‹ Le monachisme africainChapitre 75 sur 80 · Procope, 1. 1, c. viii · texte numérisé non relu

Procope, 1. 1, c. viii

Le fanatisme sauvage des ariens pouvait, même en temps de paix, se permettre contre les moines toutes les violences sans avoir à craindre la moindre répression. 11 y avait alors, non loin du monastère de Félix, à Gabardilla, un prêtre arien, nommé lui aussi Félix, qui faisait dans la région du prosélytisme en faveur de sa secte. Fulgence, de son côté, exerçait un apostolat continuel ; et il avait la consolation de ramener à la vraie foi un grand nombre d’âmes, que ce malheureux avait perverties. 11 n’en fallait pas davantage pour exciter sa colère. Les abbés Félix et Fulgence eurent à endurer de sa part toutes sortes de vexations. Ils furent enfin traînés en sa présence et frappés si cruellement que ce dernier faillit en mourir. Tout cela leur montrait que le voisinage des païens était encore moins redoutable que celui des hérétiques. Ils quittèrent donc ces lieux pour aller s’établir auprès de la cité Ididi, dans la ByzacèneL

Ce fut là que les œuvres de Cassien tombèrent sous les yeux de Fulgence. 11 les lut avec avidité. L’admiration profonde qu’elles lui inspirèrent pour les moines d’Égypte le détermina sur-le-champ à sortir de son pays et à se rendre auprès d’eux, dans le but d’acquérir sous leur direction la science des saints. Mais le bateau qui devait le porter à Alexandrie aborda sur les côtes de Sicile, au port de Syracuse. Le moine africain reçut l’hospitalité chez l’évêque de cette ville, Eulalius, qui était un protecteur et un admirateur éclairé de la vie religieuse, si même il ne l’avait pas menée avant son épiscopat ; il avait construit auprès de son église un monastère, où il aimait à passer dans le recueillement les heures que lui laissaient libres ses fonctions ecclésiastiques. Étant jeune encore, il avait voulu se retirer dans les solitudes de l’Égypte. Mais la pensée que tous ces moines si austères étaient devenus la proie de l’hérésie l’en avait détourné. Lorsqu’il apprit que telle était aussi l’intention de Fulgence, il s’empressa de l’en dissuader.

Celui-ci retourna donc en Afrique, où ses religieux et les chrétiens du pays le reçurent avec une vive allégresse. Peu de temps après, un catholique, nommé Sylvestre, qui comptait parmi les hommes les plus honorables de la Byzacène, lui oifrit une propriété pour y fonder un monastère. 11 accepta de grand cœur ; le terrain était fertile, il y avait dans la région beaucoup de familles riches et pieuses ; les moines leur pourraient faire du bien et, en échange, ils recevraient d’abondantes aumônes. Les exhortations

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