tisane d’orge et de la compote de pommes. En conséquence, il avait, vers quatre heures et demie, fait une
toilette exquise, s’était assis sur son fauteuil près de la fenêtre que nous connaissons, tout cela pour ouvrir contre sa belle voisine un nouveau feu à l’aide d’une cravate blanche irréprochable et d’un collier d’ordre autour de son cou. Mais sa charmante ennemie ne se laissa presque pas voir ; une fois seulement elle s’approcha de sa croisée, mais en revanche, comme il appuyait la main sur son cœur en signe de prostestation d’amour passionné, elle lui sembla profondément atteinte, soupira visiblement et disparut, après lui avoir décoché un regard plein de promesses.
Le valet de chambre annonça le major Fernow, et le baron de Wenden rentra dans son petit salon pour recevoir son ami. Fernow vint à lui en souriant, et lui tendit la main.
« Tu vas bien, n’est-il pas vrai? lui dit-il. Son Altesse, que j’ai eu l’honneur d’accompagner aujourd’hui dans une promenade à cheval, m’a dit expressément que tu devais te ménager, si tu voulais être à »i»ême de sortir d’ici à quelques jours.
— Son Altesse t’a dit cela réellement? répondit Wenden. Eh bieul je suis infiniment reconnaissant à Son Altesse de ses attentions persévérantes pour ma santé. Tu voudras bien le lui dire de ma part, et puisque tu es si savant dans sa confiance, je te serais obligé d’ajouter que je ferai tout mon possible pour me préserver désormais de ces sortes de petites indispositions.
— Tu veux que je lui dise cela réellement?
— Oui, tu m’obligeras par là infiniment, mon cher ami. Cependant il me vient à l’esprit que je promets peutêtre un peu trop. Connais-je bien, après tout, la cause de ma maladie? Et toi, la connaîtrais-tu par hasard? >
Le major fit un petit mouvement d’épaules.
« Le diable la connaît sans doute, — quant à moi, je n’en sais pas le premier mot, continua le chambellan en rajustant d’un air contrarié sa cravate blanche. Et le pis est que je n’ai pas la moindre idée des précautions que je dois prendre pour me garder dorénavant de cette....
maladie d’écolier. — Oui, tu peux sourire tant que tu voudras, mais tout cela est une fâcheuse histoire, et, raillerie à part, sois assez bon pour me donner un point fixe, pour me suggérer une idée, afin que je sache ce que je dois faire et ne pas faire pour ne plus paraître à l’avenir indisposé aux yeux du régent.
— Toi, un philosophe, un penseur! répliqua gaiement Fernow. Tu me demandes un conseil, à moi, le simple des simples!
— Aie donc un brin de franchise avec moi, Fernow, dit Wenden en secouant la tête de côté avec un mouvement de vivacité. Ma maladie est une énigme pour moi, je te le jure. Dans la vie ordinaire, si je sais par expérience que mon estomac ne peut supporter les huîtres ni les truffes, je ne mange ni des unes ni des autres; si le champagne m’est contraire, je n’en bois pas; si la bise me fait mal, je m’habille chaudement. Mais pour ce que je dois faire afin de ne pas devenir malade aux yeux du régent, pour cela, sur mon honneur, je n’en ai pas la moindre idée. »
M. de Fernow caressait ses moustaches noires, sans répondre, et regardait le plafond.
« Encore une fois, Fernow, sois franc, continua M. de Wenden. Dis-moi ce que tu peux me dire. Tu sais que je suis homme à comprendre, sans qu’il y ait besoin de mettre les points sur les i.
— Ce que je puis, je le veux bien faire, répliqua le major. Voyons donc un peu entre nous ce qui pourrait se rapporter à l’accident qui t’arrive. »
Et, posant la main sur son front, il parut réfléchir profondément.
« Oui, oui, ce serait possible, dit-il après une pause d’un instant. Sais-tu, mon cher Wenden, qu’il y a des gens qui ne peuvent supporter le parfum des fleurs, des gens à qui ce parfum agace les nerfs?
— Ah! je comprends.... Moi, par exemple, j’ai à me défier de certaines fleurs, dans lesquelles on cache de petits billets. N’est-ce pas ton avis?
— Si les petits billets, cachés dans de certaines fleurs, sont pour quelque chose dans ton indisposition, au fait, je n’oserais le décider. Mais tu me comprendras.
— Oh ! parfaitement.
