‹ Le monastèreChapitre 166 sur 247 · CHAPITRE XXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVI

s'élait passé dans le couraot de cette journée. « V'ous ne pouvez nier, lui dit-il, que vous n'ayez fait hier une violente injure à cet infortuné jeune homme, et que votre emjjortemeut ne se soit calmé tout à coup si soudainement, que nous n'en soyons restés tout stupéfaits. Vous lui avez proposé hier soir une partie de chasse pour aujourd'hui, et vous êtes partis ensemble au ])oint du jour. Vous vous êtes séparés, ditesvous, à la fontaine, près du rocher, une ou deux heures environ après le lever du soleil; et il paraît qu'avant cette séparation vous avez eu une querelle ensendjle. »

«Je n'ai pas dit cela, répondit le chevalier. Voilà vraiment hien du bruit pour l'absence d'un ])aysau serf, qui, j'oserai le dire, est allé rejoindre ])eul-ètrc, si toutefois il est parti, la première bande de voleurs qu'il aura rencontrée. C'estii moi, à un chevalier de la race des Piercy, que vous demandez conq)te d'un fujjitif d'une aussi chétivc importance? Eh bien! faites-moi connaître le prix {(ue vous mettez à sa tète, et je la ])aicrai au trésorier de votre couvent.»

«Vous avouez donc que vous avez tué mon frère? dit Edouard, intervenant de nouveau. Eh bien, je vous apprendrai le |)rix <|ue nous autres Ecossais nous attachons à la vie de nos amis.»

«Paix! Edouard, paix! je vous en conjure, reprit le sousprieur, je vous l'ordonne même. Et vous, sire chevalier, ayez, je vous prie, une meilleure opinion de nous, et gardez-vous de croire que vous ])nissiez verser le sang écossais sans avoir à le payer autrement que comme du vin répandu dans une orgie. Ce jeune homme n'est point xui serf; vous savez fort bien que dans votre pays vous n'oseriez lever l'épée contre le dernier des sujets de l'Angleterre, sans vous exposer à ce (jue les lois ne vous a|)pelassent à rendre compte d'une telle action. N'espérez pas (ju'il en soit autrement ici, vous tomberiez dans l'erreur.»

«Vous me |)oussez à bout, reprit l'eupliuiste, et de même (ju'un bœuf trop pressé de l'aiguillon, devient furieux, vous me mettez hors de moi : que puis -je vous dire d'un jeune vagabond qui m'a (piitlé deux heures après le lever du soleil?»

«Mais vous )>ouvez diie en quelles circonstances vous vous êtes séparés l'un de l'autre,» reprit le moine.

M2 LE MOiNASTÉHE.

«Au nom du diable, quelles sont les circonstances que vous voulez que je vous explique ? car, bien que je proteste contre cette contrainte, comme indigne et injurieuse pour les lois de l'hospitalité, je voudrais de bon cœur mettre fin à cette discussion, si toutefois des paroles peuvent la terminer», dit le chevalier.

«Si les paroles ne le peuvent, repartit Edouard, mon bras saura y parvenir, et sur-le-champ.»

«Paix! jeune homme impatient, s'écria le sous-prieur; et vous, sir Piercy Shafton, apprenez-moi, je vous prie, pourquoi l'herbe est teinte de sang près de la fontaine de Corrlenan-Shian, à l'endroit où vous vous êtes séparés, dites-vous, d'Halbert Glendinning?»

Déterminé à ne point avouer sa défaite, s'il lui était possible de l'éviter, le chevalier répondit avec hauteur qu'il croyait (ju'il n'était nullement étonnant de trouver l'herbe teinte de sang dans un endroit où des chasseurs avaient tué un daim.

«Et avez-vous enterré votre gibier aussi bien que vous l'avez tué^? demanda le moine. Il faut que vous nous appreniez quel est celui que renferme ce tombeau , ce tombeau nouvellement creusé et dont les bords sont si vivement colorés de sang-? Tu vois que tu ne peux me tromper; sois donc sincère, et dis- nous le destin de ce malheureux jeune homme dont le corps est sans doute couché sous cette herbe encore sanglante. »

«Si cela est, dit sir Piercy, il faut qu'il ait été enterré tout vivant, car je vous jure, révérend père, que ce jeune paysan m'a quitté en parfaite santé. Ordonnez que l'on fouille ce tombeau, et, si l'on y trouve son corps, agissez à mon égard comme bon vous semblera"^.»

«11 ne m'est pas permis de décider de ton destin, sire chevalier ; ce droit appartient à notre père abbé et à son révérend

' « C'était peu pour vous de le tuer, dit le père Eustacbe, il paraît que vous lui avez aussi donné la sépulture. » M. Defauconprct, page 39.8. — ^ „ jj faut que vous nous appreniez quel est le corps que couvre la terre fraîchement amoncelée sur une fosse qui paraît avoir été ouverte au pied du rocher, à quelques pas de la fontaine, près de l'herbe, etc. » Ibù/. — 3 ,<Je me soumets à telle peiuc qu'il vous plaira de m'infliger. » If'id. a. m.

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