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CHAPITRE XVI

«Il pourrait eu arriver pis encore, dit le sous-pi ieiir ; dans ces jours de malheur , le patrimoine de l'Eglise serait vendu et acheté, confisqué et saisi comme si c'était la terre non consacrée, appartenant à un baron séculier. Sonj^ez à quelle peine nous serions exposés si l'on prouvait que nous reçussions un rebelle envers celle que nous nommons la reine d'Angleterre! il ne manquerait pas de parasites écossais qui demanderaieni les terres de notre couvent, ni d'une armée d'Anglais pour brûler et ])iller l'abbaye. Les hommes d'Ecosse jadis élaienl des Ecossais unis entre eux, fermement dévoués à leur patrie et abandonnant tout pour voler à sa défense lorsque ses frontières étaient menacées; maintenant ce sont, comment les nommerai-je? Quelques uns sont français, d'autres anglais, et ne regardent leur cher pays natal que comme le théâtre du combat sur lequel les étrangers sont reçus pour terminer leurs débats.»

uBencdicite ! répliqua l'abbé; ce sont des temps bien mauvais et bien dangereux.»

«Et c'est pourquoi , dit le père Eustache, nous devons mar cher avec prudence ; nous ne devons pas , par exemple , conduire cet homme , ce sir Piercy Shafton , dans noire maison de Sainte-Marie.»

«Mais comment donc nous arrangerons-nous pour ce qui le regarde? reprit l'abbé; vous voyez qu'il est victime de son amour pour la sainte Eglise, que son protecteur, le comte de Northumberland, a été notre ami, et que, demeurant si près de nous , il peut nous être propice ou fimeste , selon notre manière d'agir avec son parent.»

«Et justement pour celle raison, dit le sous-prieur, aussi bien que pour satisfaire au grand devoir de la charité chrétienne, je protégerai et soulagerai cet homme. Qu'il ne retourne ])as chez Julien Avenel, ce baron sans honneur ne pourrait s'abstenir de j)iller l'élranger exilé ; qu'il demeure ici : le lieu est écarté ; et si les avantages eu sont inférieurs à ce qui convient à son rang, il sera plus difficile à découvrir. Nous ferons tout ce que nous pourrons pour ((u'il soit plus convenablement.»

nPenscs-tu , dit l'abbé, qu'il acceptera mon lit de voyage

et qu'il permettra que je lui envoie un {'rand l'auleull bien

commode ? »

«Sans doute, avec de telles aises, dit le sous-prieur, il ne pourra se plaindre; et ensuite s'il était menacé d'un danj^er soudain, il j)Ourrait bientôt se rendre au sanctuaire où nous le tiendrions caché jusqu'à ce nous pussions trouver le moyen de le renvoyer en sûreté.»

«Ne ferions-nous pas mieux , dit l'abbé, de l'expédier à la cour d'Ecosse, et par ce moyen de nous débarrasser de sa personne?»

«Oui, mais aux dépens de nos amis. Le papillon peut déployer ses ailes et demeurer inconnu dans l'air froid de Glendearfj; mais s'il était à Holyrood, il voudrait, au })éril de ses jours, étaler toutes ses paillettes aux yeux de la reine et de la cour; plutôt que de n'être pas remarcpié, il aimerait mieux risquer sa vie pour l'amour de notre aimable souveraine. Eu moins de trois jours on verrait tous les yeux dirigés vers lui , et la paix qui existe entre les deux bouts de l'île compromise par une créature, qui, telle qu'un insensé papillon, ne |)eut s'abstenir de voltiger autour d'une lumière.»

«Tu l'emportes sur moi , frère Eustache , dit l'abbé , et je pourrais à peine ])enser plus sagement, .l'enverrai en secret non seulement quelques meiibles, mais encore du vin et du ])ain de froment. H y a ici un jeune homme qui tuera du gibier; je lui donnerai des ordres pour que le chevalier n'en manque pas.»

«Quelle que soit l'aisance dont il puisse jouir ici, tant qu'elle ne lui fait courir aucun risque d'être découvert , dit le sousprieur, il est de notre devoir de la lui procurer.»

«Sans doute, répondit l'abbé, nous ferons j)lus ; je dépêcherai tout de suite un domestique au conservateur de notre garde-meuble pour nous envoyer ce dont il a besoin cette nuit même. Veillez à cela , bon frère. »

«J'y vais, répliqua le frère Eustache; mais j'entends notre fâcheux crier pour qu'on vienne lui nouer (pielques unes de ses aiguillettes '. Il ne sera pas malheureux s'il rencontre ici

' C'étaient des cordons de soie on de rulians, appelés pointes, aualognes aux lacets des dames , et tjni servaient à attacher le pourpoint aux culottes. Ces pointus

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