‹ Le monastèreChapitre 108 sur 247 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

vouliez, Halberl, je vous jjarantis que vous seriez promu à la place de garde-chasse ou piqueur de l'abhé, el <|u'aussi lier que le meilleur d'eutr'eux, vous monteriez à clieval revêtu d'un justaucorps couleur de pourpre.»

«Tais-toi, brave homme, répondit Halbert, je servirai la reine ou j)ersonne. Aie soin de porter ce gibier à la tour, puisqu'on l'y attend; j'irai jusqu'au marais; j'ai deux ou trois Heches à ma ceinture, et il se pourrait faire que je trouvasse dee oies sauvages. »

11 pressa le pas fet disparut bientôt. Martin s'arrêta un moment, et le regardant: «Voilà dequoi faire un très brave garçon si l'ambition ne le perd |)as : servir la reine! dit -il; par ma foi , elle a de ])lus mauvais serviteurs , d'après tout ce que j'en ai entendu dire. Et pourquoi ne tiendrait-il pas la tête haute? Celui qui veut atteindre le sommet de l'échelle montera au moins quelques échelons. Celui qui vise à une robe d'or en attrapera toujours une manche. Mais viens, mon camarade, s'adressant au daim ; tu iras à Glendearg sur mes deux jambes un peu plus lentement que lorsque tu gambadais tout à l'heure sur tes quatre jambes agiles. Mais, par ma foi, si tu es si |)esant, je me contenterai de ce qu'il y a de meilleur en toi, c'est-à-dire, la hanche et les noiobles; je placerai le reste sous le vieux chêne, et le viendrai chercher avec l'un de nos chevaux.»

Tandis que Martin, chargé de la venaison, dirigeait ses pas vers Glendearg, Halbert poursuivait sa marche respirant plus à son aise depuis qu'il était délivré de son compagnon. «Domestique d'un prêtre orgueilleux et fainéant ', valet dechambre de l'archevêque de Saint-André! se répétait-il à lui-même; et l'on croit ceci, joint au privilège d'allier son sang à celui du bailli de Pittenweem, un avancement digne d'un brave homme qui fait de si grands efforts; bien plus, un avancement, s'il est obtenu, couronnerait res])oir |)assé, ])résenl et à venir du tils d'un vassal de l'Eglise! Par le ciel! si je ne me trouvais une effroyable répugnance à pratiquer leurs actes de brigandage nocturne, je préférerais prendre la lance et la ja([uc de mailles, et m'unir aux maraudeurs des fron-

' M. DcfaTicoiipret ;i .supprime cette deruièrc cpitiiète. a. si.

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lières. Je veux faire quelque chose : je ne puis vivre ici déj^radé, déshonoré eL exposé au mépris du plus chétif étranger venant du midi, parce qu'il porte des éperons retentissans attachés à des bottes de couleur fauve. Cette chose, ce fan^ tome, que ce soit ce que cela voudra, je veux le voir encore une fois. Depuis que je lui ai parlé,, depuis que j'ai touché sa main,, des pensées et des sentimens auxquels je n'avais pas songé pendant toute ma vie, se sont élevés dans mon esprit. Et moi , qui croyais la vallée de mon ])ère trop resserrée pour mes vastes desseins, souffrirai-je qu'un courtisan infatué de sa parure vienne me braver, et sous les yeux même de Mario Aveuel? Non, par le ciel! je ne m'abaisserai pas à ce j)oint. »

En prononçant ces mots, il se trouva dans la vallée solitaire de Corrie - nan - Shian ^ au moment où la dou^yènje heure du jour allait se faire entendre, Il regarda pendant quelques mi-r nutcs la fontaine, en roulant dans son esprit de quel air la dame blanche le recevrait. Elle ne lui avait pas expressément défendu de l'évoquer une seconde fois, mais cependant il y avait une espèce de prohition mêlée à ses adieux, où elle lu.' recommandait d'attendre un autre guide.

Halbert Glendinning ne demeura cependant pqs long-temps en suspens. La hardiesse était la marque dominante de son esprit; et depuis que ses sentimens avaient pris ])lus d'exten-. sion et plus de dignité, elle n'avait fait que croître au lieu de diminuer. 11 tira son épée, ôta son pied de sa bottine, salua trois fois la fontaine d'un air résolu, répéta ses trois saints en se tournant vers l'arbre, et redit la même strophe qu'aux paravanl :

« Salut à ce houx épineux, Salut à la claire fontaine; llaigne t'évciller à nie.'; vœux , O d'Avencl ainiahle reine !

Midi rayonnant sur la plaine, Embrase les voûtes du ciel ; O dame Manche d'Avencl !

Réponds au désir qui m'amène.

