CHAPITRE XX
<jue la ruine de sa famille, et que sa violence seule aurait allirée, iirent de l'oreiller d'Halbert un oreiller d'épines, et privèrent son ame de la paix et ses yeux du sommeil.
Il n'y avait rien à faire , si ce n'était de se déjjrader , et même s'il s'humiliait, était-ce un moyen pour le délivrer du danger. Il pouvait, il est vrai, confier au chevalier anj^lais la circonstance extraordinaire qui l'avait poussé à lui présenter l'épinjijle que la dame blanche, à son jjrand regret, lui avait donnée pour l'offrir à sir Piercy Shafton. Mais son orgueil ne pouvait s'abaisser à un tel aveu , et la raison , qui , dans de semblables occasions, est toujours prête à se rendre aux conseils de l'orgueil, argumentait fortement pour lui montrer qu'il serait aussi inutile que bas de se dégrader. «Si je rapporte une si étonnante histoire, disait-il, ne serai -je j)as dénigré tel qu'un menleur, ou puni comme un sorcier? Si Shafton était aussi généreux, aussi noble, aussi grand que les champions de roman , il pourrait sans doute m'écouter, et sans m'avilir me faire sortir de la situation dans laquelle je suis placé. Mais il a , ou du moins semble avoir beaucoup d'entêtement, d'arrogance, de vanité et de présomption ; et je m'abaisserais en vain. Non, je ne m'humilierai pas! dit-il en s'élançant hors du lit, saisissant sa large épée et la brandissant à la clarté de la lune qui rayonnait au travers de la profonde embrasure qui leur servait de fenêtre; mais quels furent son étonnemcnt et sa terreur, lorsqu'une forme aérienne se dessina sur les rayons de l'astre argenté qui se réfléchissaient sur le plancher, sans toutefois les intercepter. Quoique dans l'obscurité, le son de la voix lui fit reconnaître que la dame blanche était devant lui.
Jamais la vue de cet esprit ne lui avait semblé si effrayante ; car, lorsqu'il l'avait évoqué , il attendait son apparition, et était déterminé à en supporter les conséquences; mais en ce moment elle venait sans être appelée , et sa présence lui inspirait la crainte d'un malheur qui le menaçait, et l'affreuse idée de s'être associé avec un démon dont il ne pouvait contredire les avis, et dont il ignorait et le pouvoir et les attributions. 11 demeura glacé de terreur, les yeux fixés sur le fantôme qui psalmodia ou récita les vers sulvans :
J.F. MONASTKRE. iS
274 LE MONASTÈHE.
>< Le mortel di)ut le eœur u'a soif que de vengeauce Ne doit poiut tressaillir qiinad sa noire démenée Veut s'al)rcuver de sang; Le défi qu'au gré de ton rêve Voulut ton glaive menaçant , Tu dois, jeune imprudent.
Le vider aujourd'hui par le tranchant du glaive.»
« Loin d'ici, esprit trompeur! dit Halbert Glendinninjj; tes avis m'ont déjà coûté trop cher. Va-t'en , au nom de Dieu !»
L'esprit sourit, et l'air froid et affecté de son sourire avail quelque chose de plus effrayant que les sons ordinairemenl mélancoliques de sa voix. Il reprit ainsi :
Deux, fois tu m'avais ajjpelée :
De moi-même, et non à ta voix, Je viens une troisième fois; Sans être attendu dans ces bois. Tu vins visiter ma vaHée; Sans être priée aujourd'hui, Près de toi dont je fus l'appui, Ma nature s'est dévoilée. »
Halbert Glendinning s'abandonnant pendant un moment à sa terreur, appela son frère Edouard. « Eveille-toi, éveilletoi, pour l'amour de Notre-Dame! éveille-toi!»
Edouard s'éveilla à ces cris et lui demanda ce qu'il voulait.
«Regarde, dit Halbert, regarde: ne vois-tu pas quelqu'un dans la chambre?»
«Non., sur mon honneur, » dit Edouard en regardant de tous côtés.
«Quoi! tu n'aperçois rien au clair de la lune, sur le plancher, là? »
« Non, rien, répondit Edouard, si ce n'est toi, mon frère, appuyé sur ton épée nue. Je te le dis, Halbert, tu devrais mettre ta confiance plutôt dans les armes spirituelles que dans celles d'acier et de fer. Plusieurs fois pendant la nuit je t'ai vu tour à tour tressaillir et gémir, parler de combats , d'esprits et de spectres. Ton sommeil ne t'a pas rafraîchi , ton réveil n'a été qu'un rêve*. Crois-moi, cher Halbert, dis \in Pater et un Credo , implore la protection de Dieu , tu dormiras profondément et te réveilleras plus heureux. »
«Cela peut être, dit lentement Halbert, les yeux toujours
' Passage omis par M. Defauoonpret, page 261. a. m.