‹ Le monastèreChapitre 129 sur 247 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

le chevalier ])onrsuivit; et maintenant ayant souhaité à ma très helle discrétion ces rêves charmans qui agitent leurs ailes autour de la couche de la beauté endormie, à cette helle damoiselle, les ])rodijjalilés de Morphée , et à tous les autres le commun bonsoir, je vous prierai de me permettre de partir pour me rendre au lieu du repos , quoique je puisse dire avec le poète :

« Le repos ! je l'ignore ea mon cruel tourment,

Ou du moins ee n'est plus pour moi qu'un changement

De position ou de place.

Le sommeil ! il est seulement

Le triste évanouissement

D'une nature qui se lasse.

Et ma couche ! dans ce moment Est un coussin plus dur qu'une épaisse cuirasse : Repos, sommeil et lit, sous le chaume isolé,

N'attendent point un exilé,

Afin d'adoucir sa disgrace. »

Avec un salut affectueux il sortit de l'appartement, évitant dame Glendinuing qui se hâtait de l'assurer qu'il trouverait ce qu'il lui fallait pour un repos beaucoup plus agréable que la nuit ])récédente ; car il y avait une quantité de chaudes couvertures et un bon lit de plume que l'abbé avait envoyés. Mais le preux chevalier ])ensait sans doute que l'honneur et l'effet de son exil seraient affaiblis s'il sortait de son héroïsme pour s'entretenir de sublunaires et domestiques sujets, c'est pourquoi il se hâta de quitter l'appartement sans écouter ce que voulait lui dire son hôtesse '.

«Voilà un agréable gentilhomme, dit dame Glendinning; mais je le garantis un peu bizarre, et il chante une jolie chanson, quoique tant soit peu trop longue. Vraiment sa compagnie me plaît beaucoup; je voudrais savoir quand il s'en ira. »

Ayant ainsi exprimé le respect qu'elle portait à son hôte , non sans donner à entendre qu'elle était complètement fatiguée de sa compagnie -, la bonne dame donna le signal pour que l'on se séparât, et enjoignit à Halbert d'accompagner sir Piercy le lendemain matin, comme celui-ci l'avait demandé.

' Passage omis par M. Defauconpret, page ^5-] , depuis « mais le preux clieva* lier, etc. — ^ Omis par le même, page 9.58, depuis « ayant ainsi, etc. » \. i\i.

272 LE MONASTÈilE.

Etendu sur son Ht à côté de son frère, HalberL n'avait pas une petite cause pour envier le profond sommeil qui s'était subitement emparé d'Edouard, et qui lui refusait ses faveurs. 11 reconnut alors ce (|ue l'esprit lui avait indiqué d'une manière si obscure en lui accordant le don qu'il lui avait demandé si inconsidérément, et qui avait plutôt contribué à son malheur qu'à sa félicité. Il voyait alors, mais trop tard, les embarras et les infortunés (jui menaçaient ses très cbers parens, soit que ce duel fût cause de sa perte ou de son triomphe. S'il succombait, il pouvait dire , adieu , bonsoir ; mais il était persuadé qu'il jetterait sa mère et sa famille dans la misère et dans le désespoir, et celte pensée ne tendait pas peu à lui faire redouter l'aspect de la mort qui par elle-même n'a rien d'ap-réable. Sa conscience lui murmurait que le ressentiment de l'abbé s'appesantirait et sur sa mère et sur son frère , ou pourrait seulement être détourné par la générosité du vainqueur. Et Marie Avene! ! s'il périssait dans le combat, il se serait montré aussi peu propre à la protéger que diligent à attirer la misère sur elle et sur la maison qui l'avait recueillie dès son enfance. L'idée d'un pareil sort ajoutait à la crainte et à l'amertume des sentimens qu'éprouve l'homme le plus brave, même dans une querelle j^lus juste et moins douteuse, en envisageant l'issue d'un combat incertain, la première fois qu'il .s'engage dans une affaire de cette nature '. Mais quel que fût le chagrin qu'il prévoyait, si, dans celte circonstance, il était vaincu , Halberl n'esj)érait ])as que sa victoire apportât un plus heureux résultat, si ce n'était la sûreté de sa vie et la satisfaction donnée à son orgueil blessé. Les conséquences de son triomphe attireraient à sa mère, à son frère, et particulièrement à Marie Avenel, des calamités plus certaines que sa défaite et sa mort. Si le chevalier vivait, il pourrait, par respect, les protéger; mais s'il mourait, rien ne pourrait les soustraire aux mesures de vengeance que l'abbé et le couvent très certainement concertaient pour punir la violation de la paix de l'abbaye , et le meurtre d'un hôte mis sous la protection de l'un de leurs vassaux, dans la maison duquel sa révérence l'avait placé. Ces pensées , qui ne lui présageaient

' Passage omis par M. Defauconpret, page 258, depuis « dès sou enfance, eto. >•

Page 1