‹ Le monastèreChapitre 154 sur 247 · CHAPITRE XXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIV

Warden attendit avec la |)lus grande patience que Julien Avenel, étonné que les menaces et la violence de cette apostrophe ne fissent nulle impression sur lui, s'arrêtât comme frappé de stupeur, et dit d'un ton moins impérieux : « Pourquoi, malencontreux personnage, ne me réponds-tu pas?»

« Quand vous aurez achevé de parler , dit Warden avec la même tranquillité, j'aurai le temps de vous répondre.»

«Au nom du diable, réponds, vieux ladre; mais fais attention, ne va pas mendier ici; quand ce ne serait que des pelures de fromage, le rebut des rats, fût-ce un morceau qu'auraient refusé mes chiens, fût-ce une pincée de farine , fût-ce la dixneuvième partie d'un groat ', je ne le donnerais pas à un chien de ta robe -.

«Il se pourrait, répondit Warden , que vous en voudriez moins à mon habit si vous saviez qui il couvre. Je ne suis ni moine ni mendiant, et je serais charmé d'entendre de votre bouche votre propre témoignage contre ces vils trafiquans de l'Eglise de Dieu, contre ces usurpateurs de tous droits sur le bercail de la chrétienté , si cependant cela est permis à la charité évangélique '^.

«Eh bien, vieux, qui ou quoi es-tu? réponds, dit Avenel ; tu viens sur nos frontières et tu n'es ni gueux, ni moine, ni soldat ?

«Je suis un humble interprète de la sainte pai'ole de Dieu; cette lettre d'un haut personnage vous expliquera pourquoi je suis ici en ce moment,» répéta-l-il.

Il remit la lettre au baron , qui en considéra le cachet avec un œil de surprise toujours croissante à mesure que ses regards la parcouraient; les reportant ensuite sur l'étranger et les tenant immobiles , il lui dit d'un ton menaçant : «Je pense bien que tu n'oses ni me trahir, ni te jouer de moi ?»

«Un homme tel que moi ne trompe pas un autre homme :» fut la courte réplique de Warden.

Julien Avenel, la lettre en main, s'en alla dans l'embrasure d'une croisée pour la lire, ou du moins tenter de la lire. Le-

I Ancienne monnaie d'Ecosse qui valait 40 fcntimes. — ■* M. Dcfaiiconpret a omis plusieurs de ces détails. — 3 Réflexion omise par M. Dcfauconpret, j). 5o.'|. — 4 Détails omis par le même. a.m.

vant parfois les yeux sur l'élranger dont il la tenait, coninio pour tâclier d'en saisir le contenu sur le front du messager lui-même. Enfin Julien appela la dame. « Catherine, dit-il, allons, dérange-toi un peu, et va me chercher tout de suite la lettre que dernièrement je t'ai recommandé de serrer dans ta cassette, ne connaissant pas chez moi d'endroit plus sûr. »

Catherine ohéitavec la promptitude d'une personne qui se plaît à rendre service; et comme elle marchait, cet étal, ([ui requiert une rohe plus large et une ceinture plus longue, et qui de la part d'un homme sollicite envers une femme un redoublement de prévenance et de soins , était plus visible qu'auparavant. Elle revint aussitôt avec la lettre que Julien prit d'un air froid en disant: «Merci, la belle ; c'est bien, tu es un secrétaire soigneux.»

Il lut et relut encore ce second papier, et en lisant il attachait toujours de temps en temps un regard curieux et observateur sur Henri Warden. Malgré le péril d'un pareil lieu et la terreur que son maître inspirait, le prédicateur supporta cet examen prolongé avec la contenance la plus ferme et la plus calme, se tenant sous l'œil d'aigle ou plutôt de vautour du baron comme devant un simple et pacifique paysan'. Enfin, Julien Avenel plia les deux papiers et les mit dans la poche de son manteau; son front devint moins sombre, il s'avança vers sa compagne: «Catherine, dit -il, j'étais injuste envers ce bon homme, lorsque je le prenais pour un des bourdons du pape. C'est un prédicateur, Catherine, un prédicateur de la... de la nouvelle doctrine des seigneurs de la congrégation. »

«La doctrine des saintes Ecritures, dit le prédicateur, purifiée de tout faux alliage de la part des hommes.»

«Que dis -tu? reprit Julien Avenel; c'est bien, c'est bien, appelle-la comme il te plaît; ce qui m'arrange, c'est qu'elle m'est recommandée parce qu'elle donne la chasse à tous ces sots rêves de saints, d'anges, de démons, et qu'elle désarçonne toute celte cohue de moines qui depuis si long-temps était à cheval sur nous, et nous déchirait si horriblement les

' DdhJjIc conijiarnison omise par M. Dcfaucoiiprct, page 3o5. A. m.

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