— Peut-être y a-t-il encore d’autres choses qui ne sont pas bonnes pour ta santé.
— Ah! d’autres choses encore?
— C’est du moins mon avis. Moi-même, qui jouis d’une santé parfaite, j’ai pourtant éprouvé plus d’une fois que les vastes salles du château, particulièrement à une heure avancée de la soirée, renferment un air humide et malsain pour quelqu’un qui serait sujet aux maux de gorge.
— Et de toutes ces salles, les plus dangereuses sans doute, reprit vivement Wenden, sont celles qui conduisent aux appartements de la princesse Élise.
— Si elles le sont plus ou moins à de certaines heures, c’est ce que je n’oserais décider; toujours est-il....
— La cause est entendue, dit le chambellan en lui coupant brusquement la parole avec humeur. Fernow, Fernow, tu es devenu en peu de jours un avocat tout à fait madré.
— Cela ne doit pas t’étonner, répliqua le major, lorsqu’un penseur comme toi s’est donné la peine de me développer ses précieuses théories pendant une longue après-midi de dimanche. »
Le valet de chambre annonça Son Excellence le grand veneur, M. le baron Rigoll. Celui-ci toussa légèrement à plusieurs reprises, en traversant l’antichambre, mais il s’arrêta court à la porte du salon, dans une attitude affectée. En d’autres termes, Rigoll jouait la surprise et l’inquiétude. Jetant le haut du corps en arrière, il étendit ses deux bras de côté et d’autre en s’écriant :
« Est-ce une plaisanterie, mon cher ami? Vous m’avez invité à un dîner de malade, une soupe légère, de la tisane d’orge, que sais-je? de la compote de pommes, horreur! J’espère bien que ce n’était pas sérieux, autrement je me verrais forcé de me repentir d’être venu jusqu’ici. J’ai, pour vous, quitté de fort bonne heure Mlle de Rip-
perda, ma fiancée. Que diable! encore faudrait-il savoir pourquoi.
— Tranquillisez-vous, Excellence, dit en riant le chambellan visiblement flatté de la gracieuse plaisanterie du baron. Bien que je doive vous supplier d’avoir égard à la cuisine d’un malade, nous trouverons pourtant bien encore quelque chose qui convienne à l’appétit d’un homme bien portant comme vous. »
Son Excellence tenait un petit paquet h la main. Ce paquet avait l’air d’un livre grand in-octavo. Elle le remit au valet de chambre, en le recommandant à tous ses bons soins. Alors seulement il parut remarquer le major, qui, les mains derrière le dos avec son chapeau, et les jambes croisées, regardait les poses et les mines de ce singulier personnage.
« Ah! monsieur de Fernow! dit le baron Rigoll; et ce sourire désagréable qui nous est connu fit grimacer sa figure.
— J'ai eu déjà l’honneur de présenter mes compliments à Votre Excellence, repartit le major, et je me permettrai maintenant de m’informer de l’état de votre santé.
— Parfaite, mille remercîments, extraordinairement bonne. J’ai besoin du reste qu’il en soit ainsi. Mais sur ce point personne au monde ne doit s’inquiéter.
— Votre Excellence est du moins digne d’envie, » répliqua M. de Fernow avec le plus grand calme.
Le valet de chambre annonça encore trois amis du maître de la maison, fort connus aussi du major et du grand veneur. On entra, on échangea des poignées de main, on déposa les chapeaux, qui sur un fauteuil, qui sur un divan; on trouva que le chambellan avait bien bonne mine pour un malade, puis on parla de la pluie et du beau temps, d’une promenade à cheval, d’une soirée, on jeta dans la glace, à la dérobée, un regard satisfait. Enfin, le domestique ayant dit à voix basse que le dîner était servi, on passa dans la salle à manger, on prit place autour de la table dressée avec un goût exquis, te dîner ' 10
était excellent : mets variés et choisis, sauterne, bordeaux, vin du Rhin, tous vins de premier choix; rien ne manquait. Pour finir, selon l’usage, un dessert de fruits glacés, avec champagne et tokay, sans parler de l’entrain des convives qui ne cessèrent, pendant tout le repas, de causer, de rire et de plaisanter.
