P. L., xLiv, col
Valentin avec une seconde lettre du charitable docteur h On devine avec quelle reconnaissance et avec quel respect il reçut le précieux envoi. 11 s’empressa d’en faire parvenir l’expression à Augustin et de lui envoyer par la même occasion l’exposé fidèle de tout ce qui s’était passé, afin de dissiper l’impression fâcheuse qu’auraient pu laisser dans son esprit les paroles de religieux impatients et troublés. 11 lui donna encore l’assurance que jamais ni lui ni ses moines n’avaient eu sur ce sujet d’autre foi que celle d’Augustin et de ses écrits^. Cette lettre fut probablement portée à Hippone par le moine Florus, que Cresconius et Félix avaient représenté comme la cause principale de cette agitation. Le saint, ne sachant trop à quoi s’en tenir, ou peut-être craignant que sa foi ne fût pas très éclairée, avait manifesté le désir de le voir : « Si j’ai le droit de vous adresser une demande, laissez-moi vous prier de m’envoyer Florus », avait-il écrit à Valentin^. Impossible de s’exprimer en termes plus délicats. Florus se rendit à cet appel, accompagné par plusieurs de ses confrères. 11 eut la joie d’annoncer au saint docteur que désormais la paix régnait dans les cœurs et dans les esprits et ils rendirent grâces à Dieu, qui s’était servi de ces discussions pour augmenter l’instruction religieuse de ses serviteurs (427)^.
Ce ne fut point la seule difficulté que firent naître parmi les moines les polémiques sur la grâce soulevées par le pélagianisme. Elles devinrent une véritable pierre d’achoppement pour beaucoup d’esprits. A Hippone, par exemple, il se rencontra un 'frère qui répondait imperturbablement à ceux qui blâmaient sa mauvaise conduite et lui demandaient pourquoi il se permettait des choses défendues et s’abstenait de ce qui lui était prescrit : « Peu importe ce que je puis être maintenant, je serai forcément ce que Dieu a prévu. » Un homme va très loin quand il s’engage sur cette pente, le malheureux en fit l’expérience. 11 se pervertit au point de renoncer à sa vocation et de revenir à son vomissement 5. On retrouvait un raisonnement non moins absurde sur les lèvres de quelques religieux d’Hadrumète : « Puisque Dieu accomplit en nous la volonté dü bien et la force de l’exécuter, pourquoi nous ordonner de faire le bien et de fuir le mal ? Pourquoi aussi ne pas se borner à nous