‹ Le monastèreChapitre 152 sur 247 · CHAPITRE XXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIV

«Noble sire, dit ce digne satellite, ce laird de Il ne

nomma pas le lieu , mais étendit l'index dans la direction du sud-ouest , ne pourra vous accompagner le jour qu'il se proposait, parce que le lord commandant l'a menacé de....»

Ici encore une pause que l'orateur rendit assez compréhensible , en serrant son cou avec les doigts de sa main gauche, et en le penchant un peu de côté.

« Le lâche ! le misérable ! s'écria Julien : par le ciel ! le monde entier est tombé au dernier degré d'avilissement; il n'y a plus sur terre un seul homme de sur; vous ne vous arrêteriez ni jour ni nuit, que vous ne verriez pas sur votre chemin un seul panache Hotter, un seul cheval caracoller '. L'ardeur guerrière de nos ancêtres est éteinte au fond de nos âmes ; les brutes même sont dégénérées; le bétail que nous enlevons au risque de notre vie, est de la vraie charogne; nos faucons ne sont plus que des riflers ^ ; nos chiens de chasse ne sont plus que des tournebroches et des roquets ; nos hommes sont des femmes; et nos femmes sont....»

Pour la première fois il porta les yeux sur la dame, et s'arrêta court au milieu de sa phrase ; mais le regard de mépris qu'il laissa tomber sur elle sut bien remplir cette lacune; il semblait dire : «Nos femmes sont comme celle-ci.»

Quoi qu'il en soit, il ne finit pas la phrase, et la dame si désireuse, à tout risque d'attirer son attention de quelque manière que ce fût, se leva et vint au devant de lui, mais avec une crainte qu'une gaieté affectée déguisait mal. « Eh bien! quoi , nos femmes , Julien, que vouliez-vous dire des femmes?»

«Rien, répondit Julien Avenel, rien du tout, si ce n'est qu'elles sont comme toi, Catherine, des femelles à cœur tendre.» La dame devint toute rouge, et retourna à son siège. «Et quels sont ces étrangers que tu as amenés avec toi , Chrislie, et qui se tiennent là-bas comme deux statues de pierre?»

«Le plus grand, dit Christie, est, si vous voulez le permettre, un jeune homme appelé Halbert Glendinning, le fils aîné de la vieille veuve de Glendearg. »

' M. Defaiiconpret traduit prance \)ar «licnuir,» —" Des |)illards, des voleurs, termes employés en fauconnerie quand ces oiseaui ue prennent leur proie que par les plumes, a. m.

«Quelle affaire le conduit ici? dit le baron: apporte-t-il un message de Marie Avenel ?»

«Je ne le pense |)as, dit Christie , ce jeune homme court le pays, La vie errante a toujours été son plaisir, car je le connais depuis l'âge où il n'était pas plus haut que mon épée. »

«A-t-il quelques talens?» dit le baron.

«Il en a de toutes sortes, répondit son compagnon: il peut abattre un daim , chasser un chevreuil , diriger l'essor d'un faucon, conduire une meute de chiens ; du plus loin qu'il est possible il atteint de sa flèche la largeur d'un cheveu ; il manie une lance et une épée presque aussi bien que moi-même ; il monte un cheval avec autant de hardiesse que de grace. Je ne pense pas qu'il lui faille rien de plus pour en faire un brave compagnon. »

«Et quel est ce vieil avare qui se tient près de lui?» reprit le baron.

«Quelque vieux prêtre, j'imagine; il dit être chargé de lettres pour vous.»

«Dis-leur d'approcher,» reprit le baron. A peine se furentils avancés que, frap|)é de la beauté et de la taille athlétique d'Halbert Glendinning, il lui parla ainsi : «On m'a dit, jeune gaillard, que vous courez le monde pour chercher fortune; si vous voulez entrer au service de Julien Avenel vous la trouverez sans aller plus loin.»

«Comme il vous plaira', répliqua Glendinning; mais j'ai quelques motifs pour quitter ce pays , et je pars pour Edimbourg. »

«Qu'est-ce à dire! Je suis sur que tu as tué quelque daim appartenant au roi, ou éclairci les prairies de Sainte-Marie d'une petite portion de leurs bestiaux, ou que tu as fait au clair de la lune un saut par dessus la frontière-.»

«Non, monsieur, répliqua Halbert, mon cas est tout-à-fait différent. »

«Alors je parie que dans une querelle à l'occasion d'une belle, tu auras perforé quelque rustaud, tu es un luron à ne

' Formule normande qui est encore en vigueur chez les peuples de la Neustric. On n'est point étonné de les entendre encore prononcer à tout moment dans leur réplique :« Comme il vous plaira.» — ^ Dernière phrase omise par M. Defaucoupret , page 3oi. a. m.

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