‹ Le monastèreChapitre 151 sur 247 · CHAPITRE XXIV. 3il · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIV. 3il

la douleur, celle larme prèle à s'en écliappei-, à laquelle celte espèce de sourire forcé donnail le chanjjc , lorsqu'elle se voyait enlièrenienl dédaijjnée ; ce n'étaient point là les attributs d'une épouse , ou c'étaient ceux d'une épouse dans l'abandon et bien infortunée.

Julien Avenel, comme nous l'avons déjà dit, conlinuait à se promènera grands pas dans la salle, sans laisser tomber sur elle une de ces attentions muettes que la tendresse ou la courtoisie doit aux femmes. Il paraissait totalement ignorer sa présence et celle de ses gens, et il ne sortait de sa sombre rêverie que lorsqu'il donnait ses soins à son faucon. La dame cependant semblait s'attendre et guetter le moment d'adresser la parole au baron, el de trouver quelque chose d'énigmatique aux expressions dont il faisait usage dans ses monologues avec l'oiseau.

Nos deux étrangers eurent tout le temps de faire ces remarques ; car ils ne furent pas plus tôt entrés dans l'appartement que kur introducteur Christie de Clinlhill , après avoir échangé un coup d'œil significatif , d'un bout de la salle à l'autre, avec les gardes et les vassaux, fit signe à Halberl Glendinning et à son compagnon de se tenir debout et silencieux près de la porte, taudis que lui s'avança jusqu'à la table el se plaça dans une situation propre à attirer les regards du baron, quand celui-ci serait disposé à jeter les yeux autour de lui, n'osant pas prendre sur soi de troubler son maître dans sa rêverie. L'œil de cet homme naturellement hardi et effronté n'était plus le même en présence de son maître; il ressemblait à l'œil morne et abaissé d'un dogue mutin que son maître rebute, ou que quelque chien de son espèce supérieur en force oblige à se soumettre '.

Malgré sa singulière position, malgré les sensations pénibles qu'elle faisait naître, Halberl ne put se défendre d'un sentiment d'intérêt ni d'un mouvemenl de curiosité envers la dame si peu regardée et si négligée, qui était assise près de la cheminée; il remarquait avec quelle timide et quelle tendre sollicitude elle était aux aguets des moindres mots que Julien laissait échapper quand il parlait à l'oiseau , et l'expression de

' Conipiiraison tronquOc par le premier traducteur, page .;.<)S. a. m.

ses regards qu'elle levait à peine sur le baron, toute prête à

les détourner, si elle pensait seulement qu'il s'en aperçût.

Durant ce temps, Julien Avenel jouait par intervalle avec son favori emplumé , tantôt lui donnant, tantôt lui retirant les morceaux dont il le nourrissait, prenant ainsi plaisir à tromper et à satisfaire tour à tour l'avidité de son faucon. «Eh quoi, encore, vilain oiseau! tu n'en aurais jamais de trop; qu'on te donne un morceau, tu veux tout avoir. Oui, fais la belle avec tes plumes, rengorge-toi; penses-tu que je ne te connaisse pas? crois-tu que je ne voie pas que tous ces gonflemens de plumes , tous ces battemens d'ailes ne sont point pour ton maître, mais bien pour essayer si tu tireras quelque chose de lui, gourmande que tu es. Bien, c'est cela; allons, prends encore. Es -tu contente? Petit cadeau va loin avec toi et avec tout ton sexe.»

Il cessa de regarder l'oiseau et se mit de nouveau à arpenter la salle; puis prenant sur un plateau un second morceau de la viande qui y était découpée pour cet usage , il recommença à tenter et à agacer l'oiseau , en le lui présentant et retirant aussitôt, réveillant ainsi le naturel carnassier et sauvage de son hôte emplumé. Ah, ah ! tu fais la méchante, tu te débats, tu me donnes des coups de bec, tu as recours à tes serres '. La, la, tu voudrais prendre ta volée, tu voudrais t'enfuir sans doute ? mais la courroie est passée dans tes pâtes, petite mutine ! tu ne peux remuer, ni voler sans que je ne le veuille; cesse ce jeu, petite coquine, ou l'un de ces jours je te torderai le cou 2. Allons , prends cela, régale-toi : holà , Jenkin ! ))Un homme de sa suite se présenta, «Tenez, prenez-moi cette petite méchante, et portez-la au perchoir; j'en suis las. Prenez garde à son vol; ayez bien soin de la baigner; demain nous verrons comme elle volera. Comment, Christie, sitôt de retour?»

Christie s'avança vers son maître, et lui rendit un compte exact de son voyage, de la même manière qu'un officier de police fait son rapport au magistrat, autant par des signes que par la voix.

' En beau langage de fauconnerie, comme les appelle lady Juliana Berners, les serres du faucon sont appelées singles. — ^ Ifill wring thy head off one of these days, dit le texte; «je te ferai couper la tête, » traduit M. Defauconpretpage 299. A. M.

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