Ibid
faux moines, comme il y a de faux clercs et de faux fidèles. Leur malice ne détruit point la sainteté de l’institution monastique'.
On voyait ces misérables parcourir les provinces sans lettre de recommandation. Impossible de les faire se fixer quelque part. Les uns se faisaient marchands de reliques ; Dieu sait de quels martyrs ils vendaient les ossements ! Les autres prétendaient aller au loin visiter leur famille. Tous affectaient la pauvreté et les dehors d’une existence sainte, afin de pouvoir plus aisément solliciter et, au besoin, exiger une aumône des chrétiens 2. Us rencontraient parfois d'excellentes aubaines. Deux de ces vagabonds se présentèrent un jour chez une femme, nommée Ecdicia. Elle était d’une grande piété. De concert avec son époux, elle avait promis de garder la continence. Mais un zèle indiscret la poussait à faire plus encore. Elle voulait donner tout son bien aux pauvres et imiter ainsi la perfection des serviteurs de Dieu. Les deux prétendus moines ne pouvaient mieux tomber. Ecdicia leur donna tout ce qu’elle avaits. Dès que son mari s’en aperçut, il entra dans une violente colère contre elle et contre les moines.
Elle écrivit à saint Augustin pour se plaindre de ceux qui l’avaient non visitée, mais dépouillée de ses biens. 11 ne put que blâmer son inconcevable légèreté^.
Ces faux moines étaient nombreux parmi les donatistes, où ils formaient autour des évêques une sorte de garde du corps d’un dévouement à toute épreuve , avec toutes les apparences de la vie religieuse^. Néanmoins les schismatiques refusaient de les appeler moines, monachi. Ce nom, disaient-ils, ne se trouve pas dans les Ecritures, et, après tout, que peut-il bien signifier^? Et ils reprochaient aux catholiques de s'en servir pour désigner leurs moines. Le terme, il est vrai, ne se rencontre point dans les divines Ecritures. Mais l’Eglise n’a-t-elle pas le droit de créer des
1 . Sed non periit fraternitas pia, propter eos qui profltentur quod non sunt. (Id. in Ps. cxxxii, col. 1730.