‹ Le monachisme africainChapitre 33 sur 80 · Aug., ibid., c. 3, col · texte numérisé non relu

Aug., ibid., c. 3, col

5. Evodius ne l’appelle point moine. Mais saint Augustin lui donne le titre équivalent de serviteur de Dieu : servi Dei et casti adolescentis. (Ep. 139, col. 693.) Son monachat ressort de l’ensemble du récit de l'évêque d’Uzala.

révêque le choisit pour son secrétaire. L'adolescent aimait passionnément l’étude. Son bonheur était de faire la lecture devant Evodius. Mais une fois la nuit arrivée, celui-ci, épuisé par l’âge et la fatigue, avait quelque peine à le suivre ; alors il l’invitait, avec une respectueuse liberté, à lui continuer son attention. 11 poursuivait lui-même cette sainte occupation une partie de la nuit. Son intelligence altérée de lumière ne voulait rien laisser passer sans en pénétrer le sens. Il lui arrivait de revenir trois ou quatre fois sur des passages obscurs, jusqu’à ce qu’enfin ils n’eussent plus pour lui le moindre secret. Comment Evodius ne se serait-il pas attaché de tout son cœur à un pareil religieux? C’était pour lui plus qu’un disciple, plus qu’un secrétaire, c’était un fils, c’était un intime ami dont l’agréable société et les conversations intéressantes lui devenaient comme nécessaires.

Mais il était déjà mûr pour le ciel. 11 n’avait que vingt-deux ans et son âme soupirait ardemment après l’heure où la mort briserait les liens qui le retenaient loin du Christ. Le Seigneur entendit ses prières et lui envoya une maladie grave qui le saisit au sein de sa famille. Durant seize journées de souffrances, ce serviteur de Dieu, qui avait rempli sa mémoire et son cœur des saintes Ecritures, ne savait parler que de leurs divins enseignements. Quand le moment suprême fut arrivé, il se; mit à chanter ce verset des psaurhes : Desiderat et pr opérât anima mea ad atria Domini'^, et puis cet autre : Impinguasti in oleo caput meum et poculum tiium inehrians quant prœclarum est^ !

Ces paroles inondaient son âme de consolations célestes. Enfin,* pour mettre son passage à une vie meilleure sous le sceau de la croix, il porta au front sa main défaillante. 11 la ramenait sur ses lèvres pour les marquer du même signe, lorsque la mort vint arrêter son pieux mouvement.

Cette fin précieuse ne pouvait attrister le cœur d’un évêque. Evodius savait que son fils avait quitté la terre sans avoir flétri le lis de sa virginité. Il était sûr de son salut éternel. II se livra donc aux élans de la plus vive allégresse. Son disciple, lui semblait-il, ne l’avait pas quitté, il sentait plus que jamais sa douce présence ; son âme n’était sortie de son corps que pour entrer plus avant dans son cœur. On rendit à son corps les devoirs de la sépulture avec tous les honneurs mérités par tant de vertus.

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