‹ Le monachisme africainChapitre 72 sur 80 · Victor de Vite, ibid., I. H, i, col · texte numérisé non relu

Victor de Vite, ibid., I. H, i, col

sympathies et l’entière confiance de son maître, qui, pour se l’attacher davantage, lui donna pour femme sa compagne Maxima. Celle-ci, comme une autre Cécile, s’efforça de le gagner à la pratique de la virginité chrétienne. « Martinien, mon frère, lui dit-elle, quand ils se trouvèrent ensemble, j’ai voué au Christ les membres de mon corps; j’ai déjà un véritable époux, qui habite les deux; il m’est donc impossible de contracter un mariage humain. Mais je te donnerai un conseil. Tu peux, si telle est ta volonté, t’unir à Celui à qui je me suis liée, et te ménager le bonheur de le servir. » Ses paroles touchèrent profondément Martinianus et le déterminèrent à embrasser la vie religieuse.

Pour exécuter son pieux dessein, il quitta secrètement la maison du barbare, et vint au monastère de Thabraca', en Numidie, gouverné par l’abbé André, où il fut admis avec son frère, tandis que Maxima entrait dans un monastère de femmes. Dès que l’officier eut appris le lieu de leur retraite, il les en retira violemment pour les jeter dans les fers. 11 voulait à tout prix contraindre Martinianus et Maxima à consommer leur union et leur imposer le baptême de sa secte. Genséric lui ordonna d’employer dans ce but les plus rigoureux traitements. On leur fit subir à plusieurs reprises des bastonnades qui leur déchiraient les chairs. Mais Dieu se plaisait à guérir miraculeusement leurs blessures après chaque supplice. Ils furent enfin jetés dans un cachot et soumis à un régime fort sévère.

Le ciel châtia leur maître d’une manière éclatante. Une épidémie lui enleva ses enfants, la plus grande partie de ses esclaves et de ses animaux. 11 finit par succomber lui-même. Sa veuve abandonna Martinianus, Saturianus et Maxima à un certain Sersaonus, parent du roi Genséric. Comme leur présence semblait attirer sur sa famille la malédiction divine, il donna les deux frères à Capsus, chef d’une tribu maure, et rendit la liberté à Maxima, qui se réfugia dans un monastère. Victor de Vite eut occasion de la voir gouverner une communauté nombreuse. Quant aux moines, ils furent envoyés au milieu d’un désert où habitait leur nouveau maître. Leur prédication et le spectacle de leurs grandes vertus gagnèrent à la foi une foule de barbares, qui formèrent bientôt une église florissante. Genséric, l’ayant appris, les condamna à mort. Ils furent attachés à un char que des chevaux indomptés traînèrent sur un terrain hérissé d’épines. Avant leur supplice, Martinianus et Saturianus se firent leurs adieux suprêmes, en se disant l’un à l’autre :

. Tissot, Géographie comparée de la province romaine d’Àfrique, t. II, 94-95.

« Frère, prie pour moi. Dieu met le comble à nos désirs. C’est par ce chemin qu'on arrive au ciel. » Les miracles qui se multiplièrent sur leur tombeau rendirent hommage à la pureté de leur foi et à l’héroïcité de leur vertus’. .

Sur la fin de son règne, Genséric suspendit la persécution. L’empereur Zénon lui avait envoyé une ambassade pour plaider la cause des catholiques. Le patrice Severus, qui la conduisait, se concilia ses sympathies par sa prudence et sa bonté, et il obtint la liberté d’un grand nombre de captifs, le retour des évêques et des clercs exilés, et enfin le droit de professer publiquement la religion catholique^.

Hunéric (477-484) suivit tout d’abord la ligne de conduite que son père avait tenue pendant ses dernières années. Le catholicisme profita beaucoup de ce répit. 11 ne fut malheureusement pas de longue durée. La fourberie d’un évêque arien, Cyrilla, suffit pour allumer une persécution plus violente que la première.

Le tyran n’épargna pas les monastères qui avaient pu se conserver ou qui s’étaient rétablis depuis peu. Dans le but de se ménager l’amitié des Maures, il leur permit de les livrer au pillage et de réduire en servitude leurs paisibles habitants. C’est ainsi qu’un grand nombre de vierges et de jeunes moines apprirent les rudes chemins de l’exil et firent la pénible expérience de l’esclavage sous des maîtres inhumains L

Hunéric arracha à leurs églises et à leur pays une multitude de catholiques. Ils étaient au nombre de 4976. On voyait parmi eux saint Eugène, et plusieurs autres évêques, des prêtres, des diacres, des moines, des vierges. On les traîna sur les confins du désert, sans avoir égard ni à l’âge ni aux infirmités. Leur voyage fut un douloureux martyre. La route suivie par ces confesseurs de la foi fut longtemps signalée à la vénération des chrétiens par les tombeaux de ceux q,ui succombèrent de fatigue ou de souffrance. Qui pourra dire le nombre de ceux qui moururent au milieu des privations de l’exiD ?

Parmi les autres victimes de cette persécution figure un groupe de sept moines qui appartenaient au même monastère, situé dans le diocèse de Capsa. C’était l’abbé Liberatus, Boniface, Servus, Rusti-

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