‹ Le monachisme africainChapitre 13 sur 80 · Tillemont, t. vu · texte numérisé non relu

Tillemont, t. vu

2. FA ideo voliii habere in isia domo episcopi mecum monasterium clericorum. (Aug., serm. 355, ibid.) Saint Martin, devenu évêque de Tours, avait donné aux moines une place aussi large que possible dans la cléricature et le gouvernement de son église.

3. Certe ego sum qui staiueram, sicut nostis, uullum ordinare clericum, nisi qui mecum vellet manere : ut si vellei discedere a proposilo, recte illi tollerem clericatuni quia desererei saiictæ societatis promissum cœptumque consortium. (Aug., serm. 355, P. L., XXXIX. Cf. id., serm. 356, col. 1580.)

4. Inutile de rappeler qu’à cette époque il se fonda en France et ailleurs un certain nombre de communautés ecclésiastiques sans vœux. La préoccupation de trouver des antécédents et des modèles porta naturellement leurs membres à les chercher autour de saint Augustin.

Car il est dit : Vovete ei reddite Domino Deo vestro, et encore : Melius est non vovere qmm vivere et non reddere.

« Une vierge qui a reçu la bénédiction virginale sans vivre néanmoins dans un monastère ne peut pas se marier; et rien ne l'oblige à entrer dans un monastère. Mais si elle embrasse la vie monastique et qu’elle vienne à l’abandonner, tout en restant vierge, on peut déplorer la moitié de sa ruine. Il en est de même d’un clerc qui a promis (professus est, promis par vœu) et la sainteté et la cléricature. C’est Dieu qui lui a imposé sur les épaules, pour le service de son peuple, la cléricature, qui est une charge plus qu’un honneur. Mais où est l’homme sage qui comprendra cela? 11 a donc promis la sainteté, il a promis de vivre en commun... S’il renonce à ce genre de vie, tout en restant clerc, c’est la moitié d’une ruine*. »

Ces prêtres, ces diacres et ces sous-diacres ajoutaient donc à leur dignité les devoirs d’une profession religieuse véritable. Ils étaient bien des religieux, c’est-à-dire, pour employer le langage reçu alors, des moines, et la maison qu’ils habitaient était, elle aussi, un vrai monastère : Et ideo volui habere in ista domo episcopi mecum monasterium clericorum. Quelques auteurs, pour les distinguer des religieux qui vivaient dans les autres monastères, les ont appelés chanoines réguliers', mais ce nom, transplanté au quatrième siècle, est tout simplement un anachronisme. Pourquoi, du reste, chercher à leur donner un titre spécial ? Rien n’autorise à faire de ce clergé monastique d’Hippone une catégorie à part. Ils sont à la fois clercs et moines, comme le seront ensuite tant de religieux, et en particulier les Bénédictins attachés au service de nombreuses cathédrales en Allemagne et en Angleterre durant toute une période du Moyen-Age 2.

Saint Augustin nous a conservé les noms de plusieurs membres de sa communauté dans ses discours 355 et 356, intitulés De vita

1 . Ecce dico, audite : Qui societatem communis vitce jam susceptam, quce laudaiur il! Âciihus Aposiolorum, deserit a vota siw, cadit et a professione saiicta cadit... Ego scio quantum mali sit proflteri sanctum aliquid nec implere... Sic et clericus duas res professus est, et sanctitatem et clericatum... Er go professus est sanctitatem, professus est communiter vivendi societatem... Si ah hoc proposito ceciderit, et extra manens clericus fuerit, dimidius et ipse cecidit. (Id., serm. 355, col. 1573.3

2. Les églises celtiques, particulièrement, n’avaient point, aux sixième et septième siècles, de clergé séculier. Les évêques et les clercs se recrutaient uniquement parmi les moines. Cf. Arthur de La Borderie. Les Monastères celtiques aux sixième et septième siècles, d’après les usages de l’île d’Iona, traduit de l’anglais du docteur Reeves, avec notes d’introduction.

et moribus clericorimi suorum'. Ce sont les prêtres Januarius, Barnabas et Leporius ; les diacres Lazare, Valens, Faustinus, Severus, . qui devint aveugle, Heraclius, et un sixième qu’il nomme simplement le diacre d’Hippone, diaconus Hipponensis. Son neveu Patritius est le seul sous-diacre dont il parle nommément. On connaît par ailleurs le diacre Lucillus, frère de l’évêque Novatus, qui rendait des services fort appréciés grâce à sa connaissance de la langue f)unique, qui était celle de toute une partie de la population africaine 2. 11 faut y ajouter encore Heraclius, qui fut le successeur d’Augustin, Saturninus, Fortunatianus et Rusticus, qui prirent part à son élection 3. Mais il en est d’autres qui ont laissé un souvenir moins honorable. Dieu permet, en effet, que les méchants s’introduisent dans la société des hommes justes. 11 en a été toujours ainsi et il en sera de même jusqu’à la fin des temps. Leur perversité éprouve la vertu des. saints, exerce leur patience et leur prêche l’humilité. 11 ne faut donc pas être surpris de rencontrer à l’école d’Augustin quelques misérables, indignes d’un pareil honneur. 11 eut un jour la douleur d’entendre Boniface, prêtre de son monastère épiscopal, accuser un jeune religieux nommé Spes de lui avoir fait des propositions infâmes. Celui-ci, au lieu d’avouer sa faute, la rejeta sur son dénonciateur. Boniface était un homme digne de foi. L’évêque crut à la vérité de sa dénonciation. Mais le défaut de preuve convaincante ne lui permettant pas de châtier le coupable, il attendit qu’une circonstance fortuite vînt l’éclairer et le confirmer dans ses soupçons. Ce fut Spes lui-même qui la fit naître en demandant à son évêque de lui conférer un ordre supérieur à celui qu’il exerçait, ou du moins de lui donner des lettres de recommandation pour être ordonné ailleurs. Irrité par le refus légitime qu’éprouva sa requête, il renouvela ses accusations contre Boniface et insista pour qu’il fût déposé de ses fonctions. On pouvait tout craindre de cet esprit révolté. Pour éviter le scandale que la divulgation de cette affaire causerait aux fidèles et le triomphe que ne manqueraient pas d’en tirer les donatistes, Boniface consentit à subir cette humiliation. Saint Augustin accepta, sans vouloir néanmoins effacer son nom de la liste des prêtres qui se lisait à l’autel .

Mais sa conscience ne lui permettait pas de confondre indéfiniment l’innocent et le coupable. Dans l’impossibilité où il se trou-

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