Bien que l’on fût déjà aux premiers jours du printemps, on endurait pourtant encore un petit feu, le soir, dans les appartements. Aussi tous nos convives éprouvèrent-ils une sensation délicieuse de bien-être, lorsque le chambellan les conduisit, au sortir de table, dans son petit cabinet de travail, doucement chauffé par un feu de cheminée, autour duquel étaient rangés six fauteuils très-bas, à roulettes, ce qui permettait de les faire aller à droite ou à gauche, à l’aide du moindre mouvement, et facilitait d’autant la conversation.
Le confortable du lieu, la gaieté de l’entretien qui s’engagea au milieu de la fumée des cigares et de l’arome du café, retinrent la compagnie plus longtemps que d’habitude, et il était fort tard, lorsque chacun prit congé de l’amphitryon, à l’exception du grand veneur.
Comme le chambellan revenait de l’antichambre où il avait accompagné ses amis, il trouva le grand veneur debout près delà table, un livre à la main. Bien que ce livre fût ouvert, Son Excellence ne le lisait point, mais regardait plus loin fixement, comme sous l’empire d’une méditation profonde. Sa figure n’avait plus l’expression de gaieté railleuse qui ne l’avait point quitté pendant et après le dîner. Son front s’était voilé d’un nuage de noirs soucis, ses lèvres contractées laissaient à peine entrevoir à leur extrémité un sourire de dédaigneux sarcasme.
En entendant venir le chambellan, il jeta le livre sur la table, et se tournant vers son ami :
« Enfin nous sommes seuls 1 » lui dit-il.
Puis il ajouta d’un ton vif et presque piqué:
« Baron, je vous admire. Avec une habileté comme la vôtre, vous ne pouvez manquer de fournir une belle carrière. »
UN DlNER ET DEUX AMIS.
M. de Wenden le regarda d’un air quelque peu surpris.
« En vérité, je ne comprends pas Votre Excellence, répondit-il d’un ton qui marquait tout son étonnement. Vous êtes assez bon pour parler de mon habileté, mais pour l’amour de Dieu, je vous en prie, vous voyez où mon habileté m’a conduit — à garder les arrêts dans ma chambre sur parole !
— Et c’est précisément en quoi j’admire votre prudence, s’écria le grand veneur qui allait et venait par la chambre d’un air animé. Vous ne vous êtes pas laissé séduire par le doux chant de la sirène. Elle vous a tendu son hameçon doré ; vous vous y êtes légèrement égratigné le bec, mais le destin, dans la personne de votre ami Fernow, vous a préservé d’y mordre tout à fait.
— Décidément je ne comprends pas Votre Excellence.
— Il n’est pourtant pas malaisé de me comprendre. Comme je vous l’ai déjà fait observer, vous avez eu la sagesse de vous retirer ici dans la solitude, et par là vous avez échappé au piège que l’on se disposait à dresser contre vous. Moi, au contraire, je suis à m’y débattre des pieds et des mains, comme une pauvre mouche dans une toile d’araignée. »
Et, à l’appui de sa comparaison, Son Excellence se mit à remuer les pieds et les mains avec une extrême vivacité.
a Pourrais-je bien vous prier, continua le baron Rigoll, de me faire remettre par votre valet de chambre le petit paquet que je lui ai confié tout à l’heure? Croyez-moi, mon cher ami, ajouta-t-il en voyant M. de Wenden agiter la sonnette avec un haussement d’épaules et le regarder fixement d’un air de surprise et presque d’effroi, croyezmoi, les mille millions de diables de l’enfer sont déchaînés dans le château. »
Le chambellan exprima sa surprise par une pantomime énergique.
« Je vous assure, cher Wenden, reprit le baron Rigoll, c’est le plus prudent tour de toute votre vie de vous être fait mettre aux arrêts dans vos appartements. Si seule-
ment j'en avais fait autant, il y a huit jours ! Oh ! les intrigues, les intrigues de femmes! Vous savez ce qui me lie à la princesse. Mon mariage avec Mlle de Ripperda est publiquement annoncé. Je m’intéresse vivement à cette belle jeune fille. D’autre part, je serai fort heureux de l’épouser, et je ne veux ni ne puis faire autrement. Car, si maintenant je me rétractais, il n’y aurait pas assez de risées de tous les côtés sur le refus que le vieux baron Rigoll aurait essuyé de la jeune demoiselle de Ripperda. »
A ces mots, il jeta un rapide coup d’œil dans la glace, après quoi, fort peu satisfait sans doute de ce qu’il avait vu, il se laissa tomber sur un fauteuil d’un air des plus maussades.
