Act., IV
4. Audistis quid velimus, orale ut possimus. (Aug., ibid., 1575-)
sainteté extraordinaire, la sûreté de leur doctrine spirituelle et le nombre de leurs disciples ont mérité l’honneur de passer pour les Pères de la vie monastique, en organisèrent la pratique par des presoriptions que l’usage fortifiait et éclairait, et qui, en se transmettant de pays en pays, finirent par former une tradition généralement acceptée. Les déserts d’Égypte furent leur point de départ.. Et saint Augustin les a résumées dans son livre De moribtis Ecclesiæ catholicœ :
« Qui n’admirerait et ne célébrerait ces hommes qui, après avoir méprisé et abandonné les plaisirs du monde, et s’être réunis pour mener une existence très chaste et très sainte, vivent toujours ensemble, occupés à la prière, à l’étude et à des entretiens graves? Ils ne se laissent point enfler par l’orgueil, ni agiter par la malice, ni aller à l’envie. Ils sont modestes, respectueux et paisibles. Ils offrent à Dieu, comme un sacrifice très agréable, cette concorde étroite et cette application à son service qui est le fruit de sa grâce. Personne parmi eux ne possède quoi que ce soit; personne n’est à charge à autrui. Ils se livrent à des travaux manuels qui leur permettent de gagner leur vie sans détourner leur âme de la pensée de Dieu. Chacun apporte son travail à des religieux qu’ils appellent doyens, parce qu’ils ont à conduire dix' frères; ce sont eux qui prennent soin de toutes leurs nécessités corporelles : nourriture, vêtements, santé, de sorte que les religieux n’ont pas à s’en occuper personnellement. Ces doyens disposent toutes choses avec grande sollicitude et donnent sans retard tout ce que la faiblesse des corps exige pour mener ce genre de vie. Ils rendent compte de tout à quelqu’un qu’ils nomment Père. Ces Pères sont des hommes d’une conduite très sainte. Ils possèdent, en outre, à un haut degré, la science des choses de Dieu, et ils maintiennent leur âme dans une région supérieure à tout ce qui passe. L’orgueil ne les atteint jamais dans l’accomplissement de leurs devoirs vis-à-vis de leurs fils. Leur autorité pour commander est fort étendue; la disposition à obéir ne l’est pas moins chez leurs subordonnés. Chaque jour, à la dernière heure, les frères quittent leurs cellules, avant de prendre leu repas, et viennent écouter les enseignements de leur Père. Et on voit ainsi, réunis autour d’un Père, trois mille religieux au moins; car ils sont parfois beaucoup plus nombreux sous la conduite d’un seul supérieur. Ils écoutent sa parole avec une attention incroyable et dans un profond silence : un gémissement, des larmes, une élévation de la voix modeste et grave, traduisent les
sentiments que leur inspire la parole de celui qui les instruit. Ils donnent ensuite à leur corps tout ce qu’il faut poür lui conserver la santé; chacun réprime son appétit dans la crainte de prendre un plaisir même en se nourrissant de mets pauvres et grossiers. 11 ne leur suffit pas de se priver de viande et de vin afin de pouvoir dominer leurs passions; mais ils s’abstiennent encore de ces mets délicats dans lesquels la viande n’entre pour rien et qui provoquent l’estomac et flattent le palais. Tout leur superflu (il est assez considérable à cause de leur application au travail et de la sobriété de leur repas) est distribué aux pauvres avec plus de soin qu’ils n’en ont mis à se le procurer. Ils ne cherchent pas du tout à conserver des provisions abondantes; mais, au contraire, ils affectent de ne rien garder; c’est ainsi qu’ils envoient des bateaux chargés dans les pays habités par les pauvres'. »
Saint Augustin traçait ce tableau du monachisme oriental avant de fonder son monastère de Tagaste. Pouvait-il ne pas le reproduire dans ses grandes lignes, tout en l’adaptant aux exigences des lieux et des personnes^? Chaque jour apporta un complément ou des modifications, en augmentant l’expérience et la lumière. Les évêques et les moines formés à cette école ne cherchaient pas ailleurs le modèle qu’ils avaient à imiter.
Mais où trouver l’ensemble des observances monastiques adoptées et pratiquées par l’évêque d’Hippone et par les religieux africains ? Ni lui ni aucun de ses disciples ne les a réduites dans un corps de lois comparable aux Règles et aux Constitutions des Ordres modernes. Ce n’était point dans les habitudes des moines de ces âges primitifs. 11 faudra descendre jusqu’au sixième siècle pour rencontrer le premier exemple d’une Règle complète, permetmettant d’organiser le monastère avec sa hiérarchie et de fixer avec précision les devoirs et les occupations journalières du serviteur de Dieu. Ce sera l’œuvre de saint Benoît. L’Orient et l’Occident présentent bien au quatrième et au cinquième siècle plusieurs règles. Mais ce ne sont là que des essais, des ébauches de législation monastique. Elles peuvent aider à se faire une idée de la vie monastique. Mais il est impossible de reconstituer avec elles le monastère tel qu’il se présentait alors.
L’une des plus précieuses qui aient échappé à l’oubli est incontestablement celle qui porte le nom de saint Augustin. Elle est
1. S. Aug., De moribus Ecdesice catholiccef c. ; P. L., xxxii, 1338-39.