CHAPITRE XVII
iÇalbm et Iq Dame blancl)f.
« Je chercherai une autre aide. On dit que des cs- « prits invisibles voltigent aux environs, aussi iiom- « breux que les atonies qui dansent aux rayons du « soleil. Si ce sorlilcge ou la baguette d'un m'croman- « cien peut les soumettre, ils tiendront conseil avec « luoi. » James Dufp.
Nous devons rappeler, l'attention du lecteur sur Halberl Giendiunin^;, qui était sorti de la tour de Glendear^i; aussitôt après le différent qu'il eut avec son nouvel hôte sir Piercy Shafton. Comme il traversait à pas précipités la vallée , le vieux Martin, qui l'accompagnait, le pria de ne pas marcher avec tant de hâte.
«Hall)ert, dit le vieillard, vous mourrez avant d'avoir les cheveux blancs, si vous vous emportez de la sorte à la plus petite apparence de provocation. »
«El pourquoi ne le voudrais-je pas, bon homme, répoiidil Halbert, si je suis le but où un fat se plaît à lancer la lU'clie. de son mépris? Toi-même, vieillard, quelle nécessité as-tu de te mouvoir, de dormir, de t'éveiller, de manger ton misérable repas, et de te reposer sur ta triste couehe? Po«r- (juoi es-tu si content de voir au matin le travail te rapj>eier., et le soir de te coucher encore accablé de fatigue? Ne serait-Il |)as mieux de dormir cl de ne se réveiller janiais, que
i/taiout en graud nombre, et exigiMicut ilc l'aide pour être iixéesconvcuablcmcut; ic ()iii, obst'ive Waller Scott, s'appelait nouer. Notts avoub encore la plira.se proverbiale «nouer l'aiguillette,» pour dire euipècher la tousoniination du mariage par le mojeii d'un prétcudii uialéfiee. a. ai.
de supporter celte stupide variation du travail à l'insensi--
bilité, ou de l'insensibilité au travail ^ ? »
« Que Dieu m'accorde son aide, répondit Martin, il peuty avoir du vrai dans ce que vous dites; mais n'allez pas si vite, car mes vieux membres ne peuvent lutter de vitesse avec vos jeunes jambes; n'allez donc pas si vite, et je vous apprendrai pourquoi la vieillesse, quoique peu aimable, doit être encore supportable. »
«Dis-donc, répondit Halbert ralentissant sa marcbe; rappelle-toi qu'il nous faut avoir de la venaison pour réparer les fatigues de ces saints liommes qui ont fait ce matin un voyaj'e de six milles ; et si nous ne {>a{3;nons pas le bois de Brocksburn, nous vexerons à peine un daim.»
«Apprenez-donc, mon bon Halbert, dit Martin, vous pour qui j'ai autant de tendresse que si j'étais votre père , que je suis satisfait de vivre jusqu'à l'instant où la mort viendra m'appeler, parce que mon Créateur le veut ainsi. Oui , et <jUoique mon existence soit ce que l'on nomme une vie dure, souffrant du froid pendant l'hiver, et de la chaleur pendant l'été, tjuoiqueje me nourrisse de mets grossiers , et dorme sur la dure, que je sois regardé comme peu de chose et méprisé, cependant je suis persuadé que si je n'étais nullement nécessaire sur la surface de cette belle terre de la création . Dieu m'en ferait disparaître. »
«Toi, pauvre vieillard, dit Halbert, une si vaine pensée que celle de ton utilité imaginaire peut-elle te raccommoder avec un monde où ton rôle est si secondaire ?»
«Mon rôle était aussi petit, dit Martin, ma personne aussi méprisée le jour que je sauvai ma maîtresse et son enfant en l'empêchant de périr dans le désert. »
«Ceci est vrai, Martin, répondit Halbert; voilà une apologie suffisante pour l'insignifiance ou l'inutilité d'une vie entière, »
«Et comptez-vous pour rien, Halbert, qu'il peut m'étre permis de vous donner une leçon de patience et de soumis-
' Dans le Voyage de 'Néarque , il est dit, à l'occasion des Hindous, que ce» peuples ont pour proverbe : «Il vaut mieux être assis que debout, être couché qu'assis, et être mort que couché. » C'est ici la paresse personnifiée, et les Hindous sont en effet très indolcns. a. m.