CHAPITRE XVIII
provisions que le ciel et notre patronne nous envoient |)ourraient être maladroitement unies et rendues impropres à l'usage d'ïiommes respectables ^ C'est pourcpioi avancez, dame Clendinning, et dites -nous, comme à votre souverain seigneur et supérieur spirituel, employant la simple vérité, sans avoir la moindre crainte, cela étant un sujet qui nous intéresse extrêmement, si votre fils se sert de l'arc avec autant d'adresse que vient de nous le dire le frère cuisinier?»
«Puisque cela plaît à votre révérence, répondit dame Glendinning en saluant profondément, je sais à mes dépens en quoi consiste l'art de tirer une flèche, car mon pauvre mari , Dieu veuille avoir son ame ! est mort sur le champ de bataille dePinkey, percé d'un trait, tandis qu'en fidèle vassal de l'église de Sainte-Marie, il combattait à l'ombre de la sainte bannière : c'était un vaillant homme; et excepté qu'il aimait un morceau de venaison, et qu'il fit pour vivre pendant un temps ce que les maraudeurs font quelquefois , je ne lui connais pas d'autre péché. Et cependant, quoique j'aie payé messe sur messe la somme de quarante shillings, outre un quartier de froment et quatre mesures de seigle 2, je ne suis cependant pas certaine qu'il soit délivré du purgatoire.»
«Bonne dame, dit le seigneur abbé, nous prendrons garde à cela; et puisque votre mari périt, comme vous le dites , en combattant pour l'Eglise, et sous sa l)annière, soyez sûre que nous le ferons sortir du purgatoire, c'est-à-dire, pourvu qu'il y soit. Mais ce n'est ])as de votre mari que nous voulons parler maintenant, c'est de votre fils; non d'un tireur écossais , mais d'un tireur de daims >*. C'est pourquoi je vous dis de me réj)ondre sur ce point : votre fils est - il archer, oui ou non?»
«Hélas! mon révérend seigneur, réj)ondit la veuve , mon petit clos serait mieux cultivé si je pouvais l'épondre que non, à votre révérence. C'est un excellent archer! Hélas, révérend père, je voudrais qu'il eut appris autre chose que l'arbalète, la flûte, la carabine et le mousquet, le fauconneau et le sakcr ^. 11 peut se servir de tous, et s'il plaisait à ce très honorable fifcutilhomme, notre hôte, de tenir son chapeau à la distance
' Passage omis par M. Defaui-on|)ret , depuis <i il est urgent, clc. •■ — ^ Détails omis par le même, page 235. — ^Détails omis par le nu'me. — 4 Cauou de remparts. M. Defauconpret a omis ce détail, a. m.
de cent verges, notre Halbert lancerait au milieu une flèche ou luie balle, si ce très honorable gentilhomme ne remuait pas et le tenait avec fermeté, et je gagerais un quart d'orge ^ qu'il ne toucherait pas un nœud de ses rubans. J'ai vu notre vieux Martin faire souvent cette expérience , et notre très révérend le sous-prieur l'a vu de ses propres yeux, s'il lui plait de se le rap])eler. »
«Cela n'est pas sorti de mon esprit, madame, dit le frère Eustache ; et je ne savais lequel des deux méritait le plus mon admiration, ou de la précision du jeune archer ou de la fermeté du vieillard qui servait de but. Cependant je ne conseillerais pas à sir Piercy Shafton d'exposer son précieux chapeau et encore moins sa précieuse ])ersonne à un tel risque, à moins que ce ne fût son bon plaisir.»
«Soyez persuadé que je n'en ai nulle envie, dit sir Piercy Shafton avec vivacité , soyez persuadé, révérend père , que je n'en ai nulle envie. Je ne refuse pas à ce garçon les qualités que vous lui donnez, mais les arcs ne sont faits que de bois, et les cordes de lin, et les meilleures, qui sont de soie, proviennent des excrémens du ver - : les archers ne sont que des hommes ; les doigts peuvent glisser , les yeux peuvent être éblouis, le plus aveugle peut viser juste, et le meilleur tireur manquer le but, ne fùt-il éloigné que de la longueur de l'arc. C'est pourquoi je n'essaierai pas cette dangereuse expérience.»
<( Comme vous voudrez, sir Piercy, dit l'abbé; cependant nous nommerons ce jeune homme garde de la forêt qui nous a été donnée par le bon roi David, afin que la chasse ])uisse récréer nos esprits fatigués, la chair du daim améliorer notre pauvre table, et sa peau couvrir les livres de notre bibliothèque, pour obtenir ainsi tout à la fois la subsistance du corps et celle de l'ame.»
«Agenouillez -vous, bonne dame, agenouillez-vous, dirent en même temps le sommelier et le cuisinier à la dame Glendinning, et baisez la main de sa seigneurie, pour la grace qu'elle vient d'accorder à votre fils.»
Ensuite ils commencèrent une espèce de duo, en faisant rénumération des avantages de cette place, d'un ton par le-
' Omis par M. Defauconpret. Le quart d'orge ou de froment contient hiiti boisseaux coupés. — ^ Détails omis par le même, page 235. a. m.