CHAPITRE XXV
aux ])risonuiers de converser à voix basse. Halhert fit part à Warden de l'inlenlion où 11 était de s'évader, et lui dit qu'il ne douterait pas de la réussite, sans l'obstacle des barreaux de fer scellés dans le mur de la croisée. «Par le saint nom de Dieu, mon fils, fais l'essai de tes forces,» dit le prédicateur. Halbert lui obéit plus par désespoir que par la moindre certitude de réussir ; mais à son grand étonnement, et non sans un sentiment de terreur, il sentit le barreau céder à ses efforts, et s'ébranlant dans sa longueur, sortir du mur où il n'était pas scellé avec du plomb, etlui rester dans la main; il dit aussitôt à voix basse mais autant énergiquement qu'un ton si peu élevé le permettait: «Parle ciel! le barreau est dans ma main.»
«Remercie le ciel, mon fils, au lieu de jurer par lui,» répondit Warden de son donjon.
Avec peu d'effort Halbert Glendinning parvint à se faire jour et à passer par l'ouverture (ju'il venait de faire d'une manière «i merveilleuse et se servait du ceinturon de peau de son épée comme d'une corde, il se laissa glisser au long et se trouva sur la pointe du roc sur lequel donnait la fenêtre du prédicateur. Mais il était impossible de s'y faire un passage, car elle n'était pas plus large qu'une barbacane, et paraissait avoir été ouverte à ce dessein. «N'ai -je aucun moyen, mon père, de faciliter votre fuite ?»
«Aucun, mon fils, répondit le prédicateur; mais si vous voulez être mon sauveur , vous en avez le pouvoir. »
«Je ferai tout au monde pour cela, et sur-le-cbamp ,» répondit le jeune bomme.
«Alors vous allez donc vous charger d'une lettre, que je vais écrire dans l'instant; j'ai dans ma valise tout ce qui est nécessaire, même les moyens de me procurer de la lumière. Dirigez-vous en toute bâte vers Edimbourg, et sur votre roule vous rencontrerez un corps de cavalerie marchant vers le sud. Remettez cette lettre au chef, et rendez-lui un compte exact de l'état où vous m'avez laissé. Peut-être ce service tournera-t-il plus que vous ne pensez à votre avantage.»
Une minute ou deux après une petite lumière brilla à travers le barbacane, et bientôt après le prédicateur, à l'aide de son bâton, fit parvenir le billet à Glendinning par cet espèce de soupirail.
«Dieu te bénisse, mon fils, dit le vieillard; et qu'il achève l'œuvre merveilleuse qu'il a commencée.»
«Ainsi soit-il,» répondit Halbert avec solennité, et il se disposa à exécuter son dessein.
Il hésita un moment s'il tâcherait de descendre sur le bord du lac; l'escarpement du roc et l'obscurité de la nuit rendaient ce moyen trop dangereux. C'est pourquoi, tenant ses deux mains serrées au dessus de sa tète, il se jeta hardiment du haut de ce précipice, s'élancant dans les airs assez, loin ])Our éviter les rochers cachés sous l'eau, et plongea dans le lac la tête en avant, et avec un élan tel qu'il ne revint sur sa surface qu'une minute après. L'haleine longue, les membres vigoureux et accoutumés à cet exercice, Halbert, quoique embarrassé de son épée, plongeait, glissait sur l'eau, comme un oiseau de mer , et traversait le lac dans la direction du nord. Lorsqu'il eut pris terre, il se retourna vers le château et s'aperçut que l'alarme y^ivait été donnée, car les lumières brillaient et passaient de fenêtres en fenêtres; il entendit le pont-levis et les pas des chevaux sur la chaussée. Mais peu alarmé des conséquences d'une telle poursuite , à cause de l'obscurité, il tordit ses vêtemens pour en exprimer l'eau et s'enfonçant dans les bruyères, il dirigea sa course vers le nord-est, prenant pour guide l'étoile polaire.