Cependant le valet de chambre avait apporté le petit paquet demandé. Son Excellence en déchira l’enveloppe d’une main émue et tendit, sans le regarder, à Wenden, l’un des deux portraits qu’elle contenait.
* Une photographie de vous? Parfaitement réussie ! ma foi! dit M. de Wenden.
— Ah ! je me suis trompé! s’écria Rigoll. C’est ce portrait-là que je voulais vous montrer. Connaissez-vous la personne? »
Le chambellan regarda longtemps le portrait et avec beaucoup d’attentiun. Puis il se couvrit les yeux avec la main et réfléchit quelques instants.
« J’ai vu cette tête quelque part, fit-il alors. Mais je ne saurais dire si c’est la personne même que j’ai vue, ou seulement un portrait d’elle.
— Peut-être l’un et l’autre. Rappelez vos souvenirs. »
M. de Wenden regarda le grand veneur d’une façon
toute particulière, mais on pouvait bien lire dans ses yeux qu’il sondait les derniers replis de sa mémoire.
« Oui, oui, dit-il enfin, cette figure m’est connue. Je l’ai vue, ce me semble, il n’y a pas longtemps. »
Son Excellence fit un petit mouvement de tête en signe d’assentiment.
* Seulement je me représente cette tête, continua Wen»
UN DlNER ET DEUX AMIS.
den, couverte d’une pièce d’étoffe, comme ont coutume d’en porter les Bédouins dans leurs courses à cheval à travers le désert, et au lieu de ce paletot, mes souvenirs me rappellent un burnous.... Par Dieu! c’est cela même, oui, j’y suis maintenant. »
Et, courant k sa bibliothèque, il l’ouvrit en toute hâte, y prit un livre fort élégamment relié, d’où il tira le même portrait qu’il mit sous les yeux du grand veneur. Celui-ci fit un nouveau mouvement de tête, et cette fois d’un air très-contrarié.
« Le duc Alfred deD... ! s’écria le chambellan du ton de la plus vive surprise. Mais il est ici, dans la Résidence, je l’ai vu tout dernièrement à.... où donc était-ce? enfin, dans je ne sais plus quelle société.
— Oh! certes, dans la meilleure société possible. Le duc était ici-même, dans cette chambre, sur ce même fauteuil, où j’ai maintenant l’honneur d’être assis.
— Le comte Hohenberg?
— Le comte Hohenberg. »
Ils se regardèrent un instant tous deux, comme s’interrogeant mutuellement. Il était facile de lire sur les traits du chambellan qu’il se perdait dans ses conjectures. Au contraire, k voir le calme fatal de la contenance de Rigoll, on devinait que Son Excellence savait le mot de l’énigme et que, s’il se taisait, ce n’était que par ménagement et pour ne pas effrayer Wenden par une révélation trop soudaine.
a. Mais pour l’amour de Dieu, Excellence, que signifie cet incognito du duc pendant son séjour parmi nous? Car, que personne k la cour ne se doute de sa présence, c’est parfaitement évident. Vous avez un sourire étrange. En saurait-on donc quelque chose, et aurait-on quelque raison de la tenir secrète?
— Qu’il y ait des personnes de la cour instruites de ce secret, de ce secret dangereux, nous en sommes une preuve l’un et l’autre. Nous appartenons aussi k la cour, je pense, yous et moi.
— Je vous prie en grâce, Excellence, de vouloir bien
m’excuser. C’est de vous que je tiens la première nouvelle de toute cette affaire.
— Parce que vous avez eu l’insigne habileté de vous faire coucher sur la liste des malades.
— L’affaire en question se lie-t-elle donc à l’histoire du petit billet que vous savez? demanda Wenden avec une tension extrême d’esprit.
— Précisément.
— Ainsi,' c’était pour me demander mon assistance, pour me donner quelques instructions, que la princesse m’avait indiqué la mystérieuse audience de l’autre soir?
— Oui, cette audience dont vous vous êtes laissé priver par votre ami M. de Fernow. Ohl vous avez adroitement joué votre rôle, avec une finesse admirable 1
— Mais je vous assure que ce serait pour moi un vrai bonheur de pouvoir offrir, sans condition, mes services à la princesse.
— Et c’est à moi que vous le dites ! s’écria le grand veneur. A moi, que vous voyez en ce moment presque au désespoir de m’être livré — pardonnez-moi le mot — corps et âme à la princesse? »
Il s’était, en disant cela, levé brusquement et avait desserré sa cravate, comme un homme qui étouffe.
