‹ Le monastèreChapitre 144 sur 247 · CHAPITRE XXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIII

et fortement recommandés '; cependant, quoiqu'il fût un théologien très ordinaire et très superficiel, il commença à soupçonner qu'il était dans la compagnie d'un de ces évangéliseurs ou hérétiques qui cherchaient alors à ébranler les fondemens de l'ancienne religion de ses pères. Elevé, ainsi qu'on pouvait le présumer, dans une sainte horreur de ces formidables sectaires, les premiers sentimens du jeune homme furent ceux d'un loyal et fidèle vassal de l'Eglise. «Vieillard, dit-il , si tu étais capable de soutenir avec ton bras ce que ta langue à prononcé contre notre sainte mère l'Eglise , nous essayerions dans ce lieu même laquelle de nos deux croyances a le meilleur champion.»

«Eh bien! dit l'étranger, si tu es un fidèle soldat de Rome, tu n'effectueras pas ton projet, parce que tu as l'avantage de la jeunesse et la force de ton côté ^, Ecoute-moi , mon fils : Je t'ai montré comment tu pouvais faire ta paix avec le ciel, et tu as repoussé mon offre. Je veux maintenant t'indiquer comment tu pourras faire la paix avec les puissances de ce monde : Sépare cette tête grise de ce corps débile cpi lui sert de soutien, porte-la devant le trône de l'orgueilleux abbé Boniface; et lorsque tu verras sa colère s'élever au plus haut point en lui annonçant le meurtre que tu as commis sur la personne de Piercy Shafton, mets à ses pieds la tête de Henri Warden, et tu seras loué, bien loin d'être puni.»

Halbert Glendinning recula d'étonnement. «Quoi! vous êtes ce Henri Warden si fameux par son hérésie, et auquel la renommée a donné un si grand éclat que le nom de Knox est à peine prononcé par ceux de ta secte. Si tu es Warden comment oses-tu appi'ocher de l'abbaye de Sainte-Marie ?»

«Je suis Henri Warden , rien n'est plus sur, dit le vieillard très peu digne d'être nommé à côté de Knox ; mais cependant prêt à courir pour le service de mou maître tous les dangers auxquels il voudra m'appeler. »

«Entends-moi donc, dit Halbert; je n'ai pas le courage de te tuer; te faire prisonnier serait également rendre ma tête responsable de ton sang; te laisser dans les lieux déserts et sans guide ne serait guère mieux agir. Je te conduirai, ainsi

' P.issagc omis par M. Defauconpret , page aSC», depuis « saint André, etc. » — ^ Passage omis par le même. a. m.

que je te l'ai promis , au château d'Avenel , où tu seras en sûreté ; mais, tandis que nous marcheroQS, ne profère pas un mot contre les doctrines de la sainte Eglise dont je ne suis pas digne , quoique je sois un de ses membres aussi zélé qu'ignorant. Mais lorsque tu seras arrivé, aie bien soin de ne pas commettre d'indiscrétion. Ta tête est mise à un bien haut prix, et Julien Avenel aime la vue des pièces d'or à la toque *.

«Tu ne veux pas dire pourtant que, par intérêt, il vendrait le sang de son hôte ?»

«Non, si tu arrives comme un étranger invité, et comptant sur sa bonne foi, dit le jeune homme, quelque méchant que puisse être Julien, il n'oserait violer les droits de l'hospitalité; car, quoique nous tenions peu aux autres liens, ceux-là sont respectés parmi nous jusqu'à l'idolâtrie, et ses plus proches parens penseraient qu'ils devraient eux-mêmes répandre son sang pour faii-e disparaître la tache dont une telle trahison pourrait souiller leur nom et leurs descendans. Mais si tu y vas sans une permission de sa part et sans l'assurance de ta sûreté, je t'^woue que tu cours un grand risque.»

«Je suis sous la garde de Dieu, répondit le prédicateur; car telle était la dignité d'Henri Warden ; c'est à sa demande <jue je traverse ces déserts au milieu des dangers de toutes les espèces. Tandis que je suis utile au service de mon maître, ils ne pourront rien faire contre moi; et lorsque, semblable au figuier stérile, je ne pourrai plus produire de fruits, ([ue m'importera quand et par qui ma racine sera coupée?»

' BonuetS'pieces , dit le texte. C'était une monnaie d'or de Jacques V, la ])lus Ijelle des monnaies d'Ecosse, et ainsi nommée parce que l'effigie du prince y était représentée avec une toque. Le roi Jacques V, abandonné par quelques nobles écossais au moment de livrer bataille à l'armée anglaise , en mourut de honte et de cbagrin (1542), en prévoyant les scènes de désolation que devait entraîner une invasion anglaise en Ecosse. Quelques jours avant sa mort, on vint lui annoncer que la reine était accouchée heureusement. «Est-ce d'un garçon ou d'une tille?» — << D'une fille,» répondit-on. — «Que de maux vont accabler ce pauvre royaume,» répliqua le mourant : paroles qui semblent avoir fourni àWalterScott le sujet d'une grande partie des tableaux du Monastère. Le portrait placé en tête de ce roman est d'une grande fidélité historique. On y retrouve la toque de la monnaie d'or, et dans les ornemens le chardon, emblème de l'Ecosse. On peut aussi en comparer le costume avec celui que le romancier a donné à lord Murray, bâtard de Jacques V, chapitre xxxv. a. m.

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