CHAPITRE XXUI
Ce llicillar^.
M C'est lorsque la blessure est engourdie par îe- «froid que le guerrier sent la première douleur; « cVst lorsque la chaleur et la fièvre brûlante de K l'ame sont éteintes que le pécheur sent l'aiguil- « Ion du remords. » Ancienne comédie.
Les remords qui déchiraient le cœur d'Halberl Glendinning en cette pénible occasion étaient plus violens qu'il n'appartenait à un temps et à un ])ays où la vie humaine était rejjardée comme si peu de chose. Leurs sensations étaient loin sans doute de celles qui afUigent un esprit dirigé par les meilleurs principes de la religion, et plus strictement soumis aux lois sociales ; mais cependant elles étaient i)rol'ondes et vivement senties et partageaient, dans le cœur d'Halhert même, le regret qu'il éprouvait d'abandonner Marie Avenel et la tour de ses aïeux.
Le vieux voyageur marcha près de lui pendant quelque temps en silence, puis lui adressa ces mots : «Mon lils , on dit qu'il faut que le chagrin s'exhale en paroles ou qu'il tue. Pourquoi es-tu si abattu ? Conte-moi ta malheureuse histoire, et peut-être ma tète grise pourra- 1- elle le donner de bons conseils qui seront utiles à ta jeunesse.»
«Hélas! dit Halbert Glendiuning, pouvez-vous vous étonner de mon accablement? Maintenant je fuis le toit paternel, ma mère, mes amis; et le sang d'un homme, qui ne m'a offensé que par de vaines paroles, que j'ai vengées d'une manière si affreuse, retombe à cette heure sur ma tète : je sens mon cœur (jui me crie que je suis coupable, il serait plus dur qu'un rocher, s'il n'était douloureusement affecté à la seule pensée que j'ai tué un homme sans lui donner le temps de se confesser ! »
«Arrête, mon fils, dit le voyageur, que lu aies brisé l'imagr de Dieu dans la personne de ton prochain, que tu aies rendu
la poussière à la poussière, dans un iustant de colère ou d'orgueil, c'est sans doute un péché bien grand: que tu aies rendu plus court l'espace de temps que Dieu lui avait accordé pour son repentir, cela le rend encore plus affreux; mais pour tout ceci il y a un baume dans Gilead.
«Je ne vous entends pas, mon père,» dit Halbert, frappé du ton solennel que prenait son compagnon.
Le vieillard poursuivit: « Tu as tué ton ennemi, c'est une action horrible. Tu l'as tué peut-être plein de péchés , c'est un crime épouvantable. Agis cependant par mes conseils, et, si tu l'as envoyé dans le noir empire du démon, fais tes efforts pour empêcher qu'un autre sujet n'aille peupler ce royaume. »
«Je vous comprends, mon père, dit Halbert; tu voudrais que j'expiasse ma cruauté en me faisant racheter moi-même l'ame de mon adversaire : mais comment cela se pourrait-il ? Je n'ai point d'argent pour faire dire des messes, mais j'irais avec bien de la joie nu-pieds à la Terre-Sainte pour délivrer son esprit du purgatoire: seulement...»
«Mon fils, dit le vieillard en l'interrompant, le pécheur pour la rédemption duquel je te supplie de travailler n'est pas le mort mais le vivant. C'est pour ton ame que je te conjure de prier et non pour celle de ton ennemi, qui a déjà reçu sa condamnation d'un juge aussi miséricordieux que juste; et si tu transformais en ducats ce rocher, et que chacun de ces ducats servît à acheter une messe, cela ne servirait de rien à cette ame qui a abandonné son corps ; l'arbre doit mourir où il est tombé ; mais le rejeton qui porte en lui la vigueur et le suc de la vie, peut recevoir la courbure qu'on se propose de lui faire prendre.»
«Es-tu prêtre, mon père? dit le jeune homme, ou qui t'a donné le droit de parler de si hautes matières ?»
«Le maître de toutes choses, dit le voyageur, qui m'a enrôlé sous sa bannière. »
Le savoir d'Halbert louchant les matières rehgieuses n'avait pas plus d'extension que celle que lui avait donnée le catéchisme de l'archevêque de Saint-André, et la brochure ayant pour titre : la Foi de deux sous , qui, tous les deux, par l'adresse des moines de Sainte-Marie, étaient en circulation