Quant au chambellan, bien qu’il s’efforçât d’avoir l’air de comprendre, il dut s’avouer à lui-même qu’il eût été plus conforme à la situation de paraître entièrement stupéfait; car il ne s’expliquait pas du tout les craintes et l’embarras du grand veneur. Sa tête se perdait dans un chaos de conjectures.
Le baron Rigoll, à bout de force, s’était de nouveau renversé sur son fauteuil, et il restait là, les mains croisées, uniquement occupé à faire tourner ses pouces.
« Comme j’ai une ferme confiance en vous, dit-il après une pause assez longue, et que peut-être aussi je puis avoir besoin d’un aide, je veux vous conter toute l’affaire. Mais, mon cher Wenden, songez-y bien, cette affaire, mal rapportée et en un lieu inopportun, peut avoir les plus graves conséquences.
— Pour vous, Excellence?
— Oui, mais aussi pour quiconque s’y trouvera mêlé.
— En ce cas, ma maladie risquerait fort de traîner en une longueur infinie, voire même de devenir, comme on dit, une maladie chronique.
— Ne plaisantez pas. C’est précisément votre maladie, survenue avec un à propos si extraordinaire, qui me convainc de l’habileté avec laquelle vou^ saurez traiter notre affaire. Quand on s’engage dans les intrigues d’une dame, telle que la princesse Élise, on joue son va tout.
— Jouons donc, dit résolûment le chambellan. Comme je l’ai vu par l’exemple de Votre Excellence, vous avez eu déjà, dans le cours du jeu, un coup de fortune. Peut-être serai-je aussi heureux. »
Le grand veneur comprima un léger soupir.
« Donc, reprit-il, le duc est ici, vous le savez. Je l'ai connu assez intimement autrefois. Aussi est-ce à moi que l’on a pensé maintenant pour la plus dangereuse des commissions.
— Et que veut le duc? demanda Wenden avec une vivacité qui touchait à l’impatience.
— Ce qu’il veut? Eh bien! rien de plus, rien de moins que ceci : épouser la princesse Élise.
— Mille tonnerres! s’écria Wenden en reculant d’un pas.
— Et cette négociation, c’est moi qui dois la conduire, reprit le baron Rigoll en passant légèrement sa main sur son front. Je me suis occupé des correspondances nécessaires et j’ai invité le duc à venir ici.
— Et tout cela à l’insu de Son Altesse le régent? demanda Wenden en appuyant sur les mots.
— Cette question, mon cher, répondit Rigoll avec impatience, cette question me prouve combien vous connaissez peu la princesse Élise. A-t-elle jamais aimé à conduire une affaire par les voies directes et au grand jour? Pour moi, je ne puis me souvenir qu’elle en ait mené une seule de cette façon-là, et elle serait elle-même fort en peine de dire autrement. Maintenant, mettez-vous
LE MO il'NT DU BONHEUR.
& ma place. Le duc a eu l’idée, idée romantique et forl belle assurément, de connaître secrètement la princesse; il est donc ici, vous le savez, mais cette maudite affaire ne veut pas faire le moindre pas en avant.
— Pourquoi cela?
— Cher Wenden, ne prenez pas mal ce que je vais vous dire. Vous me questionnez comme un enfant, et non comme un chambellan qui vit depuis des années à la cour. Pourquoi?... Parce que la princesse s’est mis en tête à présent de ne pas pousser l’affaire plus loin, mais de la faire traîner en longueur ou plutôt de ne pas la mener à fin.
— Et le duc, le voit-elle souvent?
— Si elle le voit souvent? Elle ne l’a pas vu même une seule fois depuis qu’il est ici. Elle veut avoir son portrait, lui donner le sien en échange, après quoi elle se décidera peut-être à se rencontrer avec lui, Dieu sait de quelle façon pleine de mystère. Maintenant, vous savez de point en point l’histoire de mes souffrances. Je suis entre deux feux, et je ne pense pas qu’un homme de bon sens puisse me faire un crime, si parfois je m’abandonne à un entier désespoir. Mais je me suis fait un serment solennel, continua-t-il en se levant de nouveau. Oui, que celte affaire tourne à bien, et je sais bien ce que je ferai. Je me marierai tout aussitôt, sans le moindre bruit; puis je voyagerai quelque temps, attendant avec résignation que les choses se débrouillent ici.
— Oh! Votre Excellence a un avenir vraiment digne d’envie, dit le chambellan d’un air rêveur.
