‹ Le monastèreChapitre 131 sur 247 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

louniés sur la forme aérienne qui lui paraissait très visible, cela peut cire. Mais, dis-moi, mou clier Edouard, ne vois-tu pas une autre ])ersonne que moi sur le eai-reau de ee((e chambre? »

«Non, personne, répondit Edouard se soulevant sur son eoude; mon cher frère, (|uitte ton épée, dis tes prières, et viens te coucher. »

Tandis qu'il parlait ainsi, l'esprit fit un sourire dédaigneux à ïlalbert, ses joues pâles s'évanouirent dans le clair de lune, même avant que le sourire eût cessé, et Halberl lui-même ne vit plus la vision à laquelle il avait tant prié son frère de porter aKention. « Que Dieu me conserve la raison! » dit-il en quittant son épée et se jetant une seconde fois sur son lit.

v.Aincn! mon très cher frère; répondit Edouard: mais nous ne devons pas provoquer dans notre folie le ciel que nous invoquons dans nos peines. Me soyez pas fâché contre moi, mon cher frère, je ne sais pourquoi depuis quelque temps vous m'évitez ; il est vrai que je n'ai ni le corps d'un athlète , ni le courage que vous avez montré dès votre enfance; cependant il n'y a que peu de temps que vous fuyez ma société. Croyez-moi, j'en ai versé des larmes en secret, quoique je n'aie pas voulu interrompre votre solitude. Il fut un temps où je n'étais pas pour vous si peu de chose, et alors, si je ne pouvais suivre aussi bien le gibier ou le frapper avec autant d'adresse que vous, je pouvais remplir les intervalles de ce passe-temps par d'agréables histoires des anciens temps que j'avais lues ou entendu conter, et qui excitaient même votre attention lorsque nous étions assis pour manger nos provisions près d'une claire fontaine. Mais à présent, quolcpie j'en ignore la cause, j'ai perdu ton estime et ton amitié. N'agite donc pas ainsi tes bras, dit le plus jeune frère, je crains qu'uii accès de fièvre occasionné ])ar tes songes étranges n'ait embrasé ton sang; laisse-moi te couvrir de ton manteau '.»

«Tes soins, dit Halberl , sont inutiles et les craintes sans raison; tu te mets en peine à tort sur mon compte.»

' l\i5sagc omis par M. PctaïK-onpict , page 2O2, depuis « affection, etc.» a. m.

« Mais écoute-moi , mon frère , reprit Edouard : ce (juelu dis pendant le sommeil, et maintenant même ce que tu as fait en rêvant, ont rapport à des êtres qui n'appartiennent pas à ce monde ou à notre race. Notre bon père Eustache assure que, bien que nous ayons tort de croire tous les contes frivoles des esprits et des spectres, cependant les saintes Ecritures nous autorisent à croire que de malins esprits hantent des lieux déserts et écartés, et que ceux qui fréquentent de telles solitudes deviennent la proie ou le jouet de ces démons errans. C'est pourquoi je t'en prie, mon frère, permets ([ue j'aille avec toi lorsque tu descendras dans la vallée où se trouvent, comme tu le sais, des endroits qui ont un bien mauvais renom. Tu ne te soucies pas de mon escorte; mais, Halbert, de tels dangers sont ])lus sûrement combattus ])ar la sagesse du jugement que par la hardiesse du cœur; et quoique j'aie peu de droits à m'enorgueillir de ma sagesse, cependant j'ai celle que nous a transmise la connaissance des anciens temps.»

Tandis que Edouard parlait ainsi, Halbert fut tenté un moment de lui découvrir le secret qui pesait sur son cœur; mais quand son frère lui eut rappelé que c'était le matin d'une grande fête, et que, mettant de côté toute autre affaire et tout autre plaisir, il se rendrait au monastère et se confesserait au père Eustache , qui devait ce jour-là occuper le confessionnal, l'orgueil arrêta et confirma son indécise résolution. « Je ne confesserai pas une chose si surprenante, car je serois regardé comme un imposteur, ou pis encore. Je ne fuirai pas cet Anglais dont le bras et l'épée ne peuvent m'épouvanter: mes ancêtres ont fait face à de plus braves.»

L'orgueil qui a, dit-on, empêché l'homme et même la femme de succomber, a cependant une plus forte influence sur l'esprit lorsqu'il se laisse aller aux passions, et manque rarement de le rendre victorieux de la conscience et de la raison. Son esprit une fois déterminé, quoique ce fût pour le parti le moins sage, Halbert s'endormit enfin profondément, et se réveilla seulement au point du jour.

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