‹ Le monastèreChapitre 102 sur 247 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

quelles extravagances la mode du jour pouvait conduire ses adorateurs.

C'est pourquoi il accorda un silence de deux minutes pour abattre le délire du chevalier, il lui rappela gravement que le seigneur abbé avait entrepris un voyage si peu convenaljle à ses liabitudes et à son âge, seulement pour savoir en quoi il pourrait être utile à sir Piercy Shafton; qu'il était entièrement impossible d'agir sans être positivement informé de la situation qui le forçait à venir se réfugier en Ecosse; «Le jour s'avance, observa-t-il en dirigeant ses regards vers la fenêtre; et si l'abbé se voit forcé de reprendre le cheoiin du monastère sans obtenir ce qui lui importe de savoir , les regrets pourront être mutuels , mais les désagrémens resteront du côté de sir Piercy.»

L'avis ne fut pas inutile.

«O déesse delà courtoisie, dit le chevalier, puis-je avoir si loin porté l'oubli de tes leçons pour faire du temps el des aises de ce bon prélat un sacrifice à mes vaines plaintes ! Sachez donc, très illustre, et non moins honorable père, que quoique votre hôte et votre |)auvre visiteur, je suis par ma naissance très étroitement lié à Piercy de Northumberland dont le nom est si répandu dans toutes les parties du monde où le mérite anglais est ])arvenu : maintenant ce comte de Northumberland dont je me propose de vous donner l'histoire le plus brièvement possible...»

«Cela n'est point nécessaire, répondit l'abbé, nous savons parfaitement que c'est un bon et fidèle seigneur, et un partisan juré de notre foi catholique, malgré l'hérésie delà femme qui occupe maintenant le trône d'Angleterre. Et c'est particulièrement à cause que nous vous savons son parent et que nous n'ignorons pas votre croyance dévouée et fidèle à notre sainte mère l'Eglise que nous vous prions , sir Piercy Shafton, de vouloir satisfaire notre demande et nous mettre à même de pouvoir vous servir dans Textrémité où vous vous trouvez*»,

« Pour une offre si obligeante , je me vois votre très humble débiteur, dit sir Piercy; et n'ai dans ce moment rien de j)lus à vous dire si ce n'est que mon très honorable cousin de Nor-

' Omis par M. Defauconpret , page 212, depuis «et c'est particulièrement, eto»

thumberland ayant conceiléavec moi et avec quelques autres esprits subtils et choisis de ce siècle le moyen d'introduire une seconde fois dans ce royaume divisé d'Auj^leterre le culle de Dieu selon rE}jlisecallioii(|ue, de même que celui qui s'efforce avec l'aide de ses amis d'altra|)er la Ijride d'un cheval qui s'enfuit; il lui plut de me confier ses projets * qu'ils embrouillèrent eu compromettant ma sûreté personnelle. Néanmoins, comme nous avons eu une soudaine raison pour le croire, la reine Elisabeth qu'entourent des conseillers habiles à découvrir quelque plan que ce soit qui puisse être formé pour lui disputer son titre ou rétablir la discipline de l'Eglise catholique, a eu connaissance de la trahiée de poudre que nous avions placée avant que nous |)ussions y mettre le feu. C'est pourquoi , mon très honorable cousin de Northumberland, imaginant qu'il était convenable qu'un seul pour tous fût chargé du blâme et de la honte mit le fardeau de cette trame sur mon dos, lequel fardeau je ne suis pas fâché de porter dans cette circonstance. Il s'est toujours montré mon honorable et affectionné parent; aussi bien ma fortune, je ne sais comment, depuis quelque temps n'a pas été suffisante pour subvenir aux dépenses que nous autres esprits rares et recherchés sommes obligés de faire pour nous distinguer du vulgaire.»

«Ainsi donc, dit le sous -prieur, vos affaires particulières rendent pour vous un voyage à l'étranger moins désagréable qu'il ne l'aurait été j)our le noble comte votre très digne cousin. »

«Certainement, révérend père , répondit le courtisan; rem acu'^^ vous avez touché l'endroit avec l'aiguille. Mes frais et mes dépenses sont montés à une somme prodigieuse à mes derniers triomphes, c'est-à-dire aux derniers tournois, et les citoyens à bonnets plats '^ se sont montrés rebelles à fournir ma poche pour de nouvelles galanteries en l'honneur de la nation aussi bien que pour ma |)ropre gloire ; et à vrai dire , ce fut un peu dans l'espérance de voir changer lout cela que je désirais un nouvel ordre de choses en Angleterre.»

' Omis par M. Defauconpret, page 2i3, depuis «royaume divisé , etc. >>— « L.i chose avec l'aiguille. Nous disons aussi pioverbialement : «Vous avez mis le doigt sur la plaie. — ^H est ici question des marchands de Londres, a. m.

Page 1