‹ Le monastèreChapitre 172 sur 247 · CHAPITRE XXVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVII

appela à haute voix. Edouard entra, accompagné de deux jeunes gens bien armés qui s'étaient déjà joints à lui.

« Edouard, dit le ])ère Eustache, vous offrirez ici au chevalier anglais les alimens et toutes les autres choses nécessaires |)our la nuit, et vous le traiterez avec les mêmes égards que si rien ne s'était passé entre vous; mais vous placerez une garde suffisante, et vojis veillerez à ce qu'il ne s'évade pas. S'il cherchait à employer la force, résistez, quand même il irait de la vie; mais en tout autre cas vous me répondez du moindre cheveu de sa tête.»

«Pour que j'ohéisse à vos ordres, mon révérend, reprit Edouard Glendinning, il ne faut pas que je me trouve en sa présence, car j'aurais honte d'interrompre la paix de Sainte- Marie; mais j'en aurais autant si je manquais de venger la mort de mon frère.»

En parlant ainsi ses lèvres et ses joues pâlirent, et il s'apprêlait à sortir de l'appartement, quand le sous-prieur le rappela et lui dit, d'un ton solennel : «Edouard, je vous connais depuis votre enfance, et j'ai fait pour vous tout ce qu'il m'était possible de faire; je ne parle pas de ce que vous me devez comme représentant de votre supérieur spirituel, je ne dis rien des devoirs du vassal envers le sous-prieur; mais le père Eustache s'adresse à son élève, il s'attend qu'Edouard Glendinning n'ira pas, par un acte de violence, quoiqu'il se croie le droit d'en user, manquer au respect qu'il doit à la justice publique, ni à celui que j'ai le droit particulier d'attendre de lui.»

«Ne craignez rien, mon révérend père, et je vous dois cent fois ce nom ; ne craignez pas que j'oublie le respect que je dois à cette vénérable communauté qui nous protège depuis si long-temps, encore moins que je puisse porter atteinte à celui que je vous ai personnellement; mais ce ne sera pas en vain (pie le sang de mon frère criera vengeance. Votre révérence connaît les règles de nos frontières.»

«La vengeance m'appartient, dit le seigneur, et je m'en acquitterai, reprit le moine. Cette coutume païenue de combats à mort, qui se propage dans le pays, et qui fait que cluupu" homme cherche à venger de sa propre main la mort d'un ami ou d'un parent , cette coutume a arrosé nos vallons

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du sanjj écossais versé par des compatriotes et des parens 5 on n'eu finirait pas s'il fallait rapporter les résultats funestes de ces dissensions particulières : sur la frontière de l'est, les hommes combattent contre les Swintons et les Cockburns ; dans celles du midi, les Scotts et les Kerrs ont répandu le sang de plus de braves guerriers en querelles domestiques qu il n'en aurait coulé sur un chamj) de bataille en Angleterre, dans une rencontre accidentelle qui les eût mis en présence. Sur les frontières de l'ouest, les .lohnstones sont en guerre avec les Maxwells; les Sardines sont en guerre avec lesBeils, et ils entraînent avec eux la fleur du ])ays, au lieu de servir de reni{)art contre l'Angleterre; ils s'épuisent en des combats particuliers qui ne font que diminuer les forces du pays, déjà si affaibli par ses ])ropres divisions. Ne souffrez ])as, mon cher fils Edouard, que ce préjuge sanguinaire vous maîtrise; je ne puis exiger de vous que vous envisagiez ce crime supposé, connue si le sang répandu n'était pas aussi précieux j)our vous ; hélas ! je sais que c'est im^wssible. Mais j'exige de vous (|ue, pour l'amour et l'intérêt qup vous portez à la victime supposée , car jusqu'ici tout n'est encore que sup])osition, vous songiez aux preuves d'après lesquelles on doit juger l'accusé. 11 m'a parlé, et j'avoue que son histoire m'a paru si extraordinaire que je n'aurais pas hésité à la rejeter comme incroyable, si une aventure qui m'est arrivée dans cette même vallée,.... je vous la ferai connaître ])kis tard,.... qu'il suffise pour l'instant de dire que d'après ce qui m'est arrivé à moimême, je crois que tout extraordinaire que ]>araisse le récit de sirPiercy Shafton,jene le juge pas tout-à-fait impossible. » «Mon père, dit Edouard Glendinning, quand son précepteur eut cessé de parler, comme s'il eut voulu ne pas expliquer les raisons qui lui faisaient ajouter foi au récit de sir Piercv Shafton; mon père, car vous en êtes un pour moi sous tous les rapports, vous savez que je saisis ])lulôt le livre que l'épée, et fju'il me man(juait entièrement cet esprit hardi et entreprenanl qui distinguait... Ici sa Aoix trembla et il s'arrêta un instant, puis il continua d'un ton rapide et résolu : je veux dire qu'il me mantpiait cette promptitude de caractère et d'action que possédait Halbert; mais Halbert n'est plus, et je suis sou représentant et celui de mon père, son successeur dans tous ses

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