Ibid., col
5. - y élut sub professione continentium ambulantes. (Possidius, P. L., XXXII, col. 41 .)
6. Sed tamen dicere consueverunt : Quid sibi vult nomen monachorum} (Aug., Enar. in Ps. cxxxii. P. L., XXXVII, col. 1730.)
mots pour préciser le sens de ses institutions'? Pourquoi, leur répliquait l’évêque d’Hippone, nous accuser d’employer un mot vide de sens? Quelle expression convient mieux que celle-là? Moine, monachus, vient de povoq, et signifie un, non pas un dans une acception quelconque, mais un seul ; povoq enim unus dicitur, et non unus quomodocumque, nam et in turba est unus, sed una cum niultis unus dici potest, pôvoç non potest, id est solus ; povoq enini unus solus est. Qui ergo sic vivunt in unum, ut unum hominem faciant, etc.^ Ce nom convient parfaitement à ces hommes qui vivent en commun, de telle sorte que, n’ayant qu’un cœur et qu’une âme, ils ne font réellement qu’un; ce sont plusieurs corps renfermant un seul esprit et un seul cœur.
Les donatistes préféraient nommer leurs ascètes Agnostici, ou soldats du Christ. N’étaient-ils pas, en effet, les soldats du Christ, puisqu’ils combattaient contre le démon et remportaient la victoire 3.
Plût au ciel, leur répliquait saint Augustin, qu’ils fussent vraiment ses soldats, et non les soldats du diable^!
Ils se recrutaient dans les derniers rangs de la société. Ils recevaient volontiers les transfuges du catholicisme. C’était pour eux une bonne fortune quand il leur venait des moines ou des clercs. Ils reçurent aussi le sous-diacre Primus, que son évêque avait justement blâmé à cause de ses trop fréquentes relations avec certaines religieuses. Comme il s’obstinait dans cette violation flagrante de la discipline ecclésiastique, il fut déposé de ses fonctions. Outré de colère, il abandonna l’unité catholique, pour passer au camp des soldats du Christ. 11 entraîna dans son apostasie deux pauvres moniales, qu’il avait séduites : « Maintenant,
1. Et xenodochia et monasteria postea sunt appellata novis nominibus; res tameii ipsee et ante nomina sua erunt, et religionis veritate firmantur. (Id., tract. 97, In Joan. P. L., XXXV, col. 1879.)
2. Id. Enar. in Es. cxxxii, col. 1732-1733. Cette définition du moine ne convient qu’aux cénobites. Paul Orose en donne une qui est plus large et plus complète. Monachi, hoc est, Christiani, qui ad unum fidei opus, dimissa scecularium rerum multimoda actione, se redigunt. (Historiarüm, lib. 8, VII, c. 33. P. L., XXXI, col. 1 145.)
3. Sic eos (agnosticos), inquiunt, appellamus pr opter agonem. Certant enim... Quia sunt qui certant adversus diabolum, et prœvalent, milites Chrisii agnostici appellantur. (Ibid., col. 1732.)
4. Ibid. Les catholiques appelaient aussi leurs moines milites Chrisii. (Id., ep. 220, col. 997. De opéré nionachorum, xxviii, col. 575.)
il jouit, écrit l’évêque d’Hippone, de la liberté de faire le mal, qui lui était refusée parmi les catholiques b »
11 n’y avait donc pas seulement des hommes dans cette armée du schisme. On y voyait une foule de pauvres filles qui menaient je ne sais quelle vie religieuse. Elles se recrutaient dans la secte elle-même, et les donatistes en cherchaient encore parmi les catholiques. Ils attirèrent à eux, malgré ses parents, la fille d’un colon de l’Eglise. Elle n’était encore que catéchumène : après l’avoir baptisée, ils lui imposèrent le voile des vierges et en firent une de leurs moniales 2.
Ces moines voués à la paresse menaient une vie scandaleuse. Ils ne se fixaient nulle part. On les voyait sans cesse courir de côté et d’autre, par bandes plus ou moins nombreuses. Aussi les catholiques les appelaient-ils par dérisions Circumcelliones 3. Durant ces courses vagabondes, hommes, jeunes gens, moniales, tous vivaient en commun. Ils faisaient bonne chère quand l’occasion se présentait. Et on devine facilement ce qui se passait au milieu et à la suite de ces orgies^. Ces frénétiques avaient, en outre, la monomanie du martyre. Ils se précipitaient sur les païens durant leurs fêtes, pour les exciter à leur donner la mort. Ils provoquaient les catholiques, dans l’espérance de tomber victimes de leurs agressions. Quand ils ne pouvaient mériter une fin aussi glorieuse, ils se jetaient d’eux-mêmes dans les flammes ou au fond des précipices. Les donatistes leur rendaient ensuite les honneurs dus aux martyrs 5.
Et dire que leurs évêques avaient l’impudence de les comparer aux moines catholiques... ! Ce rapprochement faisait bondir saint Augustin. Comment, s’écriait-il, peut-on comparer ces ivrognes avec des hommes sobres, ces furieux avec des cœurs simples, ces coureurs avec des religieux qui vivent toujours dans leurs monastères, ces misérables adonnés à tous les vices avec des moines chastes et purs®?