‹ Le monachisme africainChapitre 21 sur 80 · Aug., ep. 91, col · texte numérisé non relu

Aug., ep. 91, col

9. Salvien, De Guhernatiom Dei, 1. VllI, n. 4. P. L., uii, col. 130.

faut se protéger avec le bouclier de la prière b Ce sont des serpents dont la morsure peut causer la mort. Mais le Seigneur nous a donné pour les combattre des armes puissantes-, les flèches aiguës de la parole divine qu’il faut leur jeter à la face, sans jamais perdre courage. Ils ne résisteront point à leurs coups. Ils te disent : « Réfléchis, vois si tu pourras porter la vie austère que tu veux embrasser. Tu entreprends une chose excessive. » Opposeleur la parole de Dieu : « Va vendre tes biens, distribues-en le prix aux pauvres et viens à ma suite. » S’ils insistent, ne te lasse point de leur décocher cette flèche. Crains-tu qu’elle ne te suffise pas? Tu as à ta disposition les charbons enflammés, c’est-à-dire l’argument irréfutable de la possibilité prouvée par les exemples. Oppose-leur donc les transformations radicales que la vie religieuse opère dans les âmes. Que de fois tu as entendu dire : « J’ai connu un tel, quel ivrogne! quel misérable! il ne pensait qu’aux courses du cirque et aux jeux de l’amphithéâtre. Quel malhonnête! comme le voilà changé maintenant ! avec quelle ferveur il mène la vie innocente et pure des moines! comme il sert Dieu ! » Fermeleur donc la bouche en disant ; « Ce qu’il a pu, ce qu’ils ont pu, ne le pourrai-je pas moi-même »

Les religieux éprouvaient de bien des manières les effets de cette antipathie. On épiait constamment leurs actes, leurs mouvements, et jusqu’à leurs moindres paroles, pour trouver une occasion de les critiquer avec amertume. Quand il n’y avait rien à reprendre, on recourait à la calomnie. Païens, hérétiques, chrétiens indignes, étaient toujours prêts à croire et à dire du mal quand il s’agissait des moines. Cette persécution par la langue leur causait une peine profonde qui pouvait décourager ceux dont la vocation était chancelante et le caractère mal trempé, faire craindre des défections, et cela jusque dans la ville d’Hippone, sous les yeux d’Augustin^. L’évêque d’Hippone, lui, ne se décourageait pas. Au risque de passer, aux yeux d’un Petilianus quelconque, pour le fondateur de la vie monastique, il continuait à faire du prosélytisme 5.

1. Domine, Uhera dnimam meam a labiis iniquis et alingua dolosa. Ps. 1 19, v. 2.

2. Sagittœ poteniis acutœ, cum carbonibus desolatoriis. Ibid., v. 3.

3. Aug., Enarralio in Ps. 119, ii, 3-5. P. L., xxxvi, col. 1599-1601.

4. Aug., sermo 354. Migne, xxxix, col. 1563-1369. Ce sermon, intitulé Âd co)itinente!., a pour but de relever le courage des .moines que ces attaques déconcertaient.

3. Ârguens me qmd hoc genus vitm a me fuerit institutum. (Aug., Contra litteras Petiliani, 1. 111, 39 ; P. L. xui, 1572.)

On aurait pu dire de lui ce que dira plus tard de son héros le biographe de saint Fulgence : il aurait voulu enrôler tous ceux qu’il connaissait h Mais il ne franchissait pas les limites de la vérité et de la discrétion. Les justes éloges qu’il décernait à la vie monastique ne devenaient pas un blâme imprudent du mariage chrétien 2. En d’autres termes, il respectait les dispositions de la Providence et les inspirations de la grâce sans imposer à personne des obligations pour lesquelles il n’était point fait. Sa grande âme était incapable de tomber dans ces petitesses. 11 a du reste inscrit dans son catalogue des hérétiques las Aeriani ou Encratites, qui auraient voulu faire du monde un immense monastère, en refusant d’admettre à leur communion ceux qui ne vouaient pas la continence, ne renonçaient pas au siècle et ne vendaient pas tous leurs biens 3,

La Providence lui fournit un jour l’occasion de montrer comment il savait subordonner son amour du monachisme, et même les attraits d’un individu aux intérêts généraux de l’Eglise et de l’Empire. Le tribun Boniface, vaillant officier préposé à la garde de la frontière, venait de perdre sa femme. La violence de son chagrin lui fit prendre en aversion le monde et ses honneurs. Ayant trouvé saint Augustin et Alypius à Tubana, il leur confia son désir de se consacrer au service de Dieu^. Mais, loin de lui faciliter l’exécution d’un dessein si honorable pour le corps dont ils étaient les membres, les deux saints évêques cherchèrent à l’en dissuader. Boniface, en effet, par sa valeur et par son habileté, maintenait les Maures en respect et assurait ainsi la paix aux églises d’Afrique s. Que serait-il advenu s’il avait laissé à un autre moins expérimenté le soin de garder les frontières? Augustin et Alypius ne se fai-

1 . lia cupiJus semper acquirendce ad cænobium fraternitatis, ut quamvis omnia omnibus nosset esse, monachorum tamen professioni sociare cuncios vellet. (Fulgentii vita, n° 20, P. L. lvx 139.)

2. Sic tamen ut prcecipue sana doctrina teneatur, nec eos qui ita non faciunt, vana contumacia judicemus, dicentes nil prodesse quod pudice, quamvis conjugaliier vivant. (Aug., ep. 157, col. 692.) 11 vise les manichéens, qui condamnaient le mariage.

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