Tillemont, t. Xlll, pp
3. Tibi enim maxime debeo quia in Cbrislo Jesu per Evangelium ego le geinii. Aug., ep. 85, col. 294.
Antoine, l’un de ses disciples de prédilection, lui causa une peine beaucoup plus vive encore. 11 l’avait reçu tout enfant dans son monastère. 11 eut plus tard assez de confiance en lui pour le charger du gouvernement de l’église de Fussala, qu’il venait de détacher de son diocèse. Une fois évêque, Antoine foula aux pieds ses devoirs les plus sacrés. Ses diocésains se plaignirent amèrement de ses rapines, de ses concussions et de ses violences de toutes sortes. D’autres personnes portaient contre lui des accusations plus graves encore. Un synode réuni à Hippone autour de saint Augustin le condamna à restituer ce qu’il avait volé, sans le priver toutefois des honneurs de l’épiscopat’. On lui aurait même laissé l’administration de son église, si les menaces des chrétiens de Fussala n’eussent fait craindre des excès regrettables. Antoine promit de restituer, mais il refusa d’abandonner à un autre le gouvernement de son église, et il fit appel au primat de Numidie et au Pape 2.
En terminant la lettre qu’il écrivit à saint Célestin pour lui exposer la vérité, l’évêque d’Hippone laissa s’épancher la tristesse qui remplissait son cœur. « je confesse à Votre Béatitude, dit-il, que cette affaire me remplit de crainte et d’angoisse ; c’est au point que je songe à me démettre des fonctions épiscopales pour expier dans les larmes d’une juste pénitence la faute que j’ai commise en élevant à l’episcopat celui qui ravage l’Église de Dieu... Si vous allégez la crainte et la tristesse des membres du Christ qui vivent dans cette région, et si, par cette juste miséricorde, vous consolez ma vieillesse, celui qui nous aura ainsi soulagés dans cette tribulation vous récompensera dans cette vie et dans l’autre 3. »
Augustin ne gardait pas pour lui seul les utiles leçons qui résultaient de ces scandales. « Dieu, écrivait-il, permet qu’il entre dans cette sainte carrière des hommes qui ne persévèrent pas et commettent des fautes lamentables ; ces chutes pénètrent les autres d’une crainte salutaire qui écrase l'orgueil, ce pire ennemi de la vie religieuse^. » 11 exhortait en même temps ses religieux à placer leur confiance non dans sa sagesse et dans la discipline de son monastère, mais èn Dieu seuU.