CHAPITRE II
aussi que les fées écossaises, race fantasque, irritable et méchante, qui bien que parfois bienveillante par caprice, étaient plus souvent hostiles aux humains, avaient établi leur résidence dans une retraite sauvage de la vallée , dont le véritable nom était par allusion à cette circonstance, corrie nan shian , ce qui, en langue celtique corrompue signifie le trou, des fées; mais les habitans du voisinage étaient plus réservés dans leurs discours à ce sujet, et évitaient de donner un nom à cette retraite , d'après la croyance généralement répandue dans toutes les provinces britanniques et celtiques de l'Ecosse, que parler, soit en bien, soit en mal, de cette race capricieuse d'êtres surnaturels , c'est provoquer leur ressentiment , et que le secret et le silence est ce qu'ils exigent par dessus tout de la part de ceux qui peuvent se glisser dans leurs lieux de divertissement, ou découvrir leurs demeures habituelles.
Une terreur mystérieuse était ainsi attachée à ce lieu que l'on n'osait nommer, par lequel on passait, en quittant la grande vallée arrosée par la T^ved , pour, en remontant le pelil vallon que nous avons décrit, arriver à la petite forteresse appelée la tour de Glendearg. Au delà de la colline, sur laquelle nous avons dit que la petite tour était située, les montagnes devenaient plus escarpées et se rapprochaient du petit ruisseau de manière à laisser à peine un sentier pour les piétons, et là se terminait le vallon par une cataracte singulière, puisque ce n'était qu'un filet d'eau qui , dans sa chute rapide du haut de deux ou trois précipices, se brisait de manière à n'être plus qu'un brouillard d'écume *. Cependant, encore plus loin , dans la même direction , et après avoir passé toutes ces cataractes, se trouvait un grand espace de terrain marécageux, d'un aspect sauvage, vaste, inculte, qui n'était fréquenté que par des oiseaux aquatiques, s'étendant dans \\\\ lointain qui paraissait interminable, et servant en grande parlie à séparer les habitans du petit vallon de ceux qui vivaient dans les contrées plus reculées vers le Nord 2.
Les Maraudeurs, toujours actifs et infatigables, connaissaient parfaitement ces lieux marécageux, qui leur fournis-
' Ce dernier trait du tableau est omis daus la première traduction. — 2 Tout ce passage a été ctrauglc par le premier traducteur , page 49- a.- m.
saient quelquefois une retraite. Montés sur leurs chevaux ï, ils entraient souvent dans le vallon, poussaient jusqu'à la tour, y demandaient et recevaient l'hospitalité ; mais il y avait constamment une sorte de réserve de la part de ses paisibles habitans qui accueillaient ces hôtes comme un colon européen nouvellement établi recevrait un parti d'Indiens de l'Amérique du nord, autant par crainte que par esprit d'hospitalité, tandis que le plus ardent désir du maître de l'habitation est de se voir promptement débarFa«sé de la présence de ces sauvages visiteurs.
Tels n'avaient pas toujours été les sentlmens des habitans du modeste vallon et de la tour de Glendearg. Simon Glendinning", son puécédent propriétaire, se faisait gloire de descendre de Tancienne famille de Glendonwyne établie sur la frontière occidentale. Il avait coutume d* raconter, assis au coin de son feu, dans les soirées d'automne, les exploits des membres de la famille à laquelle il appartenait, Fun desquels était tombé à côté du brave comte de Douglas , à Otterbourne^. Dans ces occasions, Simon avait ordinairement sur ses genoux un ancien sabre qui avait appartenu à ses an- 'Cètres, avant qu'aucun membre de sa famille eût consenti à recevoir un lief sous la paisible suzeraineté des moines de Sainte-Marie. Dans les temps modernes , Simon aurait pu vivre content sur son propre domaine, et murmurer tout à son aise contre le sort qui l'avait condamné à y fixer sa demeure , ea le privant de toute chance d'acquérir une renommée sous les armes. Mais, en ces temps -là, on avait tant d'occasions, que dis-je! on avait si souvent besoin de de mander à celui qui était si brave en paroles à prouver sa bravoure par ses actions, que Simon Glendinning fut bientôt obligé de marcher avec les troupes de la Halidome'*, comme on appelait la bannière de Sainte-Marie, dans cette campagne désastreuse qui se termina par la bataille de Pinkle ^.
Le clergé catholique prenait le plus grand intérêt à cette querelle nationale, qui avait principalement pour objet d'em-
I They often rode down the glen, dit le texte; circonstance omise par M. Dcfauconpret. — 2 Glen, vallon; din, brun ou sombre. Comme qui dirait : «L'homme du sombre vallon. — 3 Bataille livrée en i388 , et où périt Douglas. — 4 Halidome^ écossisme jiour Holjdain, qui veut dire Notre-Dame, ce dont le premier interprète ne parle point. — ^ Ou Pinkcy, bataille livrée sous EdcHiard Vf. a. m.