‹ Le monastèreChapitre 134 sur 247 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

rieur, et sans cepcndauL déro}>er, |)arce (|iie vous ayant l'ait l'honneur de recevoir votre défi, au jugement des meilleurs disci|)los de Mars, en quelque sorte, et pour l'inslaiit, je vous élève à ma hauteur. Honneur que vous pouvez et devez acheter à bien bon compte, même avec la perte de voire vie, si telle peut être l'issue de ce duel. »

« Pour cette condescendance, dit Halbert, je dois remercier l'aiguille que je vous ai présentée. »

Le chevalier changea de couleur, grinça les dents, et, plein de rage, s'écria : «Tirez votre épée. »

«Non, dans cet endroit, répondit le jeune homme; on ])0urrait nous troubler, suivez-moi, et je vous mènerai dans un lieu où nous ne craindrons pas cela. »

Il continua à marcher dans la vallée, déterminé à ce que le lieu du combat fut l'entrée de Corrie-nan-Shian , parce qu'on disait cjue cet endroit était hanté par des esprits, et, pour cette raison , peu fréquenté; et aussi parce qu'il pensait qu'il pourrait avoir de l'inlïuence sur son sort; c'est pourtpioi il résolut que cette place serait témoin ou de sa victoire ou de sa mort.

Pendant quelque temps, ils marchèrent sans proférer une parole, tels que de superbes ennemis qui ne veulent point combattre avec de vains discours, et qui n'ont rien d'amical à échanger. Cependant, se taire était pour sir Piercy Shafton ce qu'il y avait de plus insupportable, et ordinairement sa colère, quoique prompte, était de courte durée. C'est j)ourquoi il lui vint à l'esprit qu'en tout amovu^ et honneur pour son adversaire, il ne voyait rien qui l'obligeât à garder plus long-temps la pénible contrainte d'un silence qui lui était si désagréable. 11 commença à louer Halbert de la promj)(e activité avec laquelle il surmontait les obstacles et les embarras du chemin.

«Croyez-moi, digne rustre, dit-il, nous n'avons pas le pied plus ferme et plus léger dans nos fêtes de cour, et si vous portiez lui haul-de-chausses de soie, et fussiez formé à ce noble exercice de la danse, votre jambe ne fci'ail [)as un j)ctil effet dans un pavin ou une gaillarde; et je ne doute pas, ajoulat-il , (|ue vous n'aviez mis à profit quelque occasion de vous

instruire dans l'art de l'escrime, qui, plus que la danse, convient à notre projet actuel. »

« Je ne connais rien à l'escrime, dit Halbert, si ce n'est ce que m'en a appris notre vieux berger, Martin , et de temps à autre une leçon que m'a donnée Christie de Clinthill. Pour le reste, je me fie à ma bonne épée , à la force de mon bras et à mon courage. »

a Parbleu! j'en suis charmé, jeune Audace (je vous apellerai mon Audace, et vous me nommerez votre Condescendance, tandis que nous serons sur ces termes d'une surprenante inégalité); du fond du cœur, je suis charmé de votre ignorance; car, nous autres disciples de Mars , proportionnons la punition que nous infligeons à nos adversaires, à la force et au danger qu'ils nous opposent; et je ne vois pas pourquoi vous, qui n'êtes qu'un apprenti, ne seriez pas suffisamment ])uni de votre outi-e cuidance et de votre orgueilleuse présomption, par la perte d'une oreille, d'un œil, ou même d'un doigt, accompagnée d'une blessure faite dans les chairs, assez grave et profonde, proportionnée à votre erreur. Au lieu que si vous eussiez été capable de vous tenir avec plus de certitude sur la défensive , je ne vois rien que votre vie qui ait pu suffire pour me venger de votre présomption. »

c( Par Dieu et par Noire-Dame , dit Halbert, hors d'état de retenir plus long-temps sa colère, tu es toi-même plus que présomptueux, toi qui parles avec une telle audace de l'issue d'un combat qui n'est pas encore terminé. Etes-vous un dieu, pour disposer déjà de mes membres et de ma vie? ou êtesvous un juge sur son siège de justice, ordonnant à son aise, et sans courir de risque, ce qu'on doit faire de la tête et des membres du coupable qui vient d'être condamné? »

«Non, non; ô toi, auquel j'ai accordé la faveur de m'appeler ta Condescendance, et que j'appelle moi-même mon Audace! je ne suis ni un dieu pour prévoir l'issue d'un combat avant qu'il ait eu lieu, ni un juge pour disposer selon mon caprice , et à l'abri de toute vengeance , des membres et de la tête d'un criminel. Mais je sais assez bien manier l'épée, étant le premier disciple du premier maître de la première école d'escrime de notre royale Angleterre; ledit maître n'étant rien moins que le très noble et très savant Vinceiilio Sa-

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