‹ Le monastèreChapitre 125 sur 247 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

Pour cela même je respecte ce garçon'. Je vous proteste que je veux demeurer ici, et qu'il m'aidera à tuer un daim. Je prétends m'en faire un ami, et s'il est en effet un excellent tireur, nous enverrons bientôt à monseigneur l'abbé un daim de la meilleure es|)èce, tué avec tant d'art que le révérend cuisinier en sera tout joyeux.»

Ceci fut dit avec un contentement et une bonne humeur si apparente, que l'abbé ne pou.ssapas plus loin ses observations sur ce qui venait d'arriver, mais s'occupa de donner à son bote le détail des meubles, tapisseries et provisions qu'il se ])roposait d'envoyer à la tour de Glendearg pour lui rendre ce séjour plus supportable. Ce discours, assaisonné d'une ou deux coupes de vin, servit à faire passer le temps jusqu'au moment où l'abbé ordonna à sa cavalcade de se préparer à reprendre le chemin du couvent.

«Comme nous avons, dit-il , pendant le cours de notre pénible voyage , perdu notre méridienne ^ , indulgence sera donnée à ceux des frères qui nous accompagnent , et qui ne pourront pas, par lassitude, se rendre à prime "^, et ceci par pure miséricorde on in(i?/lgentia^.n

Ayant bénévolement fait un don à ses fidèles moines qu'il jugeait j)robablement devoir leur être très agréable , le bon abbé voyant que tout était prêt pour le départ^, donna sa bénédiction à la famille rassemblée , et sa main à baiser à dame Glendinning. Pour Marie Avenel, il la baisa sur la joue® et en fit autant à la petite meunière qui s'approchait pour lui rendre lunumage. Il ordonna à Halbert de modérer son caractère et d'être officieux et soumis envers le chevalier anglais, il recommanda à Edouard d'être discipulus iinpiger atque sùcnuus'^ ; puis enfin faisant à sire Piercy Shafton un adieu plein de

' Phrase omise par M. Def;tucouprct. — ' Heure du repos à midi que les Esp.ignols nomment sieste , et qui dans le moyen âge était employée au sommeil, alors nécessaire, à cause des règles monastiques qui obligeaient les frères à des prières nocturnes, comme les vigiles et autres. — ■* Prime était le service de minuit chez les moines. — 4 Miséricorde, selon le savant ouvrage de Fosbrooke sur les usages des moines anglais, voulait non seulement , observe \N alter Scott , dire une indulgence ou exemption de devoirs particuliers, mais aussi un appartement particulier d'un couvent où les moines s'assemblaient pour jouir de telles indulgences ou permi,ssii>ns qui leur étaient concédées au delà des règles. — ^ Tr.nnsilion omise i)ar M. Dcfauconprct. — ^ Osculu lihmii iiatie ,^i\\l Virgile. — 7 Un disciple actif et pcrsévér;ml. a. m.

courtoisie, lui conseilla de rester au logis le plus possible, de crainte que les maraudeurs anglais n'eussent ordre de s'emparer de sa personne; et ayant rempli ces civilités d'usage , il descendit, accompagné de toute sa suite, dans la cour, où, avec un soupir qui approchait d'un gémissement, le vénérable j)ère monta sur son palefroi , dont la housse d'un pourpre foncé tombait jusqu'à terre; et très content que le pas tranquille de son cheval ne Fut plus troublé par les gambades et les sauts du coursier de sir Pierey, il se mit paisiblement en marche pour retourner au monastère.

Lorsque le sous-prieur fut monté à cheval pour escorter son .supérieur, ses yeux cherchèrent Halbert qui, en partie caché par une projection du mur extérieur de la cour, était seul regardant le départ de la cavalcade et le groupe qui l'entourai'. Mécontent de l'explication qu'il avait reçue touchant la mystérieuse épingle d'argent, et cependant portant un vif intérêt au jeune homme dont le caractère lui avait in-^ spire la meilleure opinion , le bon moine résolut de ne pa.s laisser échapper la plus prochaine occasion d'approfondir ce sujet. En cet instant, il regarda Halbert avec un air sérieux et significatif, et pour lui dire adieu , il lui fit un signe du doigt. Ensuite il rejoignit le reste du clergé et suivit son su-' périeur, en descendant avec lui la vallée.

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