— Mais avant d’en arriver là, j’ai un abîme sous les pieds, un abîmç affreux où je risque de périr corps et biens.
— Et cet abîme, Votre Excellence me fait l’amitié de m’y entraîner avec elle, répondit en riant M. de Wenden.
— Il y a du vrai dans ce que vous dites, reprit le grand veneur après une courte pause, pendant laquelle il était allé se mettre à la fenêtre, les bras croisés. Mais, par Dieu! deux hommes comme nous ne sont pas si fa-
UN DlNER ET DEUX AMIS.
ciles à renverser. Nous saurons, j’imagine, nous construire un pont magnifique qui nous conduira sur un terrain plus solide.
— Le pont du bonheur, répliqua le chambellan tout pensif; oui, pourvu que le moment favorable ne nous ait point échappé ! Et la princesse, continua-t-il après un silence de quelques instants, la princesse désire-t-elle que je sois instruit de cette affaire ?
— Comment en douter? repartit Rigoll, non sans quelque embarras. Vous avez ses bonnes grâces et elle vous aurait certainement tout confié l’autre soir.... Puis-je compter sur vous? »
Le chambellan avait fait un tour dans la chambre; il luttait avec lui-même. Il connaissait le grand veneur, et plus il je connaissait, plus il se défiait de toute cette intrigue.
Évidemment, s’il y eût eu quelque chose à gagner, le baron Rigoll n’eût pas songé à prendre un associé. D’ailleurs, il se souvenait fort bien de cette soirée où il l’avait rencontré au château. Ils suivaient alors le même chemin tous les deux et se dirigeaient l’un et l’autre vers les appartements de la princesse Élise, et le baron alors, dans le premier moment de sa surprise, ne lui avait fait rien moins que bon visage....
Cependant, l’hésitation de M. de Wenden ù répondre ne paraissait pas du tout plaire au baron Rigoll.
« Eh bien! cher Wenden, lui dit-il d’un ton un peu vif en se tournant vers lui, comment dois-je prendre votre silence? Vous m’avez demandé mon secret, vous m’avez tranquillement laissé tout vous dire, et maintenant que vous savez tout, vous montrez une hésitation dont j’ai presque lieu de m’inquiéter.
— Vous pouvez compter sur moi, répondit M. de Wentlen enfin décidé. Au nom de Dieu, dites à la princesse que je suis entièrement ù son service, et faites-moi savoir ce que je dois faire. »
Le grand veneur sembla respirer plus librement. Il tendit la main au chambellan et lui répondit :
« Je vous remercie cordialement et je saurai reporter h qui de droit l’hommage de votre dévouement. Mais maintenant, avant tout, il faut vous guérir. Vous vous ferez annoncer demain chez la princesse, elle vous mettra au courant de la situation, et je compte sur votre éloquence persuasive pour la décider à nous donner enfin une réponse raisonnable que nous puissions communiquer au duc.
— Je n’y manquerai pas, fit Wenden. Aussitôt que je pourrai sortir, ajouta-t-il avec- intention, et que la princesse daignera me recevoir, je ferai tout mon possible.
— Dieu soit loué! je vois enfin luire un peu de clarté dans ces ténèbres, dit le grand veneur après avoir tiré sa respiration du fond de sa poitrine. Estimez-vous heureux de pouvoir rester tranquille à cette heure dans votre appartement. Quant à moi, j’ai encore un point à traiter avec le duc, et je crains fort d’avoir à essuyer de lui quelques mots piquants. Au revoir donc, h demain, ajouta-t-il en lui tendant la main; à la vie et à la mort!
— A notre bon succès, » répondit M. de Wenden; ils se séparèrent.
Le grand veneur se jeta dans con coupé et, pendant tout le, trajet jusque chez lui, il ne cessa de penser à l’entretien qu’il venait d’avoir, se disant pour conclusion à lui-même : « Advienne que pourra! Je crois, ma foi! avoir trouvé un bon paratonnerre. »
Quant au chambellan, il regarda par la fenêtre, et quand il vit l’équipage de Son Excellence disparaître à l’angle de la rue, il se frotta les mains. « Voilà, pensat-il, une communication qui pourrait contribuer à faire cesser tout d’un coup mon indisposition. Arrière toutes ces intrigues! Elles m’ont mal réussi. J’aviserai, selon l’état des choses, à demander par écrit une audience au régent. »