‹ Le monastèreChapitre 173 sur 247 · CHAPITRE XXVIf · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVIf

droits (eu disant ces mots ses yeux étincelaicnt), et il est de mou devoir de les soutenir et de les défendre, ainsi qu'il l'aurait fait lui-même. Aussi, je deviens un autre homme, mon courage s'accroît avec mes droits et mes prétentions ; alors, mon révérend père, je vous le dis avec respect, mais avec fermeté, si son sang a été versé par cet homme, il l'expiera. Halbert ne dormira pas oublié dans son tombeau solitaire, comme si l'esprit de mon père s'était éteint avec lui; son sang coule dans mes veines, et tant que le sien n'aura pas été vengé, le mien ne me laissera pas en repos; ma pauvreté et mon rang obscur ne le protégeront pas; mon caractère calme et mes études paisibles ne la prolongeront pas, même les obligations que j'ai contractées envers vous, saint père, ne le protégeront pas. J'attends avec patience le jugement de l'abbé et du chapitre sur l'assassinat d'un de leurs plus anciens vassaux. S'ils font justice à la mémoire de mon frère, tout est bien; mais écoutez-moi bien, mon père: s'ils y mancpient, je possède un cœur et un bras qui, quoique je n'aime pas de semblables extrémités, sauront rectifier cette erreur : celui qui succède à mon frère doit venger sa mort.»

Le moine vit avec sur[)rlse qu'Edouard, malgré toute sa modestie, son humilité et sa soumission, car tels étaient les traits principaux de son caractère, conservait encore les principes farouches de ceux de qui il descendait et qui l'entouraient; ses yeux étlncelaient, tout son corps était agité, et son désir de vengeance était tellement extrême, qu'il donnait à' ses manières une violence qui ressemblait à une joie impatiente.

«Que Dieu nous soit en aide! dlt*le père Eustache, car nous sommes de si frêles mortels, (jue nous ne pouvons pas nousmêmes résistera la tentation. Edouard, je compte sur voli'e parole, que vous ne ferez rien téiiiéralrement. »

«Non, certainement, dit Edouard; ])our cela, je vous le promets, mon excellent père; mais le sang de mon frère!!! les larmes de ma mère, et.., et... et celles de Marie Avenel , ne couleront pas en vain ; si ce Plercy Shafton a tué mon frère, il périra, quand même tout le sang de la maison des Plercy coulerait dans ses veines.»

Le ton d'Edouard Glendinninjj annonçait une résolution

ferme et solennelle; le sous-prieur soupira, et pour le moment, cédant aux circonstances, il ne voulut pas pousser plus loin les promesses de son élève. Il ordonna qu'on plaçât des lumières dans la chambre au dessous, et il s'y promena longtemps en silence.

Mille idées et même des sentimens tout opposés se combattaient dans son ame. Il avait bien des doutes sur le rapport du chevalier au sujet de son duel et de ce qui l'avait suivi ; cependant les circonstances extraordinaires et surnaturelles qui lui étaient survenues, ainsi qu'au sacristain, dans cette même vallée, l'empêchaient d'être tout-à-fait incrédule relativement à la blessure et à la guérison merveilleuse de sir Piercy Shafton, et ne lui permettaient pas de traiter d'impossible ce qui semblait tout-à-fait improbable. Ensuite, il ne savait plus comment s'y prendre pour gouverner l'amour fraternel d'Edouard, et il se trouvait à peu près dans la même position qu'un gardien de bêtes féroces, qui aurait un jeune lion ou un tigre qu'il aurait apprivoisé dans l'enfance, mais qui, lorsqu'il est arrivé à sa croissance, saisit la première occasion de colère pour faire voir ses défenses et ses griffes, hérisse sa crinière, reprend sa nature sauvage, et jette dans l'épouvante son gardien et tout ce qui l'environne.

Comment apaiser un courroux que l'exemple universel des temps rendait encore plus invétéré ? C'était une cause d'inquiétude bien suffisante pour le père Eustache; mais il avait aussi à considérer la situation de sa communauté : elle se dégradait et se déshonorait, si elle laissait passer, sans la venger, la mort d'un de ses vassaux; cette circonstance seule pouvait dans ces temps orageux, fournir le prétexte d'une révolte parmi les partisans incertains. D'un autre côté, c'était exposer la communauté à un danger des plus grands, que de sévir contre un sujet anglais de haute distinction. Allié à la maison de Northumberland et à d'autres familles du nord du premier rang, elles possédaient le moyen, et ne manqueraient pas l'occasion de faire retomber sur le patrimoine de Sainte-Marie de Kennaquhair la moindre violence qu'on exercerait contre leur parent.

Dans l'un et l'autre cas le sous-prieur savait bien (|ue, dès qu'il y aurait une cause de guerre, d'insurrection ou d'incur-

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