Fita S. Fulgentii, c. xiii, col
sieurs évêques, condamnés à l’exil par Genséric, étaient venus chercher un refuge aux environs de Naples. L’un deux, Gaudiosus, aussitôt après son arrivée, se bâtit un monastère dans une solitude voisine de la ville (440). Quelques-uns de ses compagnons ne tardèrent pas à l’y rejoindre, pour y continuer ensemble le genre de vie que sans doute ils menaient en Afrique avant l’invasion des Vandales L
Mais revenons à saint Fulgence, qui est désormais le centre de l’histoire du monachisme africain. Les moines et les simples fidèles jouissaient, sous Trasamond, d’une certaine tranquillité. Le disciple de Faustus pouvait continuer sans crainte sa vie religieuse. Mais le départ de son maître lui rendit assez pénible le séjour de son monastère; il se retira auprès de Félix, son ami d’enfance, qui gouvernait non loin de là un petit nombre de religieux. Non content de l’accueillir comme un frère, celui-ci, pour utiliser un homme de cette valeur, et pour se décharger un peu lui-même, le contraignit d’accepter la dignité abbatiale, qu’ils exercèrent conjointement. Leur intimité d’esprit et de cœur rendait possible et avantageuse cette division de l’autorité première, qui, dans d’autres conditions, n’aurait pas manqué d’avoir les plus fâcheux résultats.
Mais la paix dont ils jouissaient fut bientôt troublée par les fréquentes incursions des Maures L Ces barbares, contenus jadis par la forte organisation militaire des Romains, et dominés ensuite par la vigueur de Genséric et des premiers Vandales, profitaient de l’énervement que causaient à leurs successeurs le climat, la richesse et le luxe des provinces africaines. Ils se soulevèrent contre Hunéric et purent même se fixer en pleine Numidie. jamais depuis lors ils ne discontinuèrent leurs attaques, et ils firent de nombreuses victimes et beaucoup de captifs 3.
L’abbé Félix et ses moines ne se trouvaient pas en sécurité, on le comprend, dans leur monastère. Force leur fut de chercher une retraite plus sûre. Ils se retirèrent dans le diocèse de Sicca, en un lieu qui leur parut très favorable, à cause soit de la fertilité du sol, soit de la piété et de la générosité des habitants. Mais en fuyant des barbares infidèles, ils s’exposaient à la fureur de barbares ariens; ce qui ne valait guère mieux.
1. Acta Sancioruni, t. XII oct., p. 584. Ruinart, op. cit., c. ix, col. 405-408. Tillemont, t. XVI, 513-515 et 567.
2. Thélepte, aujourd’hui Medina-el-Kdima, se trouvait à peu de distance de la frontière. (Tissot, t. Il, 648.)