‹ Le monastèreChapitre 179 sur 247 · CHAPITRE XXVliF · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVliF

à autre, elle se levait et courait sur la pointe du pied regarder par la croisée si elle voyait paraître le jour. Enlin à sa grande joie elle le vit poindre au dessus des nuages gris de l'est. Joignant ses mains elle remercia Notre-Dame et la pria de la secourir dans la suite de son entrej)rise. Elle n'avait pas encore achevé sa prière, qu'elle frémit en sentant le bras d'un homme tomber sur ses épaules, et une voix brusque s'écria à ses oreilles ;«Ouoi, laborieuse Mysie du moulin, sitôt en prière! Bénédiction sur ces beaux yeux <[ui s'ouvrent (le si bonne heure; il me faut un baiser pour l'amour de la belle matinée.»

Dan d'HoAvIet-Hirst, car c'était le galant ({ui faisait ces complimens à Mysie, accompagna les mots de l'action même, et l'action fut accueillie ainsi qu'il est habituel dans ces sortes de galanteries rustiques * , par un soufflet que Dan reçut comme un beau monsieur reçoit un cou|) d'éventail, mais (pie la main énergique de Mysie appliqua si bien, qu'il aurait étonné un galant moins robuste.

«Comment, écervelé petit-maître! dit-elle, et vous (juittez la garde du chevalier anglais ])our venir interrompre les gens tranquilles ])ar vos grossièretés.»

En vérité, gentille Mysie, dit le rustre, vous vous trompez, ear je n'ai pas encore relevé Edouard de son [)0ste, et si je n'avais pas honte de l'y laisser plus long-temps, j'aurais le cœur de rester auprès devons deux heures de plus.»

«Oh! vous ne manquez pas d'heures pour voir tout le monde; mais pour l'instant vous ferez bien de songer à la douleur de la famille, et d'envoyer Edouard se reposer, car il a veillé toute la nuit.»

«11 me faut un autre baiser auparavant», dit Dan Howlet- Hirst.

Mais Mysie était sur ses gardes, et |)eut-être songeait au voisinage du bûcher : elle sut si bien résister que l'amant, maudissant la mauvaise humeur de la nymphe avec une phrase peu pastorale , monta promptement l'escalier pour aller relever son camarade. Elle courut à la porte et entendit la nouvelle sentinelle tenir une courte conversation avec

' 'l"r;iit de mu'urs omis jinr M. Dcfauconprct. a. m.

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Edouard; puis ce dernier se retira et l'autre commença sa

garde.

Mysie le laissa se promener pendant quelque temps, jusqu'à ce que la pointe du jour se fut accrue. Alors, présumant qu'il avait oublié ses refus, elle se présenta devant le factionnaire et lui demanda les clefs de la tour extérieure et de la cour.

«Et pourquoi faire?» demanda le gardien.

«Pour traire les vaches et les conduire au pâturage, dit Mysie; vous ne voudriez pas que les pauvres bêtes demeurassent toute la journée dans la vacherie; et la famille est si affligée, qu'il n'y a que moi et la vachère capables d'y songer ce matin.»

«Et où est la vachère ? » dit Dan. — «Elle est restée avec moi dans la cuisine, afin d'être prête si ces bonnes gens avaient besoin de quelques secours.»

«Voilà les clefs, Mysie larevêche,» dit la sentinelle.

«Grand merci. Dan-bon-à-rien,» reprit la meunière; et elle descendit avec rapidité pour se rendre au bûcher. Là, vêtir le chevalier anglais d'un jupon et d'une robe courte fut l'affaire d'un instant. Elle ouvrit les portes de la tour et se rendit vers la vacherie, (|ui était située dans un coin de la cour.

Piercy Shafton voulait lui représenter que c'était se retarder. «Belle et généreuse Molinara, dit-il, ne ferions-nous pas mieux d'ouvrir la porte extérieure et de fuir promptenient comme une troupe de mouettes qui se réfugie dans les rochers quand les vagues sont hautes.»

«Il nous faut faire sortir les vaches auparavant, dit Mysie, car ce serait péché que de laisser dépérir le bétail de la pauvre veuve, aussi bien pour son intérêt que pour celui des animaux, et je suis d'avis que personne ne va quitter la tour, afin de nous poursuivre. D'ailleurs il vous faut votre cheval , puisque vous aurez besoin de bonnes jambes avant la fin de tout ceci.»

En même temps elle ferma à double tour les portes extérieures et intérieures de la tour. Elle alla à la vacherie, fit sortir le bétail, et donnant son cheval à conduire au chevalier, elle le chassa devant elle dans la cour, comptant venir reprendre son palefroi; mais le bruit qu'elle avait fait en fermant les portes

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