‹ Le monastèreChapitre 13 sur 247 · CHAPITRE II. 5i · texte numérisé non relu

CHAPITRE II. 5i

emprisonnée dans des barrit*i es qu'elle ne peut franchir. Les flancs de ces collines sont impraticables pour les chevaux, et il n'y a d'autre moyen de les traverser que celui de suivre les sentiers que les troupeaux de brebis ont tracés tout le lon^. Il était difficile de se figurer qu'une route aussi incommode et aussi rebutante put conduire à une habitation plus importante que le chalet i d'un berger.

Toutefois ce vallon, quoique solitaire, stérile et d'un difficile accès, n'était pas en ce moment dénué de toute beauté- Le gazon croissant sur le petit terrain plat qui longeait la rivière était aussi vert et aussi touffu que si une centaine de jardiniers eussent été occupés à le faucher tous les quinze jours , et était émaillé d'une profusion de marguerites et de fleurs chamj>€tres que le tranchant de la faux n'aurait certainement pas épargnées. La petite rivière, tantôt resserrée dans un lit plus étroit , tantôt libre dans le choix de son «ours à travers l'étroit vallon, roulait indifféremment ses eaux, ici rapides, là presque stagnantes, mais toujours belles et limpides, semblables à ces esprits supérieurs qui suivent tranquillement le cours de la vie , cédant aux obstacles insurmontables , mais aussi loin de se laisser abattre que le marinier assailli par un vent contraire, et qui dirige sa barque de manière à se trouver arriéré dans sa route le moins possible.

Les montagnes, qu'en écossais on aurait appelées les bi-aes % s'élevaient en pente rapide le long de la vallée, présentant dans un endroit la surface grise d'un rocher que les torrens avaient dépouillé de la verdure qui les tapissait, et laissant apercevoir en d'autres des bouquets d'arbrisseaux et des touffes de taillis , qui avaient échappé aux bestiaux et aux bergers, et qui étendant naturellement leur branchage au dessus des lits maintenant arides des torrens , en remplissant la concavité des éboulemeus de la rive, répandaient une agréable variété sur l'ensemble du paysage. Au dessus de ces touffes éparses de feuillage s'élevait majestueusement la montagne, stérile, mais pourprée, cette belle teinte foncée contrastant admirablement, surtout en automne, avec les bou-

' M. Defauconpret, page 47, l'appelle « une chaumière.» — 2 Mot qui proprement signifie déclivité ou pente rapide d'une montagne, a. m.

quels de chênes et de bouleaux, de frênes et d'épines, d'aulnes et de trembles, qui jetaient sur ses flancs une autre sorte d'attrait, non moins qu'avec la sombre verdure du gazon velouté qui tapissait le fond de l'étioite vallée.

Malgré tous ces embellissemens , le paysage que nous venons de décrire ne pouvait être qualifié de sublime ou magnifique, ou même de pittoresque ou frappant. Mais l'extrême solitude de ce lieu oppressait le cœur; le voyageur éprouvait cette incertitude de savoir où il allait, et où se terminerait un sentier aussi sauvage, qui, dans certaines circonstances, a plus de pouvoir sur l'imagination que les grands traits d'une magnifique campagne, lorsque l'on connaît exactement la distance où l'on est de l'auberge où le dîner est commandé? et dont en ce moment même on fait les préparatifs. Au reste ces idées ont rapport à un siècle bien postérieur à celui où se passent les événemens que nous rapportons, et où le beau ■> le sublime et toutes les nuances intermédiaires étaient des idées totalement inconnues aux habitans de Glendearg et des visiteurs que le hasard y attirait.

Toutefois il y avait certaines notions relatives à la vallée, et particulièrement appropriées au génie de l'époque*. Le nom de Glendearg , qui est le synonyme de vallée rouge , paraît être dérivé, non seulement de la couleur pourpre des bruyères dont la crête des montagnes qui bordaient la rivière était abondamment tapissée, mais encore de la couleur rouge foncée des rochers et des terrains escarpés, qui, dans le pays, sont appelés scaurs. H y a un autre vallon aux environs de la source de l'Ettrlck, auquel les mêmes circonstances ont fait donner le même nom, et il en existe probablement d'autres en Ecosse dont on peut dire la même chose.

Comme notre Glendearg n'abondait pas en visiteurs mortels, la superstition, afin que le lieu ne fût pas totalement dépourvu d'habltans, avait peuplé ses retraites d'êtres appartenans à un autre monde. On prétendait y voir fréquemment le sauvage et capricieux homme brun des marais, qui paraît être le véritable descendant des nains du Nord, surtout après l'équinoxe d'automne, lorsque les brouillards étaient épais, et qu'on ne pouvait aisément distinguer les objets. On croyait

' Phrase oniisp par M. Defauoonpret, page /,8. a. m.

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