‹ Le monastèreChapitre 145 sur 247 · CHAPITRE XXlil · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXlil

«Votre courage et votre dévotion, dit Glendinninj; , mériteraient de servir une plus digne cause.»

«11 ne s'en peut trouver de plus digue, répondit Warden ; la mienne est la meilleure.»

Ils poursuivirent leur chemin en silence; Halbert Glendinning suivant avec soin les sinuosités de la route à travers les marais et les montagnes qui séparaient l'abbaye de la baronnie d'Avenel. Quelquefois il était obligé de s'arrêter pour aider sou compagnon à passer les sombres lacunes des mouvantes fondrières nommées dans le dialecte écossais hags , dont la partie la plus desséchée du marais était remplie •.

«Courage, vieillard, dit Halbert s'apercevant que son compagnon était accablé de fatigue, nous parviendrons bientôt sur la terre ferme; et cependant, quoique ce gazon soit très mou et mobile, j'ai vu le joyeux fauconnier le traverser avec autant de légèreté que le daim quand la curée est en fuite devant les chiens.»

« En vérité , mon fils , répondit Warden ; car je veux encore vous nommer ainsi, quoi((ue vous ne m'appeliez plus votre père ; de même la jeunesse étourdie poursuit ses plaisirs sans prendre garde au bourbier et au danger de la voie qu'elle parcourt. »

«Je t'ai déjà dit, répondit Halbert Glendinning froidement, que je ne veux rien écouler de toi (jui se sente de ta doctrine. »

«Mais, mon fils, reprit Warden, ton père spirituel luimême ne voudrait pas sûrement disputer la vérité de ce que je viens de dire pour ton édification.»

Glendinning reprit fièrement: «J'ignore ce qu'il ferait; mais je sais que c'est la coutume de votre confrérie d'amorcer votre hameçon avec de belles paroles, et de vous regardeicomme des anges de lumière, afin que vous puissiez étendre avec plus de facilité le royaume des ténèbres.»

«Puisse Dieu! répliqua le prédicateur, pardonner à ceux qui ont ainsi méconnu ses serviteurs. Je ne t'offenserai pas, mon fils, en te pressant d'argnmens hors de saison; lu dis seulement ce que l'on t'a appris. Cependant je me Halle qu'ini

' Pass;igp omis par M. Dcfauronpret , page -aSS, depuis «sou rompagnon, Pic."

aussi bon jeune homme que toi sera sauvé comme ua tison

l'est du feu.»

Tandis qu'il parlait ainsi, ils atteignirent l'extrémité du marais; leur chemin était tracé devant eux sur le penchant du coteau. La pelouse était verte, et semblait, dans l'éloignement bigarrer de sa ligne étroite et verdoyante la sombre bruyère qu'elle coupait, quoique cette distinction ne fut point apparente lorsque nos voyageurs y cheminaient '. Le vieillard poursuivit son chemin avec plus de facilité; et ne voulant pas éveiller de nouveau le zèle jaloux de son jeune compagnon louchant la foi romaine, il discourut sur d'autres sujets. Le ton de sa conversation était toujours grave, moral et instructif. Il avait fait de nombreux voyages et était très versé dans les langues et les mœurs des autres pays , dont Halbert Glendinning désirait ardemment s'instruire, redoutant d'être forcé de quitter l'Ecosse pour le crime qu'il avait commis. Peu à peu il fut plus attiré par les charmes de la conversation de l'étranger, qu'il n'avait été repoussé par la crainte de son caractère dangereux d'hérétique, et Halbert le nomma mon père plus d'une fois avant que les tours du château d'Avenel vinssent frapper ses regards.

La position de cette ancienne forteresse était singulière ; elle était placée sur une petite île hérissée de rochers, dans un lac des montagnes ou tarn, ainsi qu'on appelle une semblable pièce d'eau dans le Westmoreland. Le lac pouvait avoir environ un mille de circonférence; il était entouré de rochers d'une prodigieuse hauteur, arides et couverts de bruyères , où çà et là se trouvaient de vieux arbres et d'épaisses broussailles occupant les ravins qui les séparaient les uns des autres. La surprise du voyageur était fortement excitée en voyant une pièce d'eau placée dans un endroit raontueux et escarpé , et le paysage que l'on découvrait à l'entour pouvait être ])lutôt appelé sauvage que romantique ou sublime; cependant son aspect n'était pas dépourvu de charmes. Par un soleil brûlant d'été , le clair azur du lac , profond et tranquille, rafraîchissait la vue et inspirait à l'ame un sentiment délicieux qui la portait à la rêverie. En hiver, lorsque la neige couvre

' Passage omis par M. Defauconpret , page i8i, depuis «le penchant du coteau, etc " A. M.

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