Aug., ep. 83 ; P. L., xxxiii, col
moines ne devaient pas plus alors que de nos jours préférer leur repos personnel au travail que leur imposait le service de l’Epouse du Christ. Comment s’acquitterait-elle, en effet, de sa mission sanctificatrice si les hommes vertueux refusaient de lui venir en aidei? Malgré la sainte frayeur que lui causaient le sentiment de son indignité personnelle et la perspective d’une responsabilité écrasante, le religieux se rendait humblement à l’appel de Dieu, en ayant soin d’éviter et les empressements de la présomption et les hésitations de la paresse 2. Ceux qui couraient au-devant de la dignité sacerdotale n’inspiraient aux évêques africains qu’une médiocre confiance. Tous les moines, même fidèles à leur règle, ne sont pas en effet capables de remplir saintement les fonctions de la cléricature. Ceux qui n'unissent point aux vertus monastiques une instruction suffisante et les qualités requises deviendront difficilement des clercs irréprochables. C’était la pensée de saint Augustin^.
Son ami, Aurelius, évêque de Carthage, lui fournit un jour l’occasion de s’exprimer nettement sur ce sujet. Deux moines d’Hippone, Donat et son frère, avaient quitté le monastère malgré la défense d’Augustin. Ils se rendirent à Carthage sous prétexte de s’y consacrer au service des âmes. Ils se présentèrent à Aurelius et sollicitèrent la faveur d’être élevés à la cléricature. L’évêque, croyant qu’ils étaient partis régulièrement, conféra à Donat un ordre sacré. 11 informa plus tard son ami Augustin de ce qu’il avait cru devoir faire. Celui-ci manifesta son étonnement. On choisit d’ordinaire les moines les plus recommandables pour les élever aux honneurs ecclésiastiques, lui écrivit-il. Or Donat n’était point de ce nombre. En accordant ces dignités à des religieux fugitifs, on encourage ceux qui leur ressemblent à les suivre dans cette voie périlleuse, on fait un affront aux clercs, on scandalise les fidèles^.
Vers la même époque, le saint docteur reçut, de son côté, les plaintes de Quintianus, qui gouvernait l’église de Badenlita, sur un sujet de même nature. Il avait reçu dans son monastère un adolescent, nommé Privatianus, sans lui permettre toutefois de contracter aucun engagement. Son évêque lui avait fait lire dans
1 . Nec vesirum otium necessitatibiis Ecclesice prceponatis, cui parturieuti si nulli boni ministrare vellent, quomodo nasceremini, non inveneritis. Id., ep. 48, col. 188.