CHAPITRE XV II
suis-je soumis à un cncliantemenl? ou suis-je encore mainlenanl sous l'iufluenee d'un sordléjje qui fait que je me sens tout autre? cependant je suis persuadé que je suis le même'. Parle, et dis-moi si c'est à ton pouvoir que je dois ce clianfjement?»
La dame blanche répondit :
;< Un être plus puissant que moi
Sur le monde étend son empire;
L'aigle allier reconnaît sa loi,
Lorsqu'au front des cieux, sans effroi ,
Son vol audacieux aspire;
Comme aussi dans son doux émoi,
La touterelle qui soupire
Sous le feuillage qui l'inspire ,
F,n discret témoin de sa foi.
A son gré , cet être invisible
Sous mille formes, et pourtant
Chaque fois encor plus puissant,
Du plus humble jusqu'au plus grand ,
Amollit le cœur insensible.
Rend vertueux un cœur méchant.
Et turbulent l'homme paisible. »
«Parle-moi d'une manière plus claire, dit le jeune homme, dont le visage, le cou et les mains s'étaient tellement colorés qu'ils étaient rouges comme du sang 2; fais-moi connaître (oh dessein.»
L'esprit reprit :
« Demande à ton cœur dont Marie Connaît le plus secret repli ; Demande à ton orgueil aussi Pourquoi ton ame, en sa folie.
Ne peut supporter de Marie Le moindre dédaigneux oubli ; Demande- lui pourquoi sans cesse Ton esprit cherciie à s'élever Vers la grandeur ou la sagesse ; Pourquoi tu crains de retroiiver Ton origine et ta bassesse; Pousquoi tu veux dans un combat Rétablir un juste équilibre, Du bonheur posséder l'éclat , Ou bien mourir eu homme libre ; Demande-toi, jeune mortel , Demande à ton cœur, à voix basse :
• RcOexion omise par M. Dcfauconpret, page i^JK- 3 B,t.,iu .,mis par M Dcfauconprel, page 227. a. xm.
Tout y répondra que sa place
La plus secrète est, quoi qu'il fasse.
Vouée à Marie Avcnel. "
«Dis-moi donc, reprit Halbert, les joues encore cramoisies, toi qui viens de me dire ce que je n'ose m'avouer à moimême, par quel moyen je dois l'instruire de mon amour; par quel moyen le lui faire connaître ?»
La dame blanche répondit :
« Sur des doutes pareils ne m'interroge pas; Du flux, et du reflux des passions humaines. Le spectacle mouvant n'est point de nos domaines: Nous voyons de l'orgueil passer ces vains éclats, Ainsi que l'homme voit l'aurore boréale,
Lorsqu'en mille brillans éclairs Sur le front de la nuit elle franchit les airs ; Il remarque sa trace éclatante, inégale, Sans ressentir l'effet de ses rayons divers. »
«Cependant ton propre sort, répliqua Halbert, à moins que les hommes ne se trompent fort, est lié à celui des mortels ? »
Le fantôme répondit:
« Par un lien mystérieux, Avec les eufans de la terre S'unit notre espèce légère.
L'étoile qui du haut des cieux Brilla d'une flamme subite Sur la famille d'Avenel; Cette étoile, quand son orbite Lui montrait son cours éternel , Lança de sa splière embrasée, Comme une goutte de rosée Que la fontaine recueillit; Et de la fontaine naquit Un esjirit affranchi d'envie.
Le premier instant de sa vie Donna naissance à la maison.
Qui d'Aveuel reçut le nom :
Double existence à l'une et l'autre unie. >•
«Explique-toi plus clairement, répliqua le jeune Glendinnin^, je ne puis rien comprendre à tout ceci. Dis qui a forgé le lien mystérieux qui unit ton sort à celui de la maison d'Avenel? dis, surtout quel destin est attaché à cette maison?»