CHAPITRE XX
« J'espère que vous njjirez de mauîùre à me •( faire penser que vous êtes noble, et que vou* « ine rendi'ez raison avec voire éjiée, inon.>ieur, << ainsi qa'il convient à un gentilhomme plein «il'lionneui-. Tout ceci est beaa, monsieur; ne «remettons pas cela: partons, ju vous mon- « trerai le cliemin. »
Le Pèlerinage de V Amuur.
IjE regard significatif du sous-prieur et l'avertissement par signe qu'il avait donné à Halbert Glendinning lorsqu'il partit pénétrèrent dans son cœur; car, bien qu'il eût fait beaucoup moins de progrès qu'Edouard dans l'instruction que lui avait
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donnée ce dijjne homme, il avait pour sa persomie une sincère vénération, et même le peu de temps qu'il avait eu pour délibérer lui fit voir qu'il s'était embarqué dans une périlleuse aventure. La nature de l'offense qu'il avait faite à sir Plercy Shafton était une chose qu'il ne pouvait imaginer; il voyait seulement que c'était une mortelle injure, et qu'il devait maintenant en attendre les suites.
Mais afin de ne pas hàler les conséquences de cet outrage, en renouvelant trop tôt leur querelle, il décida de se promener seul pendant une heure et de réfléchir comment il devait aborder cet étranger hautain. Le temps semblait [iropiee j)our agir delà sorte sans paraître éviter obstinément Piercy, ])arce que tous les membres de la petite famille étalent séparés ou pour remplir leurs devoirs que l'ariùvée des dignitaires avait interrompus, ou pour réparer ie dérangement qu'avait occasionné leur visile.
(Juillant la tour et croyant ne pas être observé, Halbert descendit la colline, et gagna la pièce de terre (pii s'étendait au pied, jusqu'au premier détour que faisait le ruisseau a|)rès avoir arrosé le bas du terrain sur lequel était élevée la tour, afin de se mettre à l'abri de toute observation sous l'ombrage de quelques chênes et de quelques bouleaux écartés qui y étaient plantés. Mais à peine avait-il atteint cet endroit, (ju'il se sentit légèrement frapper sur l'épaule; se retournant aussitôt , il aperçut sir Piercy Shafton qui l'avait suivi sans qu'il s'en doutât.
Lorsque notre esprit n'a pas }>rande confiance dans la juslice de notre cause, ou que par d'autres raisons notre courage vient à chanceler, rien ne tend plus à nous déconcerter (|u'une grande a|)parence de promptitude de la part de notre antagoniste. Quoique Halbert Glendinniug fût moralement et physiquement intrépide, il se troubla néanmoins à la vue de l'étranger, dont il avait provoqué le ressentiment, et qui paraissait devant lui avec un aspect qui dénotait un ennemi; et (pioique son cœur battît avec plus de vitesse, il était trop su- |)crbe pour que la moindre niarcpie d'émotion ])arùt sur son visage. «Que voulez-vous, sir Piercy? dit-il au chevalier anglais, renfermant au fond de son cœur tout l'effroi que l'aspect de son adversaire lui faisait éprouver.
«Ce que je veux ! répondit sir Piercy ; belle demande après votre conduite envers moi ! jeune homme, j'ignore quelle infatuation t'a poussé à te mettre en opposition directe avec un homme qui est l'hôte de ton seigneur abbé, et qui, même par la courtoisie due au toit de ta mère , ne devait pas s'attendre à y rencontrer l'insulte. Je ne te demande ni ne veux savoir par quel moyen tu es devenu possesseur du fatal secret par lequel tu as osé essayer de me déshonorer; mais je dois te dire que sa possession te coûtera la vie.»
«Non, je l'espère, si ma main et mon épée peuvent la défendre,» répliqua hardiment le jeune homme.
«Certes, reprit le chevalier anglais, je ne prétends pas te priver de ta belle chance de défensive; je suis seulement affligé de penser que, jeune et sans expérience comme tu l'es , elle ne te sera pas très nécessaire ; mais il faut t'avertir que dans cette querelle je ne te ferai point de quartier.»
«Sois assuré, homme orgueilleux, répondit le jeune Halbert , que je ne t'en demanderai pas; et quoique tu parles comme si j'étais déjà gisant à tes pieds, je te jure que je suis autant déterminé à ne jamais te demander grace , que je crains peu d'en avoir besoin.»
«Tu ne veux donc rien faire, dit le chevalier, pour détourner l'incertitude du sort que tu as provoqué avec tant de légèreté?»
«Et que pouri'ai-je faire? » répliqua Halbert Glendinning, plutôt par le désir de connaître les intentions du chevalier, que pour lui faire la réparation qu'il aurait exigée.
«Dis-moi sur-le-champ, répliqua sir Piercy, et sans altérer la vérité, qui t'a pu mettre à même de blesser mon honneur si gravement? Et si tu peux me montrer un ennemi qui mérite plus mou ressentiment, je permettrai à ta basse extraction de jeter un voile sur ton insolence.»
«C'est donner trop d'essor à ta présomption , repartit fièrement Glendinning, et je dois la réprimer. Tu es venu dans la maison de mon père, ainsi que je puis le deviner, en exilé et en fugitif, et ton premier salut à ses habitans n'a été signalé (juc par tes injures et par ton mépris. Que ta conscience t'apprenne ce qui a pu me mettre en état de ))ouvoir me venger de tes outrages. C'est assez pour moi d'avoir le