‹ Le monastèreChapitre 177 sur 247 · CHAPITRE XXVI n · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVI n

LaLlemenl à se distraire de ses réHexious niélaiicolitjuos en nieltaiit ses effets en ordre. Enfin il marcha de nouveau, et il paraissait que son esprit s'était un ])eu calmé à la vue de sa garde-robe, car au premier tour de chambre qu'il fit il récita à moitié un sonnet, à un second il siffla une gaillarde , et au troisième il fredonna luie sarabande ' ; à la fin elle crut être certaine qu'il se jetait sur le lit qu'on lui avait [)réparé , après avoit murmuré rapidement ses prières. En peu d'instans elle conclut qu'il dormait d'un profond sommeil.

Elle employa les momens tjui lui restaient à considérer sou entreprise sous divers aspects , et toute dangereuse qu'elle était, la revue calme des divers obstacles la mit à même de trouver à les lever. L'amour et une généreuse compassion, qui donnent séparément une impulsion si forte et si persévérante au cœur d'une femme , se trouvaient réunis et prêts à défier tous les hasards.

Il était une heure après minuit. Tout dormait profondément dans la tour , hors ceux qui étaient chargés de la garde du prisonnier anglais ; où si le chagrin et la souffrance éloignaient le sommeil des yeux de la dame Glendinuing et de sa fille adoptive, elles étaient trop accablées par leur douleur pour faire attention au bruit extérieur. H y avait dans la chambre de quoi se procurer de la lumière, et la fille du meunier eut bientôt arrangé une petite lampe. D'un pas tremblant et le cœur agité elle alla ouvrir la porte qui la séparait du chevalier anglais, et recula presque effrayée de son projet quand elle se trouva dans la même chambre que le prisonnier endormi. Elle n'osa fixer sa vue sur lui en le voyant entouré de son manteau et étendu bien endormi sur* le lit de camp; elle détourna ses yeux tandis qu'elle lirait son manteau tout juste assez fort pour l'éveiller. 11 ne fit un mouvement que lorsqu'elle eut tiré son manteau une seconde et une troisième fois ^. Alors levant les yeux il parut prêt à faire une exclamation de surprise.

La timidité de Mysie céda à la crainte, elle plaça son doigt sur ses lèvres, afin de l'inviter au silence, puis lui montra la porte pour lui faire comprendre (]u'e!le était gardée.

< (Jette ijrjulatiou est l)ru,j(jiiée daiib l;i version île M. Uefaueonpict, paye J5(>. — ï CireouMaiicc oiiiise parle premier tradiietciir, page 35t>. a. m.

3G'f LE MONASTÈRE.

Sir Piercy Shafton se calma et se mit sur son séant; il contemplait avec surprise la figure {gracieuse de la jeune femme qui était devant lui , sa taille bien formée, ses cheveux flottans et la finesse de ses traits qu'on ne distinguait que faiblement, mais avec avantage, à la faible lueur de la lampe qu'elle portait; et l'imagination romanesque du jeune chevalier eut bientôt trouvé quelque compliment convenable à la circonstance, mais Mysie ne lui en laissa pas le temps.

« .le viens, dit -elle, sauver votre vie qui est en grand danger : si vous me répondez parlez le plus bas qu'il vous sera possible, car on a placé des sentinelles armées à votre porte. »

«O la plus belle des meunières ! dit sir Piercy debout sur son lit, ne craignez rien pour ma sûreté ; croyez-moi, et cela est très vrai , je n'ai pas versé le liquide rouge que ces villageois appellent le sang, et qui coule dans les veines de leur parens grossiers; ainsi je n'ai rien à redouter de l'issue de cette affaire, car il ne peut mal en arriver. Mille graces te soient rendues , ô beauté molendinaire, je t'offre tous les remercîmens que ta courtoisie a droit d'attendre ^ »

«Non, sire chevalier, reprit la jeune fille d'une voix basse €t tremblante , je ne mérite aucun remercîment. Si vous ne suivez pas mes conseils, Edouard Glendinning a fait venir Dan d'Hovvlet-Hirst et le jeune Adie d'Aikenshaw, et ils ont amené avec eux trois autres hommes armés d'arcs, de cottes de mailles et de javelines, et je les ai entendus se dire entre eux dans la cour qu'ils vengeraient la mort de leur parent , tjuand même le capuchon du moine en brûlerait ^ , et les vassaux sont si volontaires maintenant, que l'abbé lui-même n'ose pas les gouverner dans la crainte qu'ils ne se fassent hérétiques et qu'ils ne refusent de payer les droits féodaux.»

«Par ma foi, dit sir Piercy Shafton, il pourrait bien se faire que la tentation fût grande et que ces moines se délivrassent de l'embaras en m'envoyant sur les frontières auprès de sir John Foster ou de lord Hunsdon , les gardiens anglais; ils feraient par ce moyen la paix avec les vassaux et l'Angleterre. Belle Molinara, pour cette fois je marcherai sous tes ordres

' Phrase omise par le premier traducteur, page 35 1. Une Molinara n'eût point suffi au chevalier euphuiste : il en a fait une beauté molendinaire. — 2 If the monk's cowl should smoke for i7, dit le texte; €<quand tous les capuchons du monde voudraient s'y opposer, » dit la première traduction, a. m.

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