‹ Le monastèreChapitre 146 sur 247 · CHAPITRE XXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIII

les moiifaj^nes , les mânes éblouissantes semblaient s'élever au delà de leur bauleur accoutumée, tandis (jue le lac, qui s'étendait au dessous, couvrait leur sein d'une naj)pe de glaces, et paraissait comme la surface d'un vaste miroir brisé autour de l'île sombre et rocailleuse, et des murs rembrunis du cliàleau dont il était couronné.

Comme le château occupait, ainsi que ses bâlimens principaux et ses murailles extérieures, tous les points saillans du roc qui lui servait de fondation, il semblait entouré d'une ceinture d'eau comme le nid d'un cygne sauvage, excepté à l'endroit où un chemin étroit s'étendait entre l'ile et la rive opposée ' ; mais il était plus large en apparence qu'il ne l'était en effet, el des bâtimens qu'il contenait, plusieurs étaient tombés en ruine, et étaient inhabitables. Du temps de la splendeur de la famille d'Avenel , ils avaient été occupés par une garnison considérable de partisans et d'hommes dévoués , mais ils étaient maintenant presque déserts, et Julien Avenel aurait probablement établi sa demeure dans un lieu plus convenable à sa médiocre fortune , si ce n'eût été à cause de la grande sécurité que la situation du vieux château apportait à un homme dont la manière de vivre était si précaire el si périlleuse. Pour cette raison le lieu ne pouvait pas être mieux choisi , car on pouvait le rendre presque innaccessible, selon la volonté de se» habitans. La distance la plus prochaine entre la rive la moins éloignée et l'île, n'était pas de plus de cent verges 2; mais la chaussée qui les joignait était extrêmement étroite et entièrement divisée par deux tranchées, l'une à mi-chemin entre l'île et le rivage, et l'autre proche de la porte extérieure du château. Elles formaient un obstacle formidable et défiant toute entreprise hostile. Chacune de ces tranchées était défendue par un pont-levis , dont celui qui se trouvait le plus près du château était régulièrement levé à chaque instant du jour; tous deux l'étaient pendant la nuit.

La situation de .Julien Avenel, qui était engagé dans un grand nombre de querelles et d'entreprises obscures et mystérieuses dont le foyer était incessamment allumé sur la frou-

' Tout ce passage a été abrégé, page 290, par M. Defaiiconprct, qui a omi» 1.1 comparaison du cygne. — ' Phrase omise par M. Drfauccipret. a. m.

tière guerroyante, demandait toutes ces précautions pour sa sûreté. En politique, sa conduite ambiguë et douteuse avait augmenté ses périls ; car, comme il caressait l'un après l'autre les partis divisés dans le sein de l'état et se rangeait à l'occasion du côté de celui qu'il croyait le mieux servir ses projets, on pouvait dire de lui qu'il n'avait ni alliés ni protecteurs absolument dévoués, ni d'ennemis évidens. Sa vie n'était qu'un tissu d'aventures et de dangers ; et tandis que, pour suivre le fil de ses intérêts particuliers, il se servait de tous les détours qu'il pensait nécessaires pour parvenir à ses tins, souvent il courait trop vite après sa proie, et manquait celle dont il se serait rendu maître en observant une marcbe plus directe.

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