En achevant le dernier vers, ses regards s'attachèrent sur le buisson de houx ; et il ne vit pas sans un frissonnement irrésistible l'air tpii se trouvait entre ce buisson et ses yeux devenir plus trouble, plus épais, comme s'il prenait une lé-

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jjère forme , quoique cepeudant si délicale et si transparenle qu'il pouvait apercevoir le contour du buisson comme à travers un voile du crêpe le plus fin. Mais graduellement elle s'obscurcit, devint une figure, et la dame blanche , le déplaisir sur le front, parut devant lui. Elle parla, et son langage était encore un chant ou plutôt des strophes; mais comme s'il était plus familier, tantôt il se faisait entendre dans une modulation de vers blancs, et tantôt il jirenait la mesure lyrique qu'elle avait employée lors de leur première entrevue:

« Voici le jour où le peuple des fées S'en vient pleurer leur destin sans espoir, Où des vallons les vierges étouffées, Avec le vent soupirent sans se voir; Où dans le fond de leurs grottes humides, Pleurent aussi les naïades timides. Voici le jour qui rappelle aux humains Une action qui nous fut étrangère; Jour de salut pour les fils de la terre. Mais non pour nous esprits follets et vains.

Malheur au mortel téméraire,

Qui, de très grand matin parti.

Nous rencontre le vendredi! »

«Esprit, dit Halbert Glendlnning avec hardiesse, il est inutile de menacer celui qui regarde la vie comme la chose de la plus petite valeur. Ta colère ne peut que me donner la mort, et je ne crois pas pour cela ton pouvoir assez étendu et ta volonté assez forte ; la terreur que ceux de ton espèce inspirent aux autres n'est rien pour moi. Mon cœur est cuirassé contre la crainte, comme par un sentiment de désespoir. Si je suis, ainsi que tu le dis, d'une race que le ciel protège plus que la tienne, c'est à moi de t'interroger et à toi de me répondre, car je suis l'être le plus noble.»

Tandis qu'il parlait, la figure le regardait d'un air de colère et de fureur, qui, sans perdre la ressemblance de celui qu'elle avait ordinairement, laissait apercevoir un sentiment plus dur et plus exalté. Ses yeux paraissaient se contracter et devenir plus ardens, une légère convulsion agitait son visage, comme s'il allait se transformer en quelque chose de hideux. Elle était entièrement semblable à ces figures que l'imagination enfante lorsque l'opium en trouble les facultés, mais qui s'évanouissent bientôt, et qui, belles à leur preraioi" aspe("i ,

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deviennent horribles et bizarres avant que notre esprit puisse

les bien saisir.

Dès qu'Halbert eut terminé cette réponse hardie, la dame blanche se tint devant lui avec le même aspect pâle, mélancolique et immobile, sous lequel elle se montrait ordinairement. Il s'attendait à ce ((ue l'agitation qu'elle exprimait se changeât en une effrayante métamorphose; mais croisant ses l)ras sur sa poitrine ', le fantôme répondit :

e< Jeune imprudent, il est heureux pour toi Qu'en m'appelant dans ce lieu solitaire Ton crcur n'ait pas frissonné devant moi , Et que ton œil ait sans aucun effroi De mes regards supporte la colère.

Si ton courage eût chancelé ,

Si ta mâle et vive paupière

Une fois seule avait tremblé ,

C'en était fait de ta carrière.

Quoique dans le céleste azur

Ma substance ait été puisée ,

Quoique mon sang soit la rosée

Qui tombe d'un ciel calme et pur, Quand tu n'es fait que de fange et de poudre , Tu peux m'interroger d'un air tranquille et sûr, A te répoudre il faut bien me résoudre. »

«Je veux donc savoir de toi, dit le jeune homme , par quel charme mon esprit et mes désirs ne sont plus les mêmes; pourquoi la chasse, mon chien, mon arc et mes llèches me sont indifférens - ; pourquoi mon ame dédaijjne les limites de cette vallée ; pourquoi mon sang bouillonne à l'idée d'une insulte faite par un homme, à côté duquel en tenant l'étrier, j'aurais couru il y a quelques jours pendant toute une matinée d'été, et aurais été satisfait et honoré d'obtenir un mot de sa bouche? pourquoi cherché -je maintenant à marcher l'égal des princes, des chevaliers et des nobles? suis -je le même qu'hier lorsque je sommeillais content de mon obscurité, et qui m'éveille au matin tout occupé d'ambition et de gloire? parle, apprends-moi, si tu le ])eux, pourquoi ce changement?

' Détails omis par M. Defaucoupret, page aaS. — 2 Réminiscence de notre Racine, dans Phèdre :

" Je ne me souviens plus des leçons de Ncpluno; Mon arc, mes javelots, mon cliav, tont m'importune. »

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