Ibid., XXXVII, col
Ce sont les exigences de la vie qui déterminent la nature du travail monastique. Puisque le moine doit vivre du fruit de son labeur, il est contraint de donner- la première place aux occupations par lesquelles il peut se procurer les aliments et tout ce qui lui est indispensable’. L’agriculture, cela va sans dire, est son art de prédilection, en Afrique comme partout. Aussi construisait-il son monastère soit dans un jardin % soit dans une villa, ou sur un terrain susceptible d’être cultivé 3.
Les pays fertiles attiraient saint Fulgence et ses fondations religieuses^.
Quelques monastères étaient parfois établis sur un sol aride et rocailleux. Le biographe de l’évêque de Ruspe en signale un qui occupait un îlot voisin de Benefe, où il n’y avait ni terre végétale ni eau potable. 11 fallait tout porter du continent 5. Les religieux alors s’occupaient à un art quelconque, la fabrication des éventails par exemple 6. La vente des objets qu’ils confectionnaient ainsi leur ménageait le moyen de se procurer le nécessaire.
En gagnant leur vie à la sueur de leur front, les moines n’étaient à charge à personne. Cela leur assurait une force et une indépendance dont tout l’avantage revenait à l’Eglise et aux âmes. Ils s’élevaient avec plus de liberté et de succès contre les fautes d’hommes qui n’avaient aucun droit aux ménagements imposés par la gratitude, tandis que les aumônes reçues auraient enchaîné la parole du serviteur de Dieu, toutes les fois que le devoir lui prescrit de blâmer la conduite de son bienfaiteur’^. Les moines de toutes les époques ont, en général, fait grand cas de cette noble indépendance, qui leur permet de livrer le front haut les combats de la justice et de la vérité.
Saint Augustin faisait donc la part très large au travail manuel. Il n’excluait pas néanmoins le noble travail intellectuel. Ils sont indispensables l’un et l’autre à toute communauté religieuse. Aussi dans les monastères sagement gouvernés assignait-on certaines heures
1 . Operaniur manibus ea quibus et corpus pasci possit, et a Deo mens impediri non possit. (Aug., De moribus Ecclesiæ catholicæ, xxvi, Migne, XXXII, c. 1338. Cf. De opéré monachorum, XIV, col. 560.)