‹ Le monastèreChapitre 140 sur 247 · CHAPITRE XXIÏ. 2DI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIÏ. 2DI

défilés, comme si le paradis eût été devant lui, l'enfer et les lïiries derrière, et comme si son éternelle misère on son éternelle félicité eût dépendu de sa promptitude. Dans un espace de temps, qui eût été extrêmement court pour tout autre que pour un montagnard écossais, dont les nerfs sont mus par un intérêt profond et passionné, le jeune homme atteignit l'entrée du ravin où le ruisseau qui sortait de Corrie-nan-Shian se déchargeait, et s'unissait aux eaux de la petite rivière arrosant la vallée de Glendearg.

Là, il s'arrêta et regarda de côté et d'autre dans la vallée, sans apercevoir une seule forme humaine; le cœur lui manqua. Mais les sinuosité^ du vallon empêchèrent qu'il ne découvrît la personne dont la voix s'était fait entendre; cependant elle n'était pas éloignée, quoiqu'il ne pût la voir. Les branches d'un vieux chêne qui s'élevaient, appuyé contre un rocher escarpé, offrit à son esprit hardi, à son imagination entreprenante et à ses membres agiles, le moyen de le gravir pour s'en servir comme d'un lieu d'observation, quoique beaucoup d'hommes eussent tressailli à l'idée d'une semblable entreprise. Mais s'élançaut de terre, l'actif jeune homme attrapa la branche la plus basse, grimpa dans l'arbre, et en une minute atteignit le haut du rocher d'oii il put découvrir un homme descendant la vallée. Ce n'était point un berger, ce n'était point un chasseur, et presque jamais nulle ame vivante ne traversait ce désert , surtout lorsquelle venait du côté du nord; car nos lecteurs doivent se ressouvenir que le ruisseau sortait d'un vaste et dangereux marais qui suivait cette direction.

Mais Halbert Glendinning ne s'arrêta pas à considérer quel pouvait être le voyageur, ou le terme de sa route. C'était assez pour lui qu'il pût voir dans ce moment un être, dont il pourrait recevoir des avis et du secours. 11 descendit de la sommité du rocher, s'élançant sur les branches du chêne les plus avancées et qui s'agitaient dans le vague de l'air, parvint au pied de l'arbre dans une fente ou brèche du roc, et s'accrochant au rameau le plus voisin de cette hauteur, il se laissa glisser sur la terre, et telle fut l'athlétique élasticité de ses nerfs pleins de jeunesse, qu'il tomba avec autant de légèreté

et avec aussi peu de mal que le faucon (jui s'abaisse en tournoyant *.

«Reprendre sa course avec la rapidité de l'éclair au travers la vallée fut pour lui l'affaire d'un moment ; et, comme il tour^ nait successivement les angles des bords sinueux de la vallée sans rencontrer ce qu'il cbercbait^, il avait à craindre que la figure qu'il avait vue à une certaine distance ne se fut déjà évanouie dans l'air, et ne fût qu'une illusion enfantée par son imagination ou par les esprits des éléniens dont on croyait que cette vallée était la demeure.

Mais, à sa grande joie, comme il tournait un sourcilleux et immense rocher, il vit droit devant lui et à très peu de distance , une personne dont l'habit , quoiqu'il le regardât comme à la dérobée, lui parut être celui d'un pèlerin.

C'était un vieillard qui portait une longue barbe , et sur sa tête un chapeau dont les larges bords étaient rabattus. Il avait pour vêtement une tunique de serge noire , qui , analogue à celle qu'on a coutume d'appeler manteau de bussard, couvrait les bras de sa partie supérieure, tandis que la parlie inférieure descendait presque jusqu'à terre. Vn bissac, une gourde, pendaient sur son épaule, et pour compléter son équipage il tenait à la main un gros bâton ; sa marche était pesanle comme celle d'une personne accablée par la fatigue d'un pénible voyage.

«Que la paix soit avec vous, bon père, dit le jeune bomme. Dieu et Notre-Dame vous ont envoyé pour me prêter voire assistance.»

«Et en quoi, mon fils, une si frêle créature que moi peutelle vous servir?» répondit le vieillard, étonné d'être accosté par un si beau jeune bomme, dont les traits étaient décomposés par l'anxiété, la figure rouge du mouvement qu'il venait de se donner, les mains et plusieurs parties de son vêtement tachées de sang.

«Un bomme frappé mortellement est gisant dans la vallée, tout près d'ici. Venez avec moi , venez avec moi! vous n'êtes plus jeune, vous avez de l'expérience, vous jouissez au moins de tous vos sens , je suis presque abandonné des miens.»

' Détails omis par M. Dcfauconpret, page ^78, depuis : «il descendit du rocher, etc. >> — ' Détails omis par le même. a. m.

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