CHAPITRE XIX
liait un avantage aussi marqué sur l'Ecossais, que la régularité de ses traits et l'éclat de son teint pouvaient en offrir sur une physionomie plutôt fortement prononcée que belle, et dont la peau, qui avait éprouvé l'influence du soleil auquel elle était constamment exposée, avait fait disparaître le rose et le blanc sous une couleur brune, qui couvrait son cou , son front et ses joues, et qui, sur ces dernières, élait d'un rouge plus rembruni.
Les yeux d'Halbert formaient la partie la plus remarquable de son visage; ils étaient grands, bruns, et lorsqu'ils s'animaient ils semblaient lancer des étincelles. La nature avait bouclé ses cheveux noirs, ce qui embellissait sa figure, ainsi que nous l'avons déjà dit, et lui donnait un air fier et animé au dessus de celui qu'on devait espérer dans un homme de son rang, et dont jusqu'ici les manières avaient été timides, simples et même gauches.
L'habillement d'Halbert n'était certainement pas d'une forme à relever ses avantages personnels. Son justaucorps et son haut-de-chausses étaient de l'étoffe commune dont se servent les gens de la campagne, et son bonnet y correspondait. Une ceinture entourait sa taille, et en même temps servait à soutenir une larjje épée dont nous avons déjà parlé, et retenait cinq ou six flèches qui y étaient enfoncées perpendiculairement à côté d'un large couteau, ou, comme on le nommait alors, un petit poignard dont le manche élait de corne; nous ne devons pas oublier que, pour compléter sa toilette, il portait d'amples bottines de peau de daim, faites <Ie manière à pouvoir se tirer, à volonté, jusqu'au dessus du genou, ou retomber plus bas que le mollet; elles étaient pareilles à celles des gens qui, à cette époque, avaient pour occupation j)rincipale, ou ])Our leur plus grand plaisir, les amusemens des forèls, parce qu'elles servaient à protéger H les jambes contre les halliers épineux et épais lorsqu'ils étaient à la poursuite du gibier, et ces particularités, frivoles en apparence , formaient l'accoutrement du jeune Halbert.
Il n'est pas si aisé de décrire l'état du cœur du jeune Glendinning , qui se peignait dans ses yeux lorsqu'il fut soudain jeté dans la compagnie de ceux que son éducation première lui avait appris à trailer avec crainte et respect. Le degré
d'embarras que son maintien laissait apercevoir n'avait rien de déconcerté ni de servile. C'était seulement ce que devait avoir un jeune homme d'un caractère altier, généreux et entreprenant, mais totalement sans expérience, qui, pour la première fois, allait penser et agir par lui-même dans une société où il se trouvait avec désavantage. 11 n'y avait pas dans sa tenue un grain de maladresse ou de timidité qu'un ami sincère eût désiré faire disparaître.
Il fléchit le genou, et baisa la main de l'abbé, ensuite se releva, et reculant deux pas salua respectueusement le cercle qui était autour de lui ; il sourit avec grace à un signe d'encouragement que lui fit le sous-prieur, le seul qu'il connut personnellement, et rougit en rencontrant l'œil inquiet de Marie Aveuel , qui regardait avec un intérêt mêlé de crainte le sort auquel son frère de lait allait être assujetti. Ses esprits revenus du trouble passager dans lequel ce regard l'avait jeté, il attendit tranquillement que l'abbé s'informât de ses désirs.
L'expression iiugénue de sa physionomie , sa beauté et son attitude pleine de grace ne manquèrent pas de prévenir en sa faveur le clergé en présence duquel il se trouvait. L'abbé tourna les yeux , et jeta sur le père Eustache un regard satisfait et approbateur, quoi([u'il fût bien possible que la nomination d'un archer, ou garde-chasse, fût une chose qu'il se 'proposait d'effectuer sans l'avis du sous-prieur, pour montrer qu'il agissait de sa libre volonté. Mais la bonne mine du jeune homme objet de cette nomination fut telle qu'il se hâta de le féliciter de l'œil pour avoir rencontré un sujet si convenable à cette profnotion plutôt que pour tout autre sentiment*. Le père Eustache ressentait le plaisir qu'un esprit vertueux éprouve lorsqu'il voit un bienfait accordé à l'objet qui en est digne ; car, comme 11 n'avait pas revu Halbert depuis les circonstances qui avaient changé ses manières et ses sentimens , il pouvait à peine penser que cette place ne pût convenir en dépit de l'incertitude de la mère , à un jeune homme qui avait toujours paru amant zélé des plaisirs de la chasse , et ennemi de toute occupation sédentaire et assidue. Le sommelier et le cuisinier
Phrase omise piir M.Defaucoupret, page 241 , depuis «mais la bonne mine.»