CHAPITRE H
pécher l'union de la reine Marie, qui n'était encore qu'une enfant, avec le fils de l'hérétique Henri VIII. Les moines avaient rassemblé leurs vassaux , et leur avaient donné un chef expérimenté. Plusieurs d'entre eux s'étaient armés à leurs propres frais, et s'étaient mis en campagne sous une bannière sur laquelle était peinte une femme, supposée représenter l'Eglise d'Ecosse , agenouillée et dans l'attitude d'une personne qui prie , avec ces mots pour légende : Jfflictœ sponsœ ne ohliviscaris *.
Les Ecossais néanmoins avaient plutôt besoin , dans toutes leurs guerres, d'être commandés par des généraux sages et prudens que de voir leurs espi'its portés à un nouveau degré d'exaltation, soit politique, soit fanatique. Leur courage impétueux et difficile à contenir les portait toujours à courir précipitamment au devant de l'ennemi, et à engager l'action sans avoir soigneusement réfléchi sur leur position ou sur celle de leurs adversaires, et de fréquentes défaites étaient la conséquence inévitable d'une telle conduite. Nous n'avons rien à dire de la malheureuse journée de Pinkie, si ce n'est que Simon Glendinnig y périt , sans aucunement dégénérer par sa mort de cette ancienne race dont il se faisait gloire de descendre.
Lorsque cette déplorable nouvelle ^ qui répandit la terreur et le deuil dans toute l'Ecosse, arriva à la tour de Glendearg, la veuve de Simon, dont le nom de famille était Elspéth Brydone, se trouvait seule dans cette habitation désolée, à l'exception d'un ou deux serviteurs qui avaient passé l'âge de se livrer aux travaux de la guerre et de l'agriculture, et les veuves et les enfans de ceux qui avaient succombé avec leur maître. Le sentiment de la désolation était universel; mais de quoi servait-il? Les moines, qui étaient leurs patrons et leurs protecteurs, furent chassés de leur abbaye par les forces an-, glaises, qui dès lors parcoururent le pays et forcèrent les habitans à montrer au moins une apparence de soumission. Le protecteur Sommerset forma un camp fortifié au milieu des ruines de l'ancien château de Roxburgh , et força les habitans des environs à s'y rendre , à payer un tribut et à se faire assurer par lui, suivant l'expression du temps. Dans le
' !N'oi)blie pas ton épouse affiigcu. a. î.i.
jG le monastère.
fail, il ne restait plus aucun moyen de résistance, et le petit nombre de barons dont la fierté dédaignait jusqu'à l'apparence de la soumission, n'eurent d'autre ressource que celle de s'enfoncer dans les retraites les plus sauvages du pays , abandonnant leurs maisons et leurs j)ropriétés au courroux des Anglais, qui envoyèrent de tous côtés des détacliemens pour ruiner par des exactions militaires tous ceux dont les chefs n'avaient point fait leur soumission. L'abbé et les religieux de sa communauté s'étant retirés au delà du Forth*, leurs possessions furent cruellement ravagées, surtout parce qu'on savait que leurs sentlmens étaient particulièrement contraires à une alliance avec l'Angleterre.
Parmi les troupes envoyées pour ce senice se trouvait un petit détachement commandé par Stavvarth Bolton, capitaine dans l'armée anglaise, plein de cette bravoure franche et de cette générosité sans prétention (|ui ont souvent distingué cette nation. Toute résistance était vaine. Elspeth Brydone, lorsqu'elle aperçut une douzaine de cavaliers s'avançant dans le vallon , ayant à leur tête un homme dont le manteau écarlate , la brillante armure et le panache flottant le faisaient reconnaître pour un chef, ne vit d'autre moyen d'échapper au danger de sa position que celui de sortir par la grille de fer, après s'être couverte d'un long voile de deuil, et tenant un de ses fils de chaque main, d'aller au devant de l'Anglais, de lui exposer sa malheureuse situation, de mettre la petite tour à sa disposition et d'implorer sa compassion. Elle dit en peu de mois quelle était son intention, et ajouta :«Je me soumets , parce que je n'ai pas de moyens de résister.»
« Et c'est aussi pour cela , madame , que je ne demande point votre soumission , répondit l'Anglais. Tout ce que je demande, c'est d'être assuré de vos intentions pacifiques ; et , d'après ce que vous me dites, je ne vois pas de motifs d'en douter.»
«Du moins, monsieur, dit Elspeth Brydone, prenez votre part de ce que notre lieu de |)rovisions et notre cuisine peuvent vous offrir; vos chevaux sont fatigués , et vos gens ont besoin de se rafraîchir. »
«Pas du tout, ))as du tout, répondit le bon capitaine; il ne sera pas dit que nous ayons par un repas joyeux insulté à la
' PriiU'ijîJïlc rivière d'Ecosse, a. m.