‹ Le monastèreChapitre 174 sur 247 · CHAPITRE XXVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVII

sion , on ne gouvernerait ])liis le fail par la raison ni par les preuves, et il {jémit lorsqu'en calculant les diverses chances de cette affaire embarrassante, il vit qu'il n'avait que le choix des difficultés. S'il était moine, il sentait aussi comme homme, et il était indigné en songeant à l'assassinat supposé du jeune Glendinning par un homme habile dans la pratique des armes, tandis que le vassal du monastère n'y connaissait sûrement que très peu ; pour ajouter au ressentiment que lui causait la mort d'un jeune homme qu'il connaissait depuis l'enfance, il venait se mêler l'idée du déshonneur qui retomberait sur la communauté si l'on passait sur une insulte aussi grave; il se demandait ensuite sous quel point de vue l'envisageraient ceux qui présidaient actuellement à la cour orageuse d'Ecosse. Attachés comme ils l'étaient à l'Eglise réformée, dailies par la foi et l'intérêt commun à la reine Elisabeth, c'était encore un sujet de grandes craintes. Le sous-prieur savait combien ils convoitaient les revenus de l'Eglise, suivant l'expression ordinaire du temps , et ils ne manqueraient pas de saisir ce prétexte pour s'emparer de ceux de Sainte-Marie, si on ne vengeait pas la mort d'un indigène écossais tué par un Anglais catholique et rebelle de la reine Elisabeth.

D'une autre part, livrer à l'Angleterre, ou, ce qui revenait au même, à l'administration écossaise , un chevalier anglais attaché aux Percy par l'intrigue politique et])ar les liens du sang, un fidèle catholique, et qui avait cherché un refuge à l'abbaye de Sainte-Marie, c'était, selon le sous-prieur, une action indigne et qui méritait la malédiction du ciel. D'ailleurs elle n'était pas sans danger temporel. Si le gouvernement d'Ecosse était maintenant dans les mains du parti protestant, la reine était toujours catholique; et qui pouvait savoir dans combien de temps, parmi les changemens subits (pii agitaient ce pays» elle pouvait se trouver à la tête de ses affaires et protéger ceux de sa religion? Enfin, si la cour et la reine d'Angleterre étaient proteslans zélés , les comtés du nord , dont l'amitié ou l'inimitié était importante dans le ])remier cas pour la oomnumauté de Sainte-Marie, contenaient beaucoup de catholiques dont les principaux étaient bien à même et tout prêts à venger une injure commise sur sir Piercy Shaftou.

De toutes parts le sous-prieur, (jui sentait qu'il était do

son devoir de s'inquiéter de l'intérêt de sa communauté, voyait les plus p^rands risques d'encourir le blâme, les incursions et la confiscation. Le seul moyen était de rester au [gouvernail en pilote résolu de veiller à tous les événemens, et de faire de son mieux pour éviter les écueils , abandonnant le reste au ciel et à sa patronne.

Quand il sortit de l'appartement le chevalier le rappela, le suppliant d'ordonner qu'on lui apportât ses malles puisqu'on devait le {garder en ce lieu la nuit, car il désirait chanjjer de vêtement.

« Oui, oui, murmura le moine tout en descendant l'escalier tournant, portez-lui ses fadaises en toute hâte. Hélas ! faut-il (]ue l'homme, qui a tant de buts utiles et nobles à atteindre, s'amuse comme un sot après un collelin lacé et un bonnet à sonnettes. Maintenant, allons remplir une tâche bien triste, et consoler celle qui est sûrement inconsolable, une mère qui pleure son premier né. »

Après avoir frappé un petit coup , il s'avança dans l'appartement des femmes. Il apprit que Marie Avenel s'était couchée très malade, et la dame Glendinning et Tibbie s'abandonnaient à leur douleur auprès d'un feu à moitié éteint et à la lueur d'une petite lampe de fer. La pauvre Elspeth avait jeté son tablier sur sa tête ; elle sanjjlotait amèrement et pleurait son beau, son brave Halbert, le portrait vivant de son cher Simon Glendinning, la consolation de sou veuvage et le soulien de sa vieillesse.

La fidèle Tibbie répétait ces plaintes d'une manière plus bruyante, et elle fesait de vives menaces de vengeance sur sir Piercy Shafton ; « Tant qu'il resterait en Ecosse unj homme qui pût manier le poignard et une femme qui pût filer une corde. » La présence du sous-prieur imposa silence à ces clameurs. Il s'assit près de l'infortunée mère, et tenta, en lui adressant tout ce que la religion et la raison lui suggéraient, de mettre un frein à sa douleur; mais c'était en vain. Il est vrai qu'elle l'écouta avec quelque intérêt quand il engagea sa ])arole d'user de son crédit au])rès de l'abbé pour que la famille, qui avait perdu son ahié par la main d'un hôte reçu d'après ses ordres, jouisse d'une protection particulière dans la communauté, et que le fief (|ui appartenait à Simon Glen-

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iliiiniujj serait accordé à Edouard, eu y ajoutaul plus de privilèfjes et des bornes ])lus reculées.

Mais les sanglots de la mère ne cessèrent que ))endant un instant; elle se reprocha aussitôt de tourner ses pensées vers les biens de ce monde , tandis (jue le pauvre Halbert était encore étendu dans sa chemise sanglante. Le sous-prieur ne Tut pas plus heureux quand il promit q.ue « le corps de Halbert serait porté eu terre sainte et que les prières de l'Eglise assureraient le repos de son ame. » La douleur voulait suivre son cours naturel , et la voix du consolateur se perdait dans \e désert.

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