‹ Le monachisme africainChapitre 62 sur 80 · Ibid., XXI · texte numérisé non relu

Ibid., XXI

Si leur travail ne suffit pas à leur assurer le pain de chaque jour, il leur est permis de compter sur la générosité des chrétiens; ceuxci doivent subvenir aux nécessités des saints ; tandis que les paresseux n’ont aucun droit d’en user pour subvenir aux besoins qui résultent de leur coupable inaction b Cependant ils recherchaient ces aumônes, sans lesquelles toutes leurs théories n’auraient jamais pu se propager ni même se soutenir. Un trop grand nombre d’âmes naïves, séduites parleur apparente sainteté, ne les laissaient manquer de rien. Cette charité, que saint Augustin appelle une « miséricorde perverse », les encourageait dans l’erreur ; elle devenait une coopération à leur vie coupable b L’évêque d’Hippone les détourne de cette imprudente générosité, sachant bien que nul argument n’aurait la même influence pour remettre ces égarés dans le chemin de la sagesse et du vrai.

Mais sur qui pèse, dans le monastère, cette noble et sainte loi du travail ? Sur tous ; car tous sont soumis par le Créateur aux mêmes nécessités corporelles. Ceux qui ont quitté une situation honorable et enrichi la communauté n’en sont pas plus dispensés que les religieux issus de familles pauvres. Le saint docteur permet seulement de leur donner une occupation plus élevée et moins pénible. 11 est à croire qu’ils n’usèrent pas souvent de cette condescendance. Ce n’était point dans leurs rangs que se recrutaient les paresseux. En règle générale, leur humilité et leur ardeur au travail contrastaient avec la mollesse de ces derniers, sortis pour la plupart des classes laborieuses 3.

Une seule exception est admise: c’est celle que le Créateur impose par l’infirmité ou la maladie. Les règles les plus absolues doivent fléchir leur rigueur devant cette impossibilité.

Les moines appliqués au ministère ecclésiastique ne sont pas affranchis de l’obligation de travailler. Ils remplacent le travail des mains par une autre occupation non moins nécessaire. Ce changement leur est imposé par la volonté de Dieu et par le choix que l’Église a faitffe leur personne. La charge qui pèse sur leurs épaules est souvent bien lourde. 11 en est qui regrettent, comme Augustin, la vie paisible du moine laïc qui peut prier et travailler tout à son